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Par devoir d'Histoire

Non Eric Zemmour, le régime de Vichy n’était pas un régime d’occupation mais bien de collaboration active

Publié le 09 novembre 2014
Contrairement aux propos d'Eric Zemmour, Florian Philippot ou Jean-Marie Le Pen, le régime de Vichy n'a pas été passivement, un « régime d’occupation » mis en place par l’Allemagne. A terme, tous les Juifs français auraient été déportés...
Historien, directeur de recherche honoraire au CNRS et ancien directeur du Mémorial de Caen, Claude Quétel est notamment l'auteur du Canapé de Beria et de L'Impardonnable Défaite.
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Contrairement aux propos d'Eric Zemmour, Florian Philippot ou Jean-Marie Le Pen, le régime de Vichy n'a pas été passivement, un « régime d’occupation » mis en place par l’Allemagne. A terme, tous les Juifs français auraient été déportés...
Les historiens croyaient en avoir terminé avec l’antienne vichyste et post vichyste d’un « Pétain bouclier », tandis que de Gaulle aurait été « l’épée », dans un même refus de l’occupation nazie. Ils n’avaient pas attendu Robert Paxton, grand enfonceur de portes ouvertes, pour exorciser ces vieilles lunes. Eh bien, nous y revoilà ! Eric Zemmour, dans un chapitre de son Suicide français, fustige une doxa condamnant sans nuances le régime de Vichy. Celui-ci, face aux exigences allemandes, aurait livré ses juifs étrangers pour mieux sauver ses juifs nationaux. Jean-Marie Le Pen enfonce le clou le 20 octobre sur BFMTV en répondant à Apolline de Malherbe qui lui demande : « Est-ce que pour vous Vichy est excusable ? » - « Bien sûr ! Vichy a fait ce qu’il pouvait pour défendre les Français».
 
On rebat sans cesse les oreilles des Français avec le « devoir de mémoire » mais il faudrait commencer par le « devoir d’Histoire »… Vichy n’a pas été, passivement, un « régime d’occupation » mis en place par l’Allemagne (Florian Philippot à Jean-Jacques Bourdin le 27) mais, activement, un régime de collaboration misant sur la victoire finale du IIIe Reich. Entré au gouvernement Reynaud le 18 mai 1940, Pétain est devenu aussitôt le chef de file des partisans de l’armistice contre les ministres « bellicistes ». Devenu chef d’un gouvernement à la dérive, il se laisse dicter un armistice aux termes catastrophiques : la France est coupée en deux avec une zone occupée qui facilite la poursuite de la guerre contre la Grande-Bretagne. Une zone non occupée, au sud, pudiquement appelée « zone libre », laisse à Pétain et à son gouvernement l’apparence d’un pouvoir qui, à l’évidence, va être celui d’une collaboration avec l’occupant.
 
Mais que veut Pétain par delà ses discours de la repentance, de l’honneur resté sauf, de « notre défaite venue de nos relâchements » ? Le pouvoir, tout simplement, et en finir avec le régime en place en installant un ordre nouveau, fasciste sans le nom, à l’intérieur de celui que ne va pas manquer d’instaurer l’occupant. Cela a un nom : cela s’appelle trahir son pays. La suite le prouve assez. Loin des masques opposant un « bon Pétain » à un « méchant Laval », c’est bien le chef du nouvel Etat français qui serre la main de Hitler le 24 octobre 1940 à Montoire-sur-le-Loir et lui encore qui, six jours plus tard, prononce à la radio le discours de la Collaboration : « C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration.»
 
Des discours et des actes… Aussitôt s’organise la chasse aux Résistants, aux communistes, aux francs-maçons et aux juifs. Les premières lois « portant statut des juifs » sont promulguées dès octobre 1940 à la seule initiative de Vichy. Bien d’autres vont suivre, dont celle instituant le port de l’étoile jaune (que les juifs danois ne porteront pas après que leur roi aura menacé de l’arborer lui-même). Nulle distinction subtile alors entre des juifs français et non français. « Un juif est un juif ». Le 29 mars 1941, Pétain a signé le décret portant la création du Commissariat général aux questions juives. L’occupant nazi va s’extasier sur la qualité d’un fichier des juifs qu’il aurait été bien en peine d’établir lui-même.
 
