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Les maladies mentales sont encore mal comprises
En plein délire
“Fais un effort, ton cancer ira mieux”... absurde évidemment : mais avez-vous réfléchi à la façon dont nous traitons les gens souffrant de maladies mentales ?
Publié le 06 février 2015
Un sondage Ipsos pour Fondation fondamental révélait en 2009 les lacunes des Français concernant les maladies mentales. Une connaissance fébrile qui participe à l'exclusion sociale des patients, et va jusqu'à parasiter la prise en charge de leurs maladies somatiques par les équipes soignantes non spécialisées.
Christophe Bagot est médecin psychiatre et psychothérapeute. Il exerce à Paris.
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Christophe Bagot est médecin psychiatre et psychothérapeute. Il exerce à Paris.
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Marine Azevedo Da Silva est actuellement doctorante en Epidémiologie au sein de l’Unité INSERM 1018 Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des Populations. Elle travaille sur le lien entre la prise d’antidépresseur et les facteurs de risque...
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Un sondage Ipsos pour Fondation fondamental révélait en 2009 les lacunes des Français concernant les maladies mentales. Une connaissance fébrile qui participe à l'exclusion sociale des patients, et va jusqu'à parasiter la prise en charge de leurs maladies somatiques par les équipes soignantes non spécialisées.

Traduction ci-dessous

Crédits Robot Hugs

  • 1ère case : "Je comprends que tu souffres d'une intoxication alimentaire, mais tu pourrais au moins faire un effort"
  • 2ème case : "Il suffit que tu changes ta manière de voir les choses et tu te sentiras mieux"
  • 3ème case : "Est-ce que tu as au moins essayé, tu sais... Juste de ne pas avoir la grippe ?"
  • 4ème case : "Je ne pense pas que ce soit bon pour la santé que tu prennes des médicaments juste pour te sentir normal. Ca ne te fait pas peur de ne pas être ce que tu es ?"
  • 5ème case : "On dirait que tu n'essayes même pas"
  • 6ème case : "Apparemment, rester allongé sur un lit ne t'aide pas. Il faudrait peut-être envisager une autre solution".

 

Atlantico : Un sondage Ipsos pour Fondation fondamental (voir ici) révélait en 2009 les lacunes des Français concernant les maladies mentales. Cette méconnaissance pourrait-elle participer à une peur, et in fine à alimenter les perceptions négatives envers les malades mentaux ? Quel est l'enjeu de cette prise de conscience ?

Christophe Bagot : Il est difficile de croire que la majorité de la population n’a pas déjà eu une expérience personnelle en relation avec les troubles mentaux, qu’il s’agisse de soi ou de son entourage... C’est généralement une expérience douloureuse dont on veut se protéger… Et ce n'est pas parce que l'on côtoie une personne souffrant de maladie mentale qu'on le comprend forcément mieux. Les conséquences de cette perception négative sont de plusieurs ordres, la plus néfaste étant sans doute l'exclusion de ces malades (selon le sondage Ipsos, 52% des Français seraient gênés à l'idée de partager un toit avec un patient atteint de maladie mentale, 35% de travailler dans la même équipe, et 30% de partager un repas avec elle ndlr).


Nous sommes dans une société très normalisée, où notre environnement tend à nous faire croire que nous pouvons nous maîtriser, et qu'un exercice de volonté suffit à régler ses "problèmes personnels". Ne pas réussir à les régler devient une source de culpabilité honteuse. Dans le cadre de la famille, il est fréquent d'entendre que c'est de la faute des parents, d'une éducation donnée, ou d'un comportement de l'entourage qui serait responsable de l'apparition de la maladie mentale. Les gens aiment rationaliser, quitte à expliquer un phénomène avec une logique de comptoir.

Dans certaines tribus africaines, on pensait d'une personne qui avait des délires psychotiques qu'elle était en lien avec les esprits. Ainsi lui était attribué un vrai rôle au sein du groupe, elle jouissait d'une grande tolérance. La psychiatrie occidentale est arrivée avec ses diagnostics -variables selon le praticien- et on a collé des étiquettes de "malades". Ainsi on les a marginalisés. Alors qu’en fait on devrait être plus humble car la compréhension des maladies mentales reste toujours très difficile, et certaines idées qui y sont associées sont pour la plupart infondées.

