En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© REUTERS/Ho New
Une équipe de chercheurs chinois a récemment publié les résultats d'une étude sur leur tentative de modification d'embryons humains.
Position de principe
Modification génétique d’un embryon humain en Chine : bienvenue dans ce monde où l’Occident a perdu le monopole de la science de pointe (et des choix éthiques...)
Publié le 01 mai 2015
Mi-avril, un groupe de scientifiques chinois a publié une étude dans la revue Protein and Cells dans laquelle ils décrivent leurs recherches visant à modifier génétiquement des embryons humains. Quelques semaines auparavant, les dirigeants d'une entreprise américaine avaient appelé à un moratoire contre la manipulation des cellules humaines.
Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pierre Le Coz est Professeur des Universités en philosophie, et docteur en sciences de la vie et de la santé. Il a été vice-président du Comité National d'Ethique jusqu'en 2012.Ses recherches portent, entre autres, sur la biomédecine, la bio...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Laurent Alexandre
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage...
Voir la bio
Alexandra Henrion-Caude
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques...
Voir la bio
Pierre Le Coz
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pierre Le Coz est Professeur des Universités en philosophie, et docteur en sciences de la vie et de la santé. Il a été vice-président du Comité National d'Ethique jusqu'en 2012.Ses recherches portent, entre autres, sur la biomédecine, la bio...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Mi-avril, un groupe de scientifiques chinois a publié une étude dans la revue Protein and Cells dans laquelle ils décrivent leurs recherches visant à modifier génétiquement des embryons humains. Quelques semaines auparavant, les dirigeants d'une entreprise américaine avaient appelé à un moratoire contre la manipulation des cellules humaines.

Atlantico : Quel poids peuvent avoir les considérations éthiques occidentales pour des scientifiques chinois qui, culturellement, ne partagent pas le même système de valeurs ?

Laurent Alexandre : Cette tribune n'était pas du tout une coïncidence, il était de notoriété publique que certaines équipes travaillaient dessus. En l'occurrence, cette étude ne permet pas d'apporter une innovation concrète pour les implanter sur des bébés. D'ailleurs, les Chinois ont utilisé des embryons qui n'étaient pas viables. C'est un pas en avant très important, mais il n'y aura pas de bébés avec cette technologie, car elle n'est pas au point : l'étude fait part de nombreuses modifications génétiques non souhaitées, et repérées grâce au séquençage des embryons. Il faut bien comprendre qu'il y a une différence entre le fait de changer par thérapie génique le génome d'un enfant myopathe qui ne le concernera que lui, et les modifications embryonnaires dont il est question ici et qui modifieront durablement l'espèce.

Le jour où la technologie de modification génétique des embryons sera performante, dans quelques années, nous n'aurons plus aucun moyen de pression pour empêcher les Chinois de faire des modifications embryonnaires. Je ne pense pas que nous pourrons faire la guerre contre la Chine pour les en empêcher… Et il y aura donc probablement un consensus pour laisser faire.

Alexandra Caude : Le moratoire a effectivement été porté par le laboratoire sur la médecine générative. Les scientifiques mettent en garde sur la dangerosité de réaliser des fécondations avec des cellules qui auraient subi des expérimentations. Finalement, ce moratoire ne contredit pas l'étude que vous évoquez. L'expérience de Huang consistait à prendre des embryons humains non-viables, et à les modifier par des techniques élégantes, et qui ne sont pas dans la droite ligne du moratoire. En revanche, il est vrai que ce moratoire a été contredit dès le lendemain de sa publication par l'annonce d'une recherche en cours à l'Université d'Harvard et portant sur des cellules ovariennes récupérées sur une femme atteinte d'un cancer ovarien héréditaire, où il s'agissait pour le coup d'une modification sur des enfants à naître.

Mais on voit mal comment ces recherches actuellement menée sur la génétique ne seraient pas un jour utilisée pour modifier le patrimoine génétique des générations à venir. Surtout qu'on a déjà une expérience de moratoire qui n'a pas été suivi d'effet : en 1975, Paul Berg (Prix Nobel) et une multitude de scientifiques du monde entier – dont des soviétiques – ont signé le traité d'Asylomar sur le danger d'une dispersion dans la nature de bactéries génétiquement modifiés. Finalement, ces moratoires scientifiques font beaucoup de bruit. A partir du moment où la technique et la technologie sont là, la curiosité prime sur la modération éthique des expériences à mener.

