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L'affiche de l'exposition "Zizi sexuel"  basée sur la BD "Titeuf" de Zep.
© Capture d'écran / cite-sciences.fr
L'affiche de l'exposition "Zizi sexuel"  basée sur la BD "Titeuf" de Zep.
Parler pour ne rien faire

Comment nous laissons nos enfants désarmés face à l’hypersexualisation de la société à force d’abuser de polémiques 100 % idéologiques à la "Zizi sexuel"

Publié le 24 octobre 2014
L'association SOS Éducation fait circuler une pétition demandant aux directeurs d'école d'informer les parents sur le contenu de l'exposition "Zizi sexuel" déjà présentée à Paris en 2007, basée sur la BD "Titeuf" de Zep. La polémique enfle autour de ce "groupement de citoyens qui œuvrent pour exiger de l'école qu'elle remonte ses standards". Une controverse plus contre-productive qu'autre chose.
Gisèle George
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Gisèle George est pédopsychiatre. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages comme La confiance en soi de votre enfant (2007, Odile Jacob) ou encore Ces enfants malades du stress (2002, Anne carrière) 
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L'association SOS Éducation fait circuler une pétition demandant aux directeurs d'école d'informer les parents sur le contenu de l'exposition "Zizi sexuel" déjà présentée à Paris en 2007, basée sur la BD "Titeuf" de Zep. La polémique enfle autour de ce "groupement de citoyens qui œuvrent pour exiger de l'école qu'elle remonte ses standards". Une controverse plus contre-productive qu'autre chose.

Atlantico : Au total, plus de 38 000 signatures ont été rassemblées en ligne, selon le site de l'organisation SOS Education. Cette réaction cache-t-elle en réalité une démission généralisée autour de l'éducation sexuelle en France ?

Gisèle George : Pour qu'il y ait démission, il faudrait qu'il y ait une tentative. Mais en France, on reste dans le non-dit. Les choses ont évolué dans le temps. Les premiers cours d'éducation sexuelle à l'école ont toujours été des cours de la mécanique sexuelle, c'est à dire sur le plan anatomique. Déjà un grand pas en avant dans les années 70, mais il n'y a jamais eu de cours de la relation sexuelle.

Dans les familles, toujours dans les années 70, une chose est restée constante : il n'était pas question de parler de sexe, à l'exception des familles hippies où la sexualité était vomie sur la table, pendant les repas ou réunions familiales entre amis. Il en a résulté une peur du sexe pour les enfants, car ils traversent à un moment donné de leur vie une phase pudibonde. Il n'est pas possible de nager au milieu de la piscine sans être passé par le petit bain. L'apprentissage doit être progressif.

Dans les années 80 et 90 sont sortis de plus en plus de films pornos et des outils plus trashs (magazines et autres). Mais encore une fois, il n'est pas question de sexualité "normée" si je peux me permettre. Les enfants ont par la suite avec internet eu accès à de plus en plus de chaînes à caractère pornographique. Résultat, leur apprentissage de la sexualité passe par ces vecteurs là. Ils n'ont plus de demande d'éducation sexuelle auprès de leurs parents ou de l'école puisqu'ils sont convaincus de prétendre à cette éducation via les chaînes internet à caractère pornographique. Alors qu'en réalité, il n'est question que de ringardises et de clichés.

Là où s'est opérée la démission, c'est que tout pouvoir a été laissé à Internet d'éduquer nos enfants, et surtout en matière sexuelle.

Le délégué général de SOS Éducation déclare ne pas vouloir : "que ce soit Titeuf qui s'occupe de l'éducation sexuelle des enfants". Mais personne (école, parents ou pouvoirs publics...) ne semble prêt à éduquer sexuellement nos enfants. Comment en est-on arrivé à ce paradoxe entre société hypersexualisée d'un côté et pudeur excessive de l'autre ?

Ils sont dans une optique d'un apprentissage de la sexualité qui ne passe pas par l'exposition "Zizi sexuel", mais qui relève de l'ordre familial. Ils en ont le droit. Mais cette réaction est étonnante. Il est permis de ne pas aimer l'utilisation de Titeuf pour faire de l'apprentissage sexuel, mais rien ni personne n'est obligé d'y aller.
 
