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Les fantômes familiaux existent-ils ? Quand le traumatisme d'un ancêtre joue sur votre inconscient

Publié le 24 décembre 2014
Existeraient-ils des fantômes familiaux? Notre inconscient porteraient parfois les traces d'un traumatisme familial qui nous conduit à répéter des schémas. Nous serions hantés par la douleur jamais exprimée ou guérie d'un ancêtre. Extrait de "Les fantômes famiiaux" de Bruno Clavier, publié aux Editions Payot (1/2).
Bruno Clavier est psychanalyste et psychologue clinicien en région parisienne. Il vient de publier "Les fantômes familiaux".
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Existeraient-ils des fantômes familiaux? Notre inconscient porteraient parfois les traces d'un traumatisme familial qui nous conduit à répéter des schémas. Nous serions hantés par la douleur jamais exprimée ou guérie d'un ancêtre. Extrait de "Les fantômes famiiaux" de Bruno Clavier, publié aux Editions Payot (1/2).

Ce type d’amoureux, toujours perdu, est prégnant chez de nombreuses femmes à notre époque. L’histoire de notre société montre que, dans un passé encore récent, on ne se mariait pas par amour. Les femmes vivaient donc des véritables catastrophes de vie, car souvent elles découvraient en même temps la sexualité et leur époux, qu’elles ne choisissaient pas. Celles-ci n’avaient aucune issue à une union malheureuse, leur jouissance n’étant pas à l’ordre du jour. Elles se devaient de rester à la maison.

Cet archaïsme se retrouve dans un clivage actuellement très fréquent : le prince charmant et le mari. Le prince charmant est celui qu’une femme a eu, qu’elle n’a pas eu, qu’elle aura et qu’elle n’aura pas, ce n’est jamais celui qu’elle a, car celui-là c’est « un mari ». Aujourd’hui encore, je reçois de très jeunes filles, pourtant inscrites dans la modernité, qui se fabriquent déjà ce prince charmant perdu; leur conflit amoureux ne fait que répéter inconsciemment celui de leurs ancêtres féminines.

L’histoire d’Isabelle montre que ce clivage entre le prince charmant et le mari n’est pas tant constitutif du féminin qu’hérité des générations antérieures. Il est encore fréquent chez les femmes d’aujourd’hui, alors que leurs conditions de vie sont très différentes : l’archaïsme inconscient vient parasiter la modernité consciente.

Comprendre les aspects psychanalytiques d’un arbre généalogique, c’est tenter de voir comment, à partir des événements vécus, nos ancêtres ont traversé leur toute petite enfance puis leur période œdipienne, et en quoi cela a eu une incidence sur les générations suivantes. On assiste ainsi, comme dans l’histoire d’Isabelle, à la duplication de génération en génération, au sein de lignées féminines, de schémas affectifs et relationnels qui rendent les descendantes, à l’image des poupées russes, amoureuses de façon identique. Ce n’est qu’en prenant conscience de ce qu’elle duplique, sans s’en rendre compte, des structures sentimentales de ses ancêtres qu’une femme peut réellement sortir de ces fatalités amoureuses. Comme l’écrit Danièle Flaumenbaum, « les femmes n’ont pas conscience de vivre dans l’enfermement du maternel de leurs lignées».

Tant que, dans le cadre d’une psychanalyse, on évite de considérer les générations antérieures et ce qui s’y est passé, ce que certains psychanalystes fustigent et refusent de prendre en compte en appelant cela le « factuel », l’analysant ne peut, de son côté, apporter suffisamment d’éléments issus de son enfance pour pouvoir dénouer ce qui ne lui appartient pas vraiment. Il est « hanté », agi par quelque chose dont il n’a pas vraiment connaissance, qui vient comme le posséder.

La psychanalyse transgénérationnelle appelle cela « un fantôme », une structure psychique et émotionnelle parasite, issue de l’un ou de plusieurs de ses ancêtres, portée et agie inconsciemment par un descendant. Cette notion a été introduite dans la psychanalyse à la fin des années 1970 par un personnage tout autant poète que psychanalyste, Nicolas Abraham, et par sa compagne, Maria Török . Ils définissent le « fantôme » comme la trace, dans l’inconscient d’un descendant, du secret inavouable d’un ou de plusieurs de ses ancêtres se manifestant dans des paroles et actes bizarres, dans des symptômes phobiques et obsessionnels, comme s’il était hanté par quelque chose appartenant aux générations qui l’avaient précédé. Anne Ancelin Schützenberger et Didier Dumas, à la suite d’Abraham et Török, ont précisé qu’une répétition significative dans un arbre généalogique témoigne de la présence d’un « fantôme ».

Après avoir mis en lumière tous ces éléments familiaux pour sortir enfin de ses schémas répétitifs, Isabelle poursuivit sa psychanalyse de manière plus classique, tentant de régler la question de son œdipe qui était « bloqué » depuis son enfance dans le désir inconscient de ce prince charmant fantasmatique hérité des générations antérieures. Elle réussit à rencontrer un homme avec qui elle était heureuse pour la première fois de sa vie. Celui-ci n’avait rien à voir avec l’Espagne, il ne s’appelait pas Pierre quoiqu’il eût tout de même la passion de la montagne. Peut-être faut-il y voir le témoignage de la présence d’un virus inactivé qui aurait finalement fait vaccin contre l’encombrant fantôme de prince charmant d’Isabelle...

Extrait de "Les fantômes famiiaux" de Bruno Clavier, publié aux Editions Payot, 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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