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Insider

In bed with Jean-Francois Copé : "je ne ferai plus de politique politicienne"

Publié le 22 novembre 2014
Depuis sa démission de la présidence de l’UMP en juin dernier, Jean-François Copé se fait silencieux dans les médias. La moitié de la semaine à l’Assemblée, le reste du temps sur les routes de France, il tente de rassembler les quelques partisans qu’il lui reste, via notamment Génération France. Dans le viseur, recouvrer l'honneur politique déchu et rester dans la course de celles et ceux qui peuvent compter à l'UMP.
Jean-Baptiste Marteau est journaliste politique pour France 2. Il a écrit deux livres sur l'UMP avec Neila Latrous : Bal tragique à l'UMP, et UMP : ton univers impitoyable. Il a suivi Jean-François Copé ces deux derniers mois, et est le seul...
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Jean-Baptiste Marteau est journaliste politique pour France 2. Il a écrit deux livres sur l'UMP avec Neila Latrous : Bal tragique à l'UMP, et UMP : ton univers impitoyable. Il a suivi Jean-François Copé ces deux derniers mois, et est le seul...
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Depuis sa démission de la présidence de l’UMP en juin dernier, Jean-François Copé se fait silencieux dans les médias. La moitié de la semaine à l’Assemblée, le reste du temps sur les routes de France, il tente de rassembler les quelques partisans qu’il lui reste, via notamment Génération France. Dans le viseur, recouvrer l'honneur politique déchu et rester dans la course de celles et ceux qui peuvent compter à l'UMP.

Atlantico : Depuis son limogeage de la présidence de l’UMP, Jean-François Copé se fait silencieux. Tel un pèlerin, il arpente la France à la rencontre des militants. Ce long silence médiatique n'est-il qu'une opération de communication pour assainir son image ?

Jean-Baptiste Marteau : Jean-François Copé a compris que son discours était devenu inaudible après son départ forcé de l’UMP au printemps dernier. Il s’est donc imposé une période de silence qui va se poursuivre encore plusieurs mois au moins. Il refuse d’ailleurs la moindre discussion, le moindre déjeuner avec un journaliste.

La seule exception qu’il a acceptée est ce reportage que nous diffusons dimanche dans « 13h15 » sur France 2.

Sa stratégie c’est de se mettre au vert, d’aller voir les Français « lambda » dans un tour de France commencé début septembre. Il a compris que le moindre retour était inenvisageable avant septembre 2015, et à la seule condition d’avoir été innocenté dans l’affaire Bygmalion. A ce jour il n’a d’ailleurs même pas été auditionné par un juge.

Durant ces 3 mois de tournage, j’ai bien noté que Jean-François Copé répétait à outrance certains éléments de langage : « j’ai changé, je ne ferai plus de politique politicienne » et surtout « je ne ferai plus de petites phrases ». Peut-on le croire ? Chacun pourra en juger en voyant notre sujet. Il a en tout cas essayé de se montrer très décontracté, d’être le plus sympathique et le plus souriant possible.

Les deux ans de la présidence de Jean-François Copé à l’UMP ont été marqués par une guerre des chefs Copé/Fillon, ainsi que l'affaire de surfacturation Bygmalion. Le tout  achève l’image du parti auprès des militants. Quelles leçons le député de Seine-et-Marne et Maire de Meaux a-t-il tiré de ces évènements ?

Disons qu’il reconnait au moins que cette guerre des chefs a été horrible pour l’image du parti et particulièrement pour la sienne. D’ailleurs, lors d’un tournage dans le Cher nous avons croisé des militants de longue date qui déchiraient leur carte d’adhérent, écœurés par ces dissensions internes.

Jean-François Copé s’est rendu compte qu’il n’avait pas toujours utilisé de la bonne manière sa façon de parler de la « droite décomplexée ». En filigrane, il y a une autocritique de son comportement, mais n’attendez pas de lui une auto-flagellation devant les caméras ! Il parle plutôt d’erreurs, d’incompréhension entre lui et les Français.