Lorsque sonne l’heure du génocide (un premier convoi de juifs part de Drancy pour Auschwitz le 27 mars 1942), Vichy, qui ne peut ignorer le sort qui leur est destiné, tient compte d’une opinion qui commence à s’émouvoir et négocie avec les Allemands pour livrer d’abord les juifs apatrides et les ressortissants étrangers. L’administration SS spécifie toutefois que « tous les juifs domiciliés en France doivent être déportés aussitôt que possible. » Il ne s’agit donc que d’une étape, d’un calendrier de déportation et non d’un « marché ». En attendant les juifs français de souche, on vise déjà « les juifs dont la naturalisation française serait postérieure au 1er janvier 1927. » A terme, aucun juif ne sera épargné et déjà 1540 juifs français ont été déportés de Drancy et Pithiviers les 21 et 23 septembre 1942. Seuls les revers du Reich puis la défaite, en tout cas pas Vichy, empêcheront la réalisation de ce planning.
 
Quant au « pire évité », c’est se livrer à une arithmétique pour le moins spécieuse. On commencera d’abord par se demander en quoi la vie d’un juif ayant fui l’Allemagne nazie en 1933 et s’étant réfugié en France, terre réputée d’asile, aurait été moins précieuse que celle d’un juif muni d’une carte d’identité française. Quant aux chiffres de la déportation, on ne se consolera pas en arguant qu’ils auraient pu être du triple puisqu’ils l’auraient été finalement, la guerre et l’Occupation continuant. Et n’y en aurait-il eu qu’un seul ? A partir de combien de zéros peut-on invoquer l’horreur ? 26% « seulement » des juifs de France déportés, cela fait encore 75 000 auxquels s’ajoutent 86 827 déportés politiques, trop souvent oubliés. Et encore n’est-ce là que la partie émergée de la collaboration, dans une France dont l’économie fut tout entière au service de l’effort de guerre du Reich et où Laval, le 18 avril 1942, disait : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne ». 
 
Vous avez dit : « Vichy excusable » ?
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Leucate
- 09/11/2014 - 17:42
@Benvoyons - la boule de cristal
Vous oubliez une chose, c'est que les gouvernants n'ont pas de boule de cristal quand ils prennent une décision (même si certains consultent une voyante) et que dans une situation catastrophique, les solutions sont plus que floues. N'oubliez pas non plus que le gouvernement errait en voitures sur les routes de France, de Paris à Bordeaux, puis de Bordeaux au massif central jusqu'à Clermont puis Vichy avec les allemands aux fesses. Entre les deux solutions, quitter le territoire métropolitain et poursuivre la guerre dans l'Empire (avec quelles troupes ?, ne restait plus que la Marine) et rester pour sauver les meubles en négociant, Pétain, nommé à la va-vite président du conseil dut faire un choix rapide. Il n'avait sans doute plus l'âge de décider rapidement et surement et son passé l'inclinait plutôt à la négociation.
Quand il était jeune ado, le grand homme de son époque fut Adolphe Thiers, ancien ministre de Louis Philippe, qui négocia avec la Prusse. La France paya une indemnité de guerre très lourde et dut céder l'Alsace et la Moselle mais les troupes allemandes partirent. Thiers fut alors surnommé le "libérateur du territoire" et des statues furent dressées à sa mémoire.
Leucate
- 09/11/2014 - 17:16
Pétain Hindenburg
Ces deux vieillards qui s'affrontèrent en 1918 étaient d'une génération ancienne, celle née sous Napoléon III pour Pétain (1856), celle née sous Frederic Guillaume IV (1847) pour Hindenburg son ainé. Les deux étaient trop civilisés pour comprendre quoi que ce soit au nazisme ou au communisme également. Quand Pétain serra la main du caporal autrichien Hitler en 1940, il pensait serrer celle d'un ancien combattant de la Grande Guerre arrivé au pouvoir par les hasards de l'Histoire.
C'étaient des gangsters qui occupaient la France et qui ont appliqué leurs méthodes mafieuses pour faire cracher le maximum aux propriétaires otages qui s'exécutaient en pensant que ce seraient les dernières exigences. Un million de soldats prisonniers étaient retenus en Allemagne et ils servaient de moyens de pression. Le 11 novembre 1942, l'Allemagne attaqua la zone libre et le maréchal, enfermé dans l'enclave de Vichy (le grand duché de Gerolstein) fit la grève de l'Etat, laissant Laval diriger le pays. Fils d'un maquignon et rompu aux négociations parlementaires de la III° république, Laval pensait avoir l'étoffe pour négocier mieux que les autres. Il dut déchanter et accepter de plus en plus de choses
Benvoyons
- 09/11/2014 - 17:06
vangog - 09/11/2014 - 14:02 Franchement vangog tu es
complètement insalubre. Pétain et le gouvernement composé avec de droite et de gauche sont bien évidemment fautif, même les communistes en obéissant à Moscou au lieu de la France.Pétain et le gouvernement avait plusieurs solutions.Personne n'a obligé le gouvernement de prendre la pire. C'est bien eux qui ont pris cette décision de continuer avec les Allemands. Alors qu'ils pouvaient partir pour Alger..