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Salon de l'agriculture : ce dont les exploitants français ont vraiment besoin pour résister aux assauts de la concurrence des autres pays européens

Publié le 21 février 2015
Revenus en baisse, concurrence accrue des voisins européens, dérégulation des marchés : l'agriculture française doit faire face aux bouleversements du monde agricole, et, si elle ne veut pas disparaître, se positionner sur des marchés de niche pour pouvoir rester compétitive.
Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Revenus en baisse, concurrence accrue des voisins européens, dérégulation des marchés : l'agriculture française doit faire face aux bouleversements du monde agricole, et, si elle ne veut pas disparaître, se positionner sur des marchés de niche pour pouvoir rester compétitive.

L'ouverture du 52ème salon de l'agriculture est l'occasion de voir se poursuivre la modernisation du secteur : l'agriculture biologique a doublé ses surfaces d'exploitation en France et devient l'un des moteurs des nouvelles pratiques agricoles. En réalité, la crise du monde agricole est profonde, et nécessite une vraie réflexion de fond sur la voie que doivent choisir les exploitants : alors que la concurrence est de plus en plus rude, le modèle agricole français doit faire le pari du "savoir-faire" et de la qualité sur la quantité.

Atlantico : Malgré une production en hausse, les revenus des agriculteurs sont en baisse : la mondialisation des marchés agricoles est-elle la seule responsable ? Les producteurs français ont-ils une part de responsabilité ?

Bruno Parmentier  : On ne peut pas raisonner sur les revenus d’un entrepreneur comme sur ceux des salariés ! Les agriculteurs exercent leur activité sur des marchés qu’on a malheureusement choisi de déréguler, ce qui fait qu’entre les fortes variations des cours et celles, inévitables, du niveau de la production, leurs revenus peuvent différer considérablement d’une année à l’autre. Le simple indicateur du revenu annuel ne rend donc pas bien compte de la situation réelle ; on devrait en fait utiliser par exemple un revenu quinquennal moyen, qui permettrait de lisser les années mauvaises et les années « pas pires » (comme ils disent pudiquement). De plus lorsqu’on manque de céréales dans le monde, leurs prix flambent, les céréaliers sont contents, mais les éleveurs, qui, eux, achètent des céréales, font grise mine. Actuellement, c’est l’inverse ! Ou par exemple on a fait en 2014 la meilleure récolte de pommes de terre de tous les temps, il y en a donc trop et les cours se sont effondrés, s’agissant d’un produit périssable ! On ne peut donc pas parler des revenus des agriculteurs, et il convient de préciser lesquels.

On pourrait rêver d’une situation où les agriculteurs s’organisent mieux, par exemple dans le cas cité ci-dessus de la pomme de terre, s’ils avaient tous décidé de ne pas récolter 20 % de leurs parcelles, dans toute l’Europe du nord, les cours ne se seraient probablement pas effondrés… Mais c’est probablement utopique !

Il reste qu’en Europe de l’Ouest, les agriculteurs français ont moins investi depuis plusieurs années que leurs collègues allemands par exemple, et que leur productivité s’en ressent…

Alors que l'Europe avait pour objectif fort de protéger les agriculteurs, et ce par la mise en place de la PAC, l'expansion de cette même Europe à des pays compétitifs représente-t-elle une menace pour le modèle agricole français?

La PAC n’a jamais eu pour objectif de « protéger les agriculteurs » mais bien d’assurer les villes d’un approvisionnement de nourriture régulier et bon marché. En fait il s’agit d’une « politique alimentaire commune », voire d’une « politique industrielle commune », consistant à permettre aux ouvriers et employés de se nourrir à bon compte et donc aux industriels de pouvoir ne pas trop augmenter les salaires et de rester compétitifs face à la concurrence internationale. Observons que lorsque la PAC a été mise en place, il y avait plus de 5 millions d’agriculteurs en France, et maintenant autour de 600 000 ! Parmi les savoir-faire incontestables de la PAC on peut ranger incontestablement celui de l’art dépeupler les campagnes !