Concernant Bygmalion, il revient dessus dans notre reportage et se justifie. Il parle peu de ses relations avec Jérôme Lavrilleux, évoquant simplement « un énorme gâchis ». S’il continue de clamer son innocence, Jean-François Copé sait qu’aucun retour ne sera envisageable avant d’avoir soldé cette affaire. Mais le temps judiciaire est toujours plus long que le tempo politique.

Après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, il n'a pas hésité à se revendiquer comme l'héritier légitime du Sarkozysme. Nombreux sont ceux qui lui ont alors reproché de n'être qu'une pâle copie du « patron ». Pourquoi ne pas jouer du mimétisme une nouvelle fois en engageant une stratégie victimaire auprès du grand public, qui n'est d'ailleurs pas sans détester les juges ?

J’ai toujours pensé qu’il y avait de nombreux points communs entre Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy. Mais après avoir passé ces semaines à le suivre, la ressemblance avec Jacques Chirac me semble beaucoup plus forte. Ce même encrage local, cette proximité avec les gens. J’ai été frappé de voir la relation qu’entretient Jean-François Copé avec les habitants de Meaux.

Par ailleurs, il ne cesse de prendre ses distances avec Nicolas Sarkozy. Notez qu’à aucun moment il n’appelle clairement à voter pour lui à la présidence de l’UMP.

Concernant la « victimisation » auprès du public, Jean-François Copé en abuse longuement dans le sujet. Il décrit à de multiples reprises la « violence » et le côté « caricatural » des attaques portées contre lui. Mais jouer la victime ne suffit pas pour remonter dans le cœur des Français : il faut prouver son innocence et se recentrer sur le terrain des idées.

Le 27 mai dernier, le bureau politique de l’UMP réunit les cadres du parti qui poussent Jean-François Copé à la démission. Quel souvenir en garde-t-il aujourd'hui ?

C’est probablement la pire journée de sa carrière politique. Il décrit longuement la violence des attaques venues de la plupart des responsables de l’UMP.

Dans notre reportage, nous avons d’ailleurs reconstitué à l’aide d’acteurs ce qu’il s’est passé à huis clos dans les sous-sols de l’Assemblée ce 27 mai. En découvrant les images de cette reconstitution, Jean-François Copé a même reconnu que la tension et les mots employés étaient encore plus féroces que ce que nous montrons.
 

Mercredi 12 novembre, le groupe UMP s'est réuni à huit clos en présence d'une centaine de députés. Ces derniers ont majoritairement soutenu François Fillon, malgré les suspicions qui pèsent sur lui dans l'affaire du déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet. S'adressant aux députés, Jean-François Copé n'a pas manqué de réagir : « François Fillon défend son honneur avec le talent qu'on lui connait... Mais si vous avez un peu de temps libre à me consacrer dans votre agenda surchargé, je vous demande une minute pour penser à mon honneur ». Jean-François Copé se sent-il encore aujourd'hui trahi par sa famille politique, alors même que sa condamnation n'a pas été prononcée ?

Il est clair que Jean-François Copé a très mal vécu le lynchage dont il a fait l'objet lors de son départ de la Présidence de l'UMP.

Il s'est surtout senti trahi de la part de certains de ces anciens amis comme François Baroin. Il faut dire que, comme le dit Nicolas Sarkozy en « off » à ses visiteurs : « Copé est devenu radioactif ». En clair, il ne fait pas bon se montrer à ses côtés en ce moment.

Du coup, d'autres l'ont lâché récemment comme Nadine Morano, ce que Jean-François Copé a très mal pris. Il n'a pas de mots assez durs contre elle, notamment après le soutien qu’il lui a apporté aux européennes. Rappelons que s’il n'était pas intervenu fortement en commission d'investiture, jamais Nadine Morano ne serait devenue députée européenne. Mais ces trahisons font partie de la vie politique…

En parlant de Nicolas Sarkozy, comment vit-il le retour politique de ce dernier et l’élection à la présidence de l’UMP ?