Mais que proposent-ils pour faire face au manque d'éducation sexuelle des enfants ? Manque qui fait le lit de conduites sexualisées trash en milieu scolaire, avec des dérives qui vont jusqu'à la prostitution, au collège ! Le débat doit s'élever, car concrètement en matière d'éducation sexuelle, la France fait figure de parent pauvre.
 
Pour les raisons que nous avons précédemment évoquées, la sexualité est devenue taboue, interdite d'une certaine manière. Et l'intérêt des enfants repose dans la levée des tabous et la transgression des interdits. Autrement dit, les enfants recourent au porno. Cela en devient même rigolo de s'éduquer à la sexualité d'un côté via les pornos et de préserver les apparences vis-à-vis des parents.
 

Abandonner nos enfants à leur propre sexualité dans une société hypersexualisée et s'étonner des récentes dérives dans les collèges ou lycées... N'est-il pas aussi et surtout question d'hypocrisie ? De déni ?

En effet, de déni. Par exemple, je recevais des patients : une mère et son fils de 12 ans. J'indiquais à la mère la préparation d'une interview avec Atlantico sur la prostitution dans les collèges. Interpellant la mère sur le sujet, cette dernière m'affirmait n'en rien savoir. J'ai alors posé cette même question à son fils de 12 ans qui, sans sourciller, affirmait en avoir entendu parlé dans son propre collège. Sa mère, médecin, était au bord de l'apoplexie. Reprochant à son fils de ne jamais lui en avoir parlé, ce dernier lui a rétorqué qu'elle ne lui avait jamais posé la question... La mère m'a par la suite interpellée - seule - en s'étonnant, s'imagineant difficilement parler de prostitution, de fellation, à un enfant de 12 ans. Un exemple somme toute révélateur...

Il est aussi difficile à envisager que ce soit possible pour les parents. Ces derniers pensent d'ailleurs que s'ils en parlent trop tôt, ils risquent de donner des idées aux enfants et que s'ils n'en parlent pas, il ne se passera rien. Il est question de se voiler la face d'une certaine manière. Un peu comme dans les années 70, certains redoutaient de donner la pilule à des jeunes femmes de peur qu'elles ne se prostituent !

École, parents ou pouvoirs publics... Comment reprendre la main en faveur d'une véritable éducation sexuelle pour nos enfants ? Et comment cette dernière doit-elle se traduire ?

L'école et les pouvoirs publiques pourraient reprendre la main en invitant des spécialistes à venir répondre aux questions des enfants, conduire des conférences. Des cours sur la sexualité pourraient également être envisagés, mais pas seulement sur les questions de prévention autour des MST. En Suisse, les enfants ont des cours sur la nutrition, pourquoi pas sur la sexualité ! Il n'est évidemment pas question de visionner des pornos, mais de travaux pratiques et de questions / réponses. 

En ce sens, il faut surtout que les parents ne constituent pas un frein. Imaginez la réaction du mouvement précité face à des cours sur la sexualité dans les écoles...

L'exposition en elle-même se veut "une vision positive et joyeuse de l'amour et de la sexualité qui est présentée". Une bonne idée et une approche à généraliser ?

Titeuf est exposé et les parents peuvent avoir accès à ce qui est dit chez Titeuf. Libre à eux de reprendre ce qui a été vu au cours de l'exposition, même si cela reste la sexualité selon Titeuf. Mais ils peuvent se saisir de ce prétexte pour présenter leur vision de la sexualité à leurs enfants, et transmettre d'une certaine manière. Avec Titeuf, pour résumer, les parents ont un support de discussion avec leurs enfants sur la sexualité. 
 
D'autres supports existent, notamment sur Internet. Educationsensuelle.com est un support qui explique l'éducation sexuelle mais surtout sensuelle, mais qui donne aux parents quelques pistes sur le ton à adopter. Il est utilisable par toute la famille, les enfants compris. Ainsi, le sujet n'a plus à être tabou et peut être abordé avec les enfants.
 
