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Jean-Christophe Lagarde : "L’UDI ne peut plus être le lieu d’ambitions personnelles pour des strapontins"

Publié le 24 octobre 2014
Dans une interview exclusive pour Atlantico, Jean-Christophe Lagarde revient sur son accession au second tour des primaires de l'UDI, et sur les enjeux auxquels le parti du centre s'expose dans une scène politique où la droite est polarisée par l'UMP.
Jean-Christophe Lagarde est président de l'UDI depuis 2014, député de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis depuis 2002.Soutien de François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007, il rejoint ensuite le Nouveau Centre, puis fonde,...
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Jean-Christophe Lagarde est président de l'UDI depuis 2014, député de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis depuis 2002.Soutien de François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007, il rejoint ensuite le Nouveau Centre, puis fonde,...
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Dans une interview exclusive pour Atlantico, Jean-Christophe Lagarde revient sur son accession au second tour des primaires de l'UDI, et sur les enjeux auxquels le parti du centre s'expose dans une scène politique où la droite est polarisée par l'UMP.

Atlantico : Vous vous êtes qualifié avec Hervé Morin jeudi 16 octobre pour le second tour de l'élection interne pour la présidence de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) avec 35,9 % des voix, devant Hervé Morin qui en a récolté 31,5 %. Yves Jego, candidat malheureux, a déclaré qu' "au regard des résultats, on ne peut qu'[...] être inquiet, car désormais, l'esprit de Jean-Louis Borloo ne soufflera plus à l'UDI" estimant également qu'il n'y avait aucune chance que l'UDI devienne autre chose que le nouveau centre. Pensez-vous pouvoir rassembler l'ensemble des mouvances qui composent la famille UDI comme a su le faire Jean-Louis Borloo ?

Jean-Christophe Largarde : La déclaration d'Yves Jego est une déclaration d'un soir de déception, mais j'ai déjà eu l'occasion de m'entretenir avec lui. Il a de la ressource et il participera, j'en suis sûr, à la construction de l'UDI. Nous avons besoin de lui, comme nous avons besoin de Jean-Christophe Fromantin. La réalité est que nous avons eu une élection digne, propre, respectueuse, ce qui n'est pas courant. On se souvient de Ségolène Royal et Martine Aubry au Parti socialiste ou de Jean-François Copé et de François Fillon à l'UMP. Je pense qu'il y a une vraie envie d’UDI de la part des militants qui sont venus écouter les candidats et ont fait leur choix en conscience. 

Le fait d'être arrivé en tête de cette élection me donne la responsabilité de rassembler le plus largement possible. Le débat que nous aurons avec Hervé Morin est un débat légitime. Nous devons définir ce que sera la hauteur de la maison que nous voulons construire ensemble. Avec, pour ma part, l’objectif que le candidat de l'UDI soit présent au second tour de l'élection présidentielle de 2017. Nous nous réunirons en Congrès en 2016 et les militants pourront choisir celui ou celle qui sera le mieux placé pour représenter nos valeurs humanistes et fédéralistes.  

Mais comment comptez-vous vous y prendre pour rassembler toutes ses mouvances ?

Depuis jeudi soir, je construis ce rassemblement avec des parlementaires, des élus locaux ou encore des responsables de fédérations. L’UDI n’a que 23 mois et notre famille politique est la seule à ne pas avoir gouverné notre pays depuis 33 ans. Au moment où les Français rejettent un pouvoir socialiste qui a perdu la tête sans pour autant afficher une nostalgie du pouvoir précédent, notre ambition est de leur offrir une alternative. Il faut montrer à nos concitoyens que notre pays n'est pas condamné à cette spirale du déclin. Des pays dans des situations plus délicates, je pense à la Suède il y a quelques années, ont su se transformer. Libérer le marché du travail, l'économie, l'investissement tout en conservant un bon niveau de protection sociale. Mais pour cela il faut que les responsables politiques endossent à nouveau leur rôle d'élite de la nation. C’est-à-dire être capable de montrer un chemin avec ses difficultés mais aussi avec ses perspectives et ses espoirs. Il ne s’agit pas de sans cesse chercher à plaire, il faut que l’UDI se donne pour ambition de convaincre. C'est comme cela que l'on permet à un pays de redresser la tête.

Vous avez estimé que la mobilisation des militants avait été "exceptionnelle". Au regard du taux de participation qui est de 58,72% des adhérents et des critiques émanant de votre famille politique sur le déroulement de l'élection. Pensez-vous réellement qu'il faille s'en réjouir ? les militants ont-ils considérés que ce n'était pas un enjeu ?

Je veux bien que l'on compare cette mobilisation avec celles qu’ont connu Les Verts, le Parti socialiste ou encore l’UMP. Il s'agit d'un scrutin par correspondance et une partie de nos adhérents n'ont pas pu participer, la poste n'ayant pas livré tous les courriers dans les délais. En réalité, la volonté de participation était sans doute supérieure et je regrette que les problèmes postaux aient affaibli la participation. Et avant les résultats, tous les candidats s'accordaient à dire que la participation était bonne, au regard de l’engouement qu’ont suscité les réunions avec les militants. 