Pierre Le Coz : Je pense que ce sont à peu près les mêmes valeurs. La différence, c'est que l'on privilégiera en Chine la dimension thérapeutique, comme le montre cette étude, alors qu'en Occident, on prend davantage en compte le risque de nuire à plus large échelle l'humanité en ouvrant une brèche que l'on ne pourrait plus colmater. Je ne pense pas que qui que ce soit souhaite nuire à l'espèce humaine. C'est en l'occurrence un humanisme médical. C'est donc plus une position politique que le résultat d'un cadre de valeurs. Mais avec l'ouverture au monde, on peut penser que la contestation telle qu'on peut l'entendre de la part des chercheurs européens ait un écho plus important à venir en Chine. Ce moratoire peut donc avoir un impact, d'autant qu'il est publié dans une revue prestigieuse, et signé par des entrepreneurs dont on pourrait imaginer qu'ils ne sont a priori pas motivés par des considérations éthiques.

Même si on ne pourra jamais endiguer l'intégralité des voies de recherche sur les manipulations génétiques, on pourra faire en sorte qu'elle soit confinée à une proportion réservée.

Quels sont aujourd'hui les pays scientifiquement capables de mener des recherches sur les manipulations génétiques ? Quelle est leur approche et leur degré de décomplexion face aux enjeux éthiques ?

Laurent Alexandre : Tout le monde. Les Chinois l'ont fait en premier non pas parce qu'ils sont très avancés sur les nucléases, mais parce qu'ils ont osé le faire. Un étudiant en 4ème année de biologie est capable de procéder à ce type de manipulation (CRISP-Cas9). Ils l'ont fait sur une centaine d'embryons, mais le caractère sensationnel de l'annonce n'est pas lié à la complexité technique, plutôt à la transgression.  

Globalement, la Chine est très utilitariste. Les Chinois en attendent une puissance industrielle, un moyen d'améliorer les générations à venir, de faire avancer la médecine, de gagner des brevets, des parts de marché, et in fine de l'argent… En somme, ils ont l'approche éthique de Stuart Mill : tout ce qui est utile est éthique.

L'approche occidentale quant à elle est plus timorée et prudente. La critique chrétienne consiste à dire qu'il ne faut pas toucher à un don de Dieu, et pour les non-chrétiens c'est une approche transhumaniste choquante sur le plan bioéthique. Et une très importante partie des généticiens européens sont contre. Ils avancent le principe de précaution, la peur de transgresser et de modifier l'espèce humaine, et tout ce qui fait que l'Europe sort petit à petit du paysage industriel et technologique.

Les pays qui ont ce degré de décomplexion sont les pays asiatiques. Cela dit, aux Etats-Unis, si le gouvernement fédéral y est plutôt opposé, l'Etat de Californie et la Silicon Valley, est par exemple très favorable au transhumanisme. Mais il ne faut pas oublier que ces recherches ne seront pas opérationnelles avant 2020-2025.   

Alexandra Caude : Peu de pays ont un cadre juridique. Les pays qui ne permettent pas la recherche sur l'embryon humain sont le Japon et l'Allemagne (mais aussi d'autres moins importants sur la scène scientifique). La France n'est pas parfaitement protégée contre ces expériences. Le seul cadre que l'on a est issu de la loi de bioéthique de 2004, mais qui peut être très facilement détournée à condition que ce soit pour la recherche. Autrement dit, l'étude chinoise à laquelle vous faites référence aurait pu avoir lieu en France, tout comme elles ont probablement lieu en Angleterre ou aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, que risquent les pays occidentaux à freiner leurs recherches sur ces questions si le reste du monde ne les suit pas ? Risquent-ils de perdre à la fois leur avance et leur capacité à défendre la définition d'un cadre éthique commun ?