Un énorme courage peut être attribué à Zep qui a été lu par tous les enfants. Ils ont ainsi une vision ludique et agréable de l'éducation sexuelle.
 
La radio aussi, avec l'émission de Difool et du Doc. Le pédiatre Christian Spitz était également d'une grande qualité. Certes, l'émission était provoc' mais le médecin a toujours très bien fait son travail, en atténuant, dédramatisant les choses, en se battant contre la culture pornographique. Il a notamment publié des recueils sur la sexualité et les questions les plus souvent posées.
 
La sexualité reste quelque chose de positif mettant en scène deux personnes consentantes, une des plus belles choses de la vie, du bien-être, de la bonne santé !  il ne faut pas le perdre de vue...

 
Des conseils aux parents en particulier ?

Les parents doivent pouvoir aujourd'hui réussir à parler de la sexualité à leurs enfants et de les éduquer à ce titre, comme ils les éduquent très bien au niveau de l'hygiène. Chose extraordinaire, les enfants n'en seront que plus épanouis et vous ne les aimerez que davantage. Parents, prenez votre courage à deux mains. Dialoguez avec vos enfants autour des chaînes qu'ils regardent sur YouPorn, profitez-en pour leur présenter une autre vision de la sexualité.

Cela ne peut être que bénéfique. La sexualité de nos enfants doit être quelque chose de positif. La plupart des couples qui vont mal sont des couples dont la sexualité va mal. Et ce n'est pas la mécanique qui pose problème ! Tendresse, caresses, les parents doivent expliquer aux enfants que la sexualité, c'est de l'amour.  

 
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Commentaires (5)
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vangog
- 23/10/2014 - 19:26
assez d'accord avec alain Briens!...
à force de détourner l'école de ses fonctions traditionelles, les enfants finissent par devenir totalement démunis de toute arme face à la globalisation, se réfugiant maladroitement dans d'archaiques reflexes clanique et les glauques réseaux sociaux...pourquoi vouloir transmettre un "savoir supplémentaire" qui, en l'occurence ne peut-être que le fruit de l'expérience et de l'exemple. L'expérience montrera très vite aux jeunes que l'exemple d'internet est biaisé, ce qu'ils percoivent déjà confusément. Nul besoin d'enseignants qui seront très vite débordés et influencés par les associations activistes homosexuelles ou égalitaristes. Rendons-leur la fonction traditionelle que la gauche leur a volée et foutons la paix aux enfants!
Newdawn
- 23/10/2014 - 16:08
D'accord avec A. Briens.
Adolescente, j'aurais été horrifiée que mes parents me parlent de sodomie ou de fellation; pour rien au monde je n'aurais voulu partager ces choses avec eux (et adulte, c'est toujours le cas). J'ai découvert ces choses par moi-même et à mon rythme. Pour mes propres enfants ados, je suis incapable aussi d'aborder ces sujets avec eux; je sais que ça ne plairait pas à la psy de l'article, mais je n'ai vraiment pas envie de me faire violence là-dessus. On essaie quand même de faire tampon à la violence du monde et des infos (les décapitations islamiques sont encore plus terribles qu'une sodomie à mon sens), de leur dire de se protéger face aux images violentes et insoutenables, de les fuir sur internet, mais sans rentrer dans les détails. C'est un sujet vraiment très difficile, et je ne jette pas la pierre aux parents pudiques, comme cette médecin qui consulte, dans l'article.
Benvoyons
- 23/10/2014 - 13:08
Alain Briens - 23/10/2014 - 11:55 Il n'y a rien de réactionaire
dans tes propos. Il me parait normal qu'au moment des premiers émois cela soit la famille qui en parle. Il est parfaitement normal pour des parents d'en parler car cela ne fait que réduire l’inquiétude et de mettre les jeunes avec les bons éléments, les bons mots, les bonnes images. Il n'y a rien de mal à ces émois et que ses parents et bien y sont passés aussi. La vérité reste le bon équilibre sans avoir besoin du Kamasutra bien évidemment. Cela évite la recherche à tout va pour un jeune qui en premier lieu subit, mais ressent en même temps,un grand besoin d'obtenir satisfaction, et que cette satisfaction le libérera.