Par ailleurs, selon un récent sondage Atlantico, alors que 36 % des sympathisants UDI s’estiment à droite, seuls 58%  se disent au centre, contre 86% des électeurs de François Bayrou. Une primaire avec l'UMP n'aurait-elle pas plus de sens ?

Je ne comprends pas le débat sur la primaire. Nous n'avons pas construit l'UDI  pour choisir entre des candidats de droite. Nous nous sommes rassemblés autour de Jean-Louis Borloo pour offrir une alternative aux Français, pas pour porter les valises des autres. Je ne crois pas que l'on puisse construire un parti politique sur un renoncement. Ne pas présenter de candidat UDI à l’élection présidentielle, signifierait que nous renonçons à gouverner notre pays. Ce n’est pas une ambition individuelle, bien au contraire, je veux que nous ayons cette ambition collective de gouverner la France. L’UDI ne peut plus être le lieu d’une succession d'ambitions individuelles pour des strapontins. Je suis engagé dans cette famille politique depuis 29 ans et si j'ai décidé d'être candidat à la présidence de l'UDI, c'est pour que nous changions d'attitude et d'habitude. Et je crois que la France en a besoin. Les Français ont le droit de choisir autre chose que les 33 années d'alternances qui ont mis la France dans l'état que nous subissons.

Pourtant selon ce même sondage 60% des sympathisants UDI sont favorables à une primaire avec l’UMP…

Si les sympathisants souhaitent participer au choix de 2016, je les invite à nous rejoindre et à adhérer. Si les militants UDI m’accordent leur confiance, nous déciderons alors ensemble de celui ou de celle qui nous représentera en 2017. D'ici là nous avons un parti politique, une machine de combat électorale à construire. Il nous faudra former nos adhérents, préparer nos candidats afin de porter nos valeurs. 

Quelle lecture faites-vous des attentes des sympathisants de l'UDI au plan sociétal et économique ? 

Je pense que nos adhérents attendent avant tout que nous assumions ce que nous sommes, c’est-à-dire des humanistes pour qui le progrès de la société n'est pas une succession de réussites individuelles. Pour qui le mérite doit être placé au cœur du pacte républicain, que chacun puisse être récompensé de ses réussites et sanctionné pour ses fautes.

Là où existe à droite un parti des libertés, à gauche, un parti qui se prétend être celui de l’égalité, moi, je veux que l'UDI soit le parti de la fraternité et de la laïcité. 

Alain Finkielkraut associe recentrage et déni du réel, comment comprenez-vous cette analyse ? Comprend-on vraiment ce qu'est le centre aujourd'hui ?

Je pense que Monsieur Finkielkraut se trompe. Pour moi, le centre ce n'est pas un milieu, ce n'est pas un entre-deux, ce n'est pas une synthèse, ce n'est pas une moyenne. C’est une volonté politique, un projet pour notre pays. Projet dont la colonne vertébrale sera de cesser de consommer, de gaspiller l'avenir de nos enfants. Tous les arbitrages politiques que nous faisons sur l'éducation, sur les 35 h, sur la retraites, sur la dette, sur l'environnement… en somme, tous les arbitrages que nous faisons sur la société depuis 30 ans se font au détriment de nos enfants pour la jouissance des générations actuelles. Le projet de l'UDI ce sera exactement l'inverse : comment nos générations pourront préparer leur avenir, quitte à faire des efforts supplémentaires.

Le centre, traditionnellement europhile, pâtit-il du déficit de popularité de l'Europe ?

Le centre doit assumer ce qu'il est, il doit assumer le fédéralisme. Nous voulons un gouvernement économique pour la zone euro, voire une stratégie monétaire, industrielle, commerciale et énergétique commune pour ne pas nous faire imposer la loi du plus fort par les grands ensembles mondiaux. Le problème de l'Europe aujourd'hui, ce n'est pas son impopularité, c'est qu'elle est confiée à des gens qui n'y croient pas et qui ont réduit le projet européen à un grand marché économique. Nous n'avons pas besoin des institutions s’il s’agit de faire de l’Europe un simple marché économique. Nous avons créé des institutions dans le but de créer à terme une fédération politique, au moins dans la zone euro. Valéry Giscard-d’Estaing, l’avait écrit dès 1992 et nous n'avons pas su porter cette idée. Peut-être que c'est une des raisons pour lesquelles l'Europe n'est pas populaire.

Nous avons besoin d'une Europe à deux vitesses avec une Europe espace (au sens économique) et une Europe puissance. Cette dernière va nous aider à reconquérir les souverainetés qui nous échappent aujourd'hui face aux grands ensembles mondiaux. Ce projet nous devons le porter, et non pas seulement 5 semaines tous les 5 ans à l'occasion des élections européennes, mais en permanence dans la société. Je considère que si l'Europe est si mal vue, c’est parce que nous centristes ne portons plus nos valeurs. Il faut porter nos valeurs et non plus les valises des autres.  

Est-ce que cette incapacité du centre à porter ses valeurs explique-t-elle les résultats décevants des dernières élections européennes ?

C'est cette absence d'ambition collective au cours de ces 15 dernières années pendant lesquelles nous nous sommes dispersés qui en sont en partie responsables. Et quand nous nous sommes rassemblés autour de l'UDI c'était bien pour parler aux Français, de nos valeurs, de nos idées et pas de celles de l'UMP.

Propos recueillis par Carole Dieterich

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