Laurent Alexandre : Pour l'instant pas grand-chose, car la technologie n'est pas opérationnelle. Mais si la Chine se décidait à utiliser ces technologies avec des visées transhumanistes, d'améliorer le quotient intellectuel des générations futures, on peut s'attendre à un déclassement de l'Europe face à des pays qui produiraient des Bill Gates à la chaîne. Cela n'arrivera probablement pas l'an prochain, mais dans quelques décennies, oui. Plus l'Europe est absente de ces sujets-là, moins elle a de poids pour imposer sa vision éthique. Se désintéresser de ces sujets la conduit tautologiquement à ne pas avoir voix au chapitre.

Alexandra Caude : Cela pose tout le problème de la justification éthique qu'il y a à mener une recherche. En parlant d'avancées scientifiques, j'ai tendance à penser que manipuler le patrimoine génétique d'un individu en construction n'en est pas une. Cela s'appelle jouer aux apprentis sorciers, car ces manipulations demeurent d'une très grande complexité. Il est important tout d'abord de se poser la question de savoir ce qu'est un être humain.

Le Japon, après avoir été défait à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, a considéré que le patrimoine génétique humain n'était pas un matériel de laboratoire. En travaillant des hypothèses de reprogrammation de cellules indifférenciées pour les rendre pluripotentes, le Japon a récolté un prix Nobel. L'obstacle éthique a au contraire joué comme une formidable source de créativité, et pour faire des progrès phénoménaux tout en n'étant pas dans la transgression.

Les comités d'éthique occidentaux ainsi que ceux des grandes revues scientifiques mettent principalement en avant le respect de l'humain tel qu'il est compris actuellement. S'agit-il d'une vision foncièrement occidentale ? Ne mériterait-on pas d'élargir le cadre moral actuel via une véritable réflexion anthropologique sur l'avenir de l'être humain ?

Alexandra Caude : Je ne crois pas que ce soit purement occidental. J'ai à plusieurs reprises réagi sur Atlantico à propos des manipulations embryonnaires pratiquées en Grande-Bretagne sur des fécondations à trois génomes. Cette transgression n'est pas propre à la Chine.

Mais je souhaite effectivement qu'il y ait une réflexion profonde sur l'avenir de l'être humain. Vu l'inefficacité des moratoires, mais également celui que j'ai défendu il y a quelques années, les commissions éthiques ne semblent pas très aptes à donner un cadre suffisant. Il faut alors mener une réflexion pluridisciplinaire avec une réflexion à long terme sur ce que l'on considère comme étant l'humanité et l'homme. J'ai du mal à considérer que sans cette réflexion, on ne continue pas à franchir la ligne jaune. On est dans une période où la recherche sur l'homme augmenté est particulièrement riche et productive.

Laurent Alexandre : C'est une vision largement développée mais effectivement plus développée en Occident. Selon cette vision il faut réfléchir énormément avant de changer l'espèce.

Il est urgent de commencer à réfléchir à ce qu'est l'humanité. Souhaite-t-on qu'elle soit intangible, ou un homme 2.0, c’est-à-dire plus fort, moins malade, notamment grâce à des modifications génétique ? Un cadre éthique sera difficile, forcément conflictuel, mais c'est aussi ça, la démocratie.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
03.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
06.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
07.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
04.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
05.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
05.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
zouk
- 26/04/2015 - 13:06
Modification du génôme
Qui peut imaginer jusqu'où cela peut conduire? Bien plus loin et bien pire que ne l'ont envisagé Aldous Huxley ou George Orwell très probablement dans la perte totale du sens de la Création, oeuvre de Dieu.
Anouman
- 25/04/2015 - 23:53
Manipulations génétiques
Ma chère Cloette modifier le QI des embryons c'est la mort de la génération politique actuelle. Gageons qu'ils vont retarder ce moment le plus longtemps possible pour prolonger leur carrière. Cela dit je ne crois pas qu'on puisse augmenter le QI par modification directe des gènes, mais par contre en appliquant une strcite sélection des naissances ça pourrait marcher et ce ne serait pas un mal.
cloette
- 25/04/2015 - 13:20
supprimer
les maladies c'est bien mais modifier le QI ( moyennant finances bien sûr , vous imaginez les conséquences ?