Concernant l’élection interne du président de l’UMP, Jean-François Copé est très détaché. Il donne même le sentiment que cela ne l’intéresse absolument pas. Il me dit être complètement en dehors de cette bataille.

Vous remarquerez d'ailleurs qu'il ne s'est prononcé en faveur d'aucun des trois prétendants ! Ce sont seulement des membres de son club « Génération France » qui ont annoncé que les soutiens de Jean-François Copé devaient voter Nicolas Sarkozy. Lui ne s'est jamais exprimé sur le sujet.

Cela laisse deviner ce qu'il pense du retour de l'ancien Président. Copé est assez dur quand il parle du bilan de l'ex majorité. « Il y a eu des rendez-vous manqués, sinon Hollande ne serait pas là » lâche-t-il devant notre camera. Comme beaucoup à droite en privé, il émet des doutes sur le retour de Nicolas Sarkozy. J'ai l'impression qu'au fond de lui, il n'y croit pas.

Jeune loup ambitieux du temps de Nicolas Sarkozy, finalement tombé en disgrâce, lui arrive-t-il de douter de son propre retour au sein du parti, alors même que tous les ténors semblent entrés en compétition ?

Il est de toute façon beaucoup trop tôt pour envisager un retour dans le parti. Jean-François Copé sait qu'il lui faudra du temps, beaucoup de temps. Mais d'autres exemples sont là pour montrer qu'on est jamais mort en politique. Jacques Chirac, Alain Juppé, Laurent Fabius : tous ont subi une traversée du désert avant de devenir les responsables préférés de leur camps respectif.

Même s'il concède « avoir hésité à tout arrêter » cet été, le doute n'a pas duré longtemps. J'ai rencontré un homme déterminé, combatif, qui fera tout pour revenir dans le jeu politique. Cette volonté sera-t-elle nécessaire ? Réponse dans quelques temps !

Justement, Jean-François Copé garde-t-il présent à l'esprit le cas particulier d’Alain Juppé ?

Oui cela fait parti des scénarios qu'il doit espérer. Maintenant, contrairement à Alain Juppé, il n'a été pour l'instant ni condamné, ni même mis en examen. Mais le discrédit dans l'opinion est tel qu'il devra certainement attendre longtemps avant de se refaire une virginité. Son meilleur argument pour envisager un retour au plus haut niveau reste son âge. Jean-François Copé n'a « que » 50 ans, et peut encore espérer viser 2022 voir 2027…

C'est en tout cas amusant de voir sa réaction quand on lui parle d'Alain Juppé. Il refuse de se prononcer, car il ne sait pas trop quoi en penser pour l'instant.  Mais l'hypothèse d'un Alain Juppé sauveur de la droite pour 2017 ne lui semble pas si farfelue. Je ne serais pas étonné de voir Jean-François Copé rejoindre ce dernier pour la prochaine présidentielle. Après tout, ce sont tous les deux des bébés Chirac.

Malgré sa mise en disgrâce, compte-t-il réunir à nouveau militants et parlementaires pour les échéances à venir via Génération France ?

Parler de rassemblement pour l'instant autour de Jean-François Copé est tout simplement impensable. Son image est durablement atteinte auprès des militants comme des responsables de l'UMP. C'est donc en effet à travers son club qu'il compte procéder.

Nous avons d'ailleurs assisté à la première réunion des cadres de « Génération France » le 8 octobre à l'Assemblée Nationale. Il y avait une vingtaine de parlementaires et une cinquantaine d'autres responsables (secrétaires nationaux de l'UMP, maires…). Les troupes se sont quelques peu asséchées par rapport à la campagne de 2012, l'affaire Bygmalion a laissé des traces.

Christian Jacob (qui soutient toujours Jean-François Copé) ne voulait par exemple pas apparaître sur la photo, pas encore. Mais ce sont des fidèles qui pourront constituer une petite armée de combat en cas de retour sur le devant de la scène.

