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Le nombre de cas d'Ebola peut être multiplié par trois – soit 20 000 contaminations – d'ici novembre.
© Reuters
Le nombre de cas d'Ebola peut être multiplié par trois – soit 20 000 contaminations – d'ici novembre.
Inexorable

Ebola, l’emballement : comment chaque semaine passée sans maîtriser l’épidémie nous rapproche d’une catastrophe monumentale

Publié le 26 septembre 2014
Selon l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), il existe un risque sérieux que le nombre de cas d'Ebola soit multiplié par trois – soit 20 000 contaminations – d'ici novembre. Un scénario qui serait une catastrophe pour des pays déjà durement touchés.
François Bricaire est un médecin. Il est chef du service Maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Il est professeur à l'Université Paris VI-Pierre et Marie Curie. 
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François Bricaire
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François Bricaire est un médecin. Il est chef du service Maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Il est professeur à l'Université Paris VI-Pierre et Marie Curie. 
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Selon l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), il existe un risque sérieux que le nombre de cas d'Ebola soit multiplié par trois – soit 20 000 contaminations – d'ici novembre. Un scénario qui serait une catastrophe pour des pays déjà durement touchés.

Atlantico : Selon les projections de l'OMS, le nombre de cas d'Ebola pourrait tripler d'ici la fin de l'année, passant à 20 000 contaminations. Pourquoi rien ne semble pour l'instant enrayer le virus ?

François Bricaire : Il risque d'y avoir une forte augmentation du phénomène épidémique car malgré les quelques mesures qui sont prises, le contrôle n'est pas suffisant dans les pays concernés, ce qui entraîne nécessairement une augmentation du nombre de cas. Depuis le début du mois de septembre, on assiste même à une hausse exponentielle du nombre de personnes malades. Si on arrivait à mettre en place des mesures soutenues et efficace, on pourrait pourtant casser la spirale de l'épidémie. Mais les questions d'organisation ne sont pas simples dans les pays concernés. Est-ce que ce qui a été décidé par les Américains va améliorer les choses ?  En tous les cas, dans le cadre de la collaboration entre la France et la Guinée, un renforcement de la détection et de la prise en charge se développent avec pour objectif de stopper la transmission du virus. Mais les attitudes ancestrales de la population gênent énormément les choses, et l'information délivrée ne suffit pas à convaincre les gens de ne pas s'occuper des cadavres, ou du moins pas de la manière dont ils le font.

L'OMS indique en outre que le taux de mortalité est plus proche des 70% que des 50% annoncés. La zone africaine concernée doit-elle s'attendre à une catastrophe sanitaire ? Quels nouveaux enjeux vont apparaître si on monte à 20 000 contaminations ?

A partir du moment où il y a un nombre plus élevé de cas, il est évident que le risque de transmission ne fait qu'augmenter. On risque surtout de voir une expansion géographique de la maladie – et donc des risques de contamination – via des déplacements de malades d'un pays à un autre, les populations de cette région du monde étant très mobiles. C'est ainsi qu'on a vu des cas apparaître au Nigéria ou au Sénégal. Dans les hypothèses les plus catastrophistes, la zone touchée par le virus va s'agrandir. Elle est surtout limitée pour l'instant à trois pays – le Sierra Leone, le Libéria et la Guinée – mais des personnes malades pourraient gagner la Côte d'Ivoire ou le Mali. Le cas d'humanitaires se contaminant sur place et revenant ensuite en France existe aussi mais il est cependant, lui, très limité.

Le Nigéria, mieux équipé (et moins touché à la base), a annoncé n'avoir plus de cas d'Ebola sur son territoire, tandis que les autres pays (Sierra Leone, Liberia, Guinée) n'arrive pas à freiner le virus, et à inciter les gens à ne plus avoir de comportements à risques. Comment inverser la tendance dans ces trois Etats ?

Les structures de santé son mal organisées, on a donc du mal à repérer les personnes contaminées, et à les surveiller. Il y a aussi une mauvaise acceptation par les populations des mesures de sécurité à adopter. Il faut éviter certains contacts entre individus ou avec des sujets décédés. Or, on voit parfois des mouvements hostiles contre ceux qui s'occupent de gérer l'épidémie : des structures de santé en zone forestière en Guinée se sont fait attaquer, des véhicules de la Croix-Rouge guinéenne ont été caillasses… Ce virus est même considéré par certains comme venant des pays occidentaux. Et comme les centres d'accueil prennent en charge des malades dont les familles constatent qu'un sur deux finit par mourir, il y a un vrai mécontentement.    

Seule l'aide des locaux – qui expliqueront à leurs homologues les enjeux et l'importance du phénomène – pourra modifier certaines habitudes. Ce ne sera qu'ainsi que l'on pourra pousser certaines populations à prendre les mesures d'hygiène adéquates.

Outre le drame sanitaire, ces pays sont durement touchés par les conséquences économiques et sociales du virus. Si la