Mais cette modernisation accélérée de l’agriculture n’a pu se faire que grâce aux multiples filets qui ont été mis en place (prix minimum garantis, quotas, subventions diverses, etc.). L’Europe a décidé de démanteler progressivement une bonne partie de cet arsenal, par exemple en avril 2015 le système d’organisation du lait, ce qui pose de réels problèmes, à la fois aux producteurs, confrontés de plus en plus sévèrement aux « signaux du marché » (comme disent les technocrates), et à la survie de notre « modèle culturel français », celui d’une agriculture de taille humaine harmonieusement répartie sur le territoire et produisant le plus possible sous signe de qualité. Les Allemands, meilleurs que nous en industrialisation, et qui ont hérité à l’est des grandes fermes anciennement communistes (dont plein d’élevages de plus de 1000 vaches !), en profitent pour produire à bas coût des produits génériques qui viennent effectivement nous concurrencer. Ils commencent à exporter massivement chez nous, ce qui est quand même un comble ! Notre agriculture est donc objectivement menacée !

Quels sont les atouts et les armes du modèle agricole français pour résister à la compétitivité européenne et mondiale? Agroécologie, agriculture biologique, conservation  du modèle traditionnel (notamment contre la ferme des 1000 vaches) sont-elles des réponses pertinentes et suffisantes pour rester compétitif?

Dans le domaine des produits de base, nous allons souffrir de plus en plus. Mais dans celui des produits de qualité, notre savoir-faire reste exceptionnel. Regardons par exemple le secteur du poulet : la crise est à l’ouest, là où on produit souvent du poulet plus ou moins générique, et relativement insipide, en important du soja et du maïs d’Amérique latine, pour réexpédier des produits congelés au Moyen-Orient. Sur ce créneau, la concurrence est mondiale, en Europe bien sûr, mais aussi au Brésil, qui ne voit pas pourquoi il ne transformerait pas sur place ses produits locaux et ne pourrait pas fournir lui-même les arabes ! Mais dans le même temps, d’autres producteurs se louent tous les jours des poulets de Loué, de Bresse ou des Landes, qui leurs permettent de vivre correctement. De même dans le lait les producteurs de lait UHT ne font pas vraiment le même métier que ceux qui le transforment en fromages AOC à haute valeur ajoutée (type Beaufort, Comté ou Munster).

En matière agricole, comme dans le reste de l’économie, trouver sa propre niche qui vous permettre de vivre est un atout considérable. Et en plus elle permet d’établir des liens confiants et durables avec des consommateurs de plus en plus exigeants et sourcilleux. Mais des milliers de niches, pour tous les goûts, aucune ne pouvant être dominante, par principe (songeons que malgré tout ce qu’on en dit, le bio ne représente toujours que 3 % de la nourriture des français !).

Par ailleurs, le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources naturelles sont des réalités incontournables qui vont s’imposer quoi qu’il arrive. Ceux qui vont inventer une nouvelle agriculture « écologiquement intensive » ou agroécologie, basée sur l’intensification des processus écologiques naturels plutôt que sur l’appel à toujours plus de chimie et de mécanique seront beaucoup plus sûrs de survivre que ceux qui pensent que tout va continuer comme avant. Croire que le soja pas cher va continuer indéfiniment à affluer d’Amérique, ou que les engrais vont rester abondants et bons marché, ou la société va continuer à tolérer l’utilisation de toujours plus de pesticides, représente un pari extrêmement risqué ! Ceci ne représente pas du tout la simple « conservation du modèle traditionnel », mais une exigence énorme d’expérimentation et d’innovation : non labour, mélange de plantes, agroforesterie, utilisation intensive d’auxiliaires de culture, biomimétisme, etc., la liste des chantiers est longue et passionnante. En matière agricole, en fait, tout est à réinventer dans les prochaines décennies.

Si l'agriculture française tente de résister à la tendance de surproduction, doit-on craindre sa disparition programmée et donc une métamorphose de nos campagnes?

Si l’agriculture française ne bouge pas dans un monde en complet bouleversement, elle est… morte ! Elle doit impérativement trouver de nouveaux moyens de produire autant (ou plus) et mieux, mais avec moins. Moins de terres, d’eau, d’énergie, de chimie, d’engrais, de mécanique, de soja importé, etc. Mais il faut se dire que dans un monde aux ressources déclinantes, deux gisements ont encore à peine été exploités, et restent extrêmement prometteurs : le génie de l’homme, et le génie de la femme. Ça tombe bien en France on a plein d’idées, mettons-les en pratique ! Chacun, et ensemble : notre agriculture est parmi les plus performantes au monde, et particulièrement solidaire, deux qualités que nous allons avoir bien besoin de cultiver encore plus.

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Karg se
- 21/02/2015 - 12:45
enfilage de perle
"ou la société va continuer à tolérer l’utilisation de toujours plus de pesticides" la consommation de pesticide est structurellement en baisse si on prend des séries longues. Encore un mensonge.