Trois facteurs sont toujours impliqués pour en expliquer l’apparition : un facteur environnemental, un facteur congénital, et un facteur génétique. Il est donc inapproprié de dire qu'une personne qui souffre d'une maladie mentale en est responsable.

Comment cette stigmatisation peut-elle se caractériser dans la vie de tous les jours ?

Christophe Bagot : Pour certaines maladies lourdes comme la schizophrénie et la paranoïa, elle s'illustre tout simplement par l'exclusion, professionnelle ou sociale. Cela peut toucher bien sûr le malade, mais aussi la famille. Autre exemple, une personne souffrant d'anorexie mentale aura probablement peu de chances de passer l'étape d'un entretien d'embauche par exemple.

Les normes de comportement à observer dans le milieu du travail sont de plus en plus précises, les gestes sont codés : cela fait forcément défaut aux comportements atypiques, qu'ils soient de nature pathologiques ou non.

Quels sont les clichés régulièrement associés aux personnes atteintes de troubles mentaux ? En quoi sont-ils faux et en quoi sont-ils néfastes ?

  • La schizophrénie

Christophe Bagot : Dans les faits, un schizophrène a des périodes de délires très déstructurantes. Un voisin qui dit qu'on parle de lui à la télévision par exemple, ou qui soupçonne la femme du dessus de lui envoyer des ondes. Il y a un cliché qui est fait assez rapidement concernant les schizophrènes, et qui consiste à les associer automatiquement à des criminels. Cette idée est par ailleurs très souvent relayée par les médias. Or, la grande majorité des schizophrènes bénéficie de traitements adaptés qui leur permettent de s'intégrer normalement, et même d'être équilibrés. Vous en avez probablement dans votre entourage sans même vous en rendre compte. Et puis, étant une maladie chronique, la schizophrénie évolue parfois dans le bon sens, parfois dans le mauvais. 

  • La paranoïa

Christophe Bagot : Un sujet paranoïaque est une personne qui souffre d'un délire de persécution systématisé. Quelqu'un qui croit dur comme fer en une théorie du complot, comme ceux qui accusent les Juifs d'être une force de l'ombre, voire d'avoir fomenté les attentats du 11 septembre. Rien à voir avec les fréquents abus de langage, en particulier du terme "parano".

  • Anorexie mentale

Christophe Bagot : Il y a une attitude très ambivalente à l'égard des anorexiques. Nous les mettons à la fois sur une sorte de piédestal -surtout les mannequins-, mais lorsqu'ils sont diagnostiqués comme anorexique, il y a automatiquement une stigmatisation.

  • Maladies maniaco-dépressives/bipolarité

Christophe Bagot : Le vrai problème des maladies maniaco-dépressives, c'est qu'elles ont été très à la mode ces dernières années. Je n'en suis pas sûr mais je crois que c'est le fait de nombreuses personnalités. "Je souffre d'une maladie maniaco-dépressive" est le plus souvent aussi effarant qu'erroné. Une explication typique est de dire "Je suis de bonne humeur le matin, et j'ai un coup de blues à 11h". Nous évoquions la normalisation des comportements, mais la normalisation des émotions en est aussi la cause. Les changements émotionnels sont peu acceptés, il faut être dans une humeur positive de manière constante pour être accepté socialement.

  • Phobies, troubles anxieux, burn-out 

Christophe Bagot : Faiblesse ultime du monde du travail. Il y a quelques années, j'ai reçu un haut fonctionnaire du ministère de l'économie en consultation. Dans cet univers très formaté, le fait d'avoir un trouble anxieux était une lacune qu'il s'attardait à cacher, à maquiller. Il craignait notamment que cela nuise à son avancement professionnel, où l'on évalue une personne à partir de sa "solidité" émotionnelle. 

Quelle est la part de responsabilité de cette stigmatisation incombant aux pouvoirs publics ?

Christophe Bagot : On a pu voir avec l'épisode des médicaments génériques que les pouvoirs publics sont de plus en plus dans une logique économique plutôt que dans une réalité scientifique. Ainsi, nombre de médicaments -notamment les benzodiazépines- sont mis au ban parce qu'ils seraient addictifs, et l'on constate aussi un report des patients vers des médecines douces -créneau économique intéressant-. Il y a aussi, à l'image de la société, un discours hygiéniste qui laisse entendre que les traitements pharmaceutiques ne sont pas forcément utiles, qu'il y a d'autres alternatives, dont le fait de se "reprendre en main".

Vous avez été à l'origine d'une étude sur la vulnérabilité des personnes atteintes de troubles mentaux dans la prise en charge de leurs symptômes somatiques. Cette méconnaissance des maladies mentale peut-elle concerner aussi les équipes soignantes non spécialisées ? En quoi cela peut-il porter préjudice aux patients souffrants de maladies mentales ?

Marine Azevedo : Il est connu que les personnes atteintes de maladie mentale sont plus vulnérables et présentent davantage de facteurs de risque, notamment cardiovasculaires. C’est la raison pour laquelle nous avons pris en compte dans nos analyses les différences liées à l’âge, le sexe, le statut socio-économique et marital, le mode de vie, l’état de santé perçu et les maladies somatiques, et les résultats sont indépendants de ces facteurs.

Le sur-risque d’hospitalisation de ces personnes ne s’explique donc pas uniquement par la présence des comorbidités recueillies dans l’étude. Les raisons peuvent être recherchées du côté de l’accès ou de la qualité des soins. En effet, les résultats de notre étude sont basés sur une cohorte professionnelle où les employés avaient une sécurité de l’emploi, bénéficiaient du régime spécifique de sécurité sociale des Industries Electriques et Gazières particulièrement protecteur et d’un suivi médical régulier dans le cadre de leur activité. Il est donc peu probable que le problème soit imputable à l’accès aux soins. En revanche il est possible que la prise en charge de ces personnes soit mal adaptée.

D’une part parce que les personnes souffrant de maladie mentale ont plus de difficultés que les autres à exprimer ou décrire leurs problèmes de santé et symptômes et d’autre part, parce qu’il est possible que les professionnels de santé se concentrent sur les problèmes de santé mentale (demandant un grand investissement) en négligeant les autres problèmes de santé. Ces travaux doivent inciter les professionnels de santé mentale et somatique à travailler ensemble afin d’offrir une prise en charge globale aux personnes atteintes de troubles mentaux.

A partir de la cohorte GAZEL composée de plus de 15800 salariés de l’entreprise EDF-GDF, nous avons comparé les taux d’hospitalisations pour pathologies chroniques des personnes atteintes de maladie mentale à ceux des personnes non atteintes.

Environ 14% des participants ont eu au moins un arrêt de travail de plus de 7 jours consécutifs pour raison psychiatrique (dont 54,3% d’entre eux pour cause de dépression). Les résultats montrent que les personnes ayant été arrêtées pour troubles mentaux avaient un taux d’hospitalisation "toutes causes" (hors dépression) de 20% supérieur à celui des participants n’ayant pas été arrêtés pour ces troubles. Ce chiffre atteignait 37% lorsque les hospitalisations pour accident cardiovasculaire cérébral (AVC) étaient considérées et jusqu’à 44% concernant les hospitalisations pour infarctus du myocarde. En revanche, le risque d’hospitalisation pour cancer était équivalent entre les deux groupes.

Selon l'OMS, les maladies psychiatriques représenteront la première cause de handicap en 2020. Comment expliquer cette évolution, et quels sont les troubles mentaux les plus répandus dans la société ?

Christophe Bagot : Cette évolution concerne avant tout la dépression. Et le nombre galopant de sujets dépressifs découle sans doute d'une fragmentation de la société et de l'individualisme. Le groupe, le soutien social est considéré comme une bonne chose pour le stress et la dépression. Des études ont d'ailleurs montré que lors de la chute du bloc soviétique, certains pays de l'Est ont vu le nombre de suicides, d'alcoolisme augmenter sensiblement.  Certains facteurs ont néanmoins été dégagés : le fait de participer à une association par exemple. Le danger à présent, c'est aussi que cette mauvaise représentation de la maladie en générale déborde également vers les maladies somatiques. Les médias, les pouvoirs publics, dans une attitude de responsabilisation, tendent à faire croire que la santé est un exercice de volonté. Qu'il suffit de manger 5 fruits et légumes par jour pour être en forme, d'éviter ceci et cela nous préservera du cancer.

Propos recueillis par Alexis Franco

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Newdawn
- 02/02/2015 - 07:32
Pas convaincue du tout
Quelqu'un qui vient défendre les benzodiazépines... OK, c'est un psychiatre lambda qui croit encore en sa vieille pratique inefficace à base de médicaments toxiques. A dégager. Cette psy là est plus nocive qu'autre chose.