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Cette pomme de terre pourrait lutter contre la faim dans le monde
Publié le 10 mai 2015
Nourrir le monde entier, on en rêve mais est est-ce réalisable? Peut-être! En effet, des scientifiques hollandais auraient trouvé le moyen de cultiver des légumes dans de l'eau. C'est une révolution qui pourrait -peut-être- permettre de résoudre la faim dans le monde.
Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Nourrir le monde entier, on en rêve mais est est-ce réalisable? Peut-être! En effet, des scientifiques hollandais auraient trouvé le moyen de cultiver des légumes dans de l'eau. C'est une révolution qui pourrait -peut-être- permettre de résoudre la faim dans le monde.

Atlantico : Des scientifiques néerlandais ont, après des années de recherches, réussis à faire pousser des pommes de terre dans l'eau salée. En quoi cette expérience pourrait-elle ouvrir de nouvelles perspectives pour lutter contre la faim dans le monde ?

Bruno Parmentier : Jusqu’à présent, la présence de sel dans la terre représente un inconvénient majeur pour l’agriculture. Très peu de plantes s’accommodent du sel ; généralement ce dernier s’introduit dans les cellules et les dessèchent. Pourtant certaines plantes possèdent naturellement cette fonction que l’on peut qualifier de « ça oui-ça non » (je prends l’eau mais pas le sel), par exemple celles qui poussent dans les mangroves au bord des mers tropicales, ou des champignons qui vivent dans les eaux de la Mer morte, ou encore les prairies salées du Mont St Michel… Mais malheureusement, ce sont en général des plantes qui ne sont pas comestibles, comme en France l’herbu et la salicorne ou, dans les pays tropicaux, l’épinard indien, le potiron doux, le gombo et le kangkong (liseron d’eau).

 

Or la quantité de terres salées, et donc devenues impropres à l’agriculture, s’accroit très fortement depuis de nombreuses années, à raison de 2 000 hectares par jour : terres arides et irriguées mais mal drainées (l’évaporation fait remonter le sel situé dans les profondeurs), terres inondées d’eau de mer lors de tempêtes ou cyclones, terres subissant une remontée d’eaux de mer dans leur sous-sol à la suite de l’assèchement des nappes phréatiques, etc. On estime qu'actuellement on a ainsi perdu près de 20 % des terres irriguées sur la planète, dans des régions comme les vallées du Gange et de l’Indus, de la Rivière jaune ou de l’Euphrate. Au total on est passé de 45 à 62 millions d’hectares de terres brulées par le sel depuis le début des années 90, soit l’équivalent de la superficie de la France ! Et vu le coût important de la désalinisation, qui consiste pour l'essentiel à lessiver ces terres avec de grandes quantités d'eau douce, on ne voit pas très bien des pays comme le Pakistan, la Syrie et l'Irak, ni même la Chine et l'Inde, se lancer à grande échelle dans de telles opérations.

 

Il faut donc privilégier la voie de la recherche de plantes adaptées à cette situation : si on réussissait à remettre ces terres en culture avec des plantes comestibles (céréales, légumineuses, tubercules) on marquerait incontestablement une victoire considérable sur la faim dans le monde ! C'est d'ailleurs un des espoirs principaux, à terme, de la recherche sur les OGM : transférer les gènes du « ça oui-ça non » dans du mil ou du riz par exemple… D'où l'importance de cette découverte (non OGM !) des scientifiques néerlandais, un pays très motivé par la question compte tenu du fait qu'une bonne partie de ses terres ont été gagnée sur la mer et se situent en dessous de son niveau, et donc en permanence soumises au risque de la salinisation.

 

Aujourd'hui les premières phases d'expérimentations ont été menées avec des pommes de terre. Pourquoi avoir choisi  cet aliment plutôt qu'un autre? Pourra-t-on bientôt orienter les recherches vers des légumes ou des céréales ? Quel sera l'impact en termes de coûts ?

Avec 340 millions de tonnes produites annuellement, la pomme de terre est la quatrième plante cultivée au monde (après les 3 céréales, maïs, riz et blé). On en connaît déjà plus de 5 000 variétés, ce qui permet de faire plein de croisements et de nombreuses expérimentations, et il semble que certaines variétés qui étaient historiquement semées près des côtes puissent s'accommoder du sel et le stocker dans leurs feuilles plutôt que dans les tubercules. De plus la productivité de cette plante est absolument considérable : l'agriculture moderne arrive maintenant à en sortir 50 tonnes à l'hectare, contre 10 tonnes de maïs et 8 de blé et de riz. Cette plante miracle, qui peut se conserver plusieurs mois en gardant ses propriétés nutritives, a largement contribué à faire reculer les famines dans le monde, en particulier en Europe de l'Ouest quand elle a été ramenée d'Amérique du Sud, mais aussi en Asie, où sa production a été multipliée par 4 en Chine et par 9 en Inde depuis 1970.

 

Les plants expérimentés aux Pays-Bas ont encore une productivité faible, mais semblent suffisamment prometteurs pour que de nombreux pays commencent à s'intéresser. Produire « seulement » 20 ou 30 tonnes de pommes de terre à l'hectare n'a rien d'intéressant en Picardie mais représente une avancée considérable sur des terres devenues impropres à l'agriculture dans des pays où l'on connaît la faim ! De plus, on peut évidemment espérer que si ce genre d'agriculture se banalise, ses coûts pourront progressivement baisser.

 

L'équipe de scientifiques commence à avoir également des résultats prometteurs sur des carottes et des oignons, qui représentent des enjeux moins importants, mais très complémentaires de la pomme de terre. Malheureusement, on n'en est pas encore aux céréales, très gourmandes en eau (le riz a besoin de 10 fois plus d’eau que la pomme de terre !).

 

A terme les plantations pourraient-elles être implantées ailleurs? Ceci est-il envisageable sous d'autres climats et avec des sols moins irrigués et moins fertiles? 

 

Si elle est confirmée, cette avancée agronomique pourrait se révéler considérable pour la paix dans le monde. Rappelons que d'ici 2050, il faudra encore augmenter de 70 % la production agricole mondiale pour faire face à l'augmentation de la population et à celle de la consommation de produits animaux (viande, œuf et lait). Mais le défi sera particulièrement aigu en Afrique, où il faudrait arriver à tripler la production, et en Asie où il faudrait la doubler, sans parler de toutes les régions semi arides où le réchauffement climatique va faire avancer les déserts. On n’arrivera jamais à réaliser cet objectif si on continue à perdre 2 000 hectares de terres cultivables tous les jours.

 

Et, même si c'est encore de la science-fiction aujourd'hui, une fois qu'on aura réussi à acclimater des plantes nourricières sur des terres salées, peut-on imaginer d’arroser certains déserts avec de l'eau de mer pour les transformer en oasis ?

 

D'une manière générale, les progrès de l'agriculture depuis plusieurs décennies ont surtout consisté à augmenter la productivité brute à l'hectare. Mais ceci s'est fait au prix d'une grande fragilité, et d’importants dégâts collatéraux comme la pollution des nappes phréatiques ou la salinisation des terres. L'avenir sera probablement au moins autant dans la recherche de la résilience : trouver des plantes ou des mélange de plantes peut-être moins productives dans les conditions idéales, mais nettement plus résistantes aux agressions de l'environnement, lesquelles vont se multiplier avec le réchauffement de la planète.

 

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