Compte-il rester sur une ligne politique « décomplexée », droitière ? La question a-t-elle déjà été soulevée au sein de Génération France ?

Il y a deux façon de voir les choses avec Jean-François Copé. Alors certes, dans ce qu’il appelle la « droite décomplexée », il y a clairement une orientation dite « droitière », c’est à dire qui dit clairement les choses sur les questions d’immigration, de laïcité ou encore de sécurité.

Mais Jean-François Copé, c’est surtout une vision libérale de la société. Il se prononce pour une libéralisation du travail et la limitation des normes par exemple. Sur ce point, François Fillon semble d’ailleurs l’avoir rejoint.

Là où je le trouve encore très flou et, disons le, très opportuniste, c’est sur les questions sociétales. Si au fond de lui Jean-François Copé est tout à fait pour le mariage et l’adoption par les couples homosexuels, il n’a pas hésité à aller manifester aux côtés des plus radicaux uniquement pour garder la main sur le groupe UMP. D’autres responsables de droite ont été plus courageux sur ces questions.

S’il reconnaît volontiers que son image est durablement atteinte auprès des militants, pense-t-il toutefois toujours à la présidentielle 2017 ? Comment évalue-t-il ses chances ?

Lui même le reconnaît : ses chances d’être candidat en 2017 doivent être proches de 1%... Mais au cas où, il veut être prêt. A l’entendre, on comprend qu’il ne croit pas beaucoup au retour de Nicolas Sarkozy, mais fait bien attention de ne prendre parti pour personne, ni pour Alain Juppé, ni pour aucun autre prétendant.

Jean-François Copé est un pragmatique : jamais l’incertitude n’a été aussi grande à droite à 2 ans et demi d’une échéance présidentielle. Personne ne se dégage pour l’instant et il préfère attendre.

Je lui ai posé la question d’une future candidature élyséenne. La scène était d’ailleurs originale : nous déjeunions dans un kebab au milieu d’un quartier populaire de Meaux, où le Maire a ses habitudes le vendredi. Si Jean-François Copé répond bien évidemment que cette question est totalement « hors sujet » en novembre 2014 le concernant, il précise immédiatement qu’il « ne renoncera jamais à défendre ses convictions ». Revenir, Copé en rêve et fera tout ce qu’il est possible pour y parvenir. Maintenant, en sera-t-il capable ? C’est toute la question.

Vous avez certes suivi Jean-François Copé, mais avez également beaucoup suivi l’UMP dans son ensemble. Dans votre livre, "UMP ton univers impitoyable", vous aviez d’ailleurs prédit l’explosion du parti à travers la guerre de chefs post-sarkozyste. Au regard des nouveaux évènements, pressentez-vous toujours un avenir aussi sombre pour ce parti ?

La droite connaît exactement le même problème qu’à gauche en ce moment : elle se cherche une ligne idéologique. Au PS ce sont deux lignes irréconciliables qui s’affrontent. A droite, faute d’un vrai débat d’idées depuis 20 ans, on cache la poussière sous le tapis sans prendre les mesures que l’électorat attend.

La question européenne est la plus révélatrice : le débat à l’UMP consiste encore à savoir si on est pour ou contre Maastricht… 21 ans après, il serait temps de passer à autre chose !

La droite a déçu de 2007 à 2012, elle doit opérer une refonte en profondeur de son logiciel pour aborder les prochaines échéances. Le problème c’est que peu de responsables admettent ce diagnostic. Le futur mouvement que mettra en place Sarkozy devra répondre à cette problématique. C’est le prix à payer pour ne pas revivre une guerre des chefs stérile comme on l’a connue en 2012.

Entretien mené par Sarah Pinard
et par Franck Michel / sur Twitter

 

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zouk
- 22/11/2014 - 11:11
J.F.COPE
S'il pouvait seulement cesser de faire de la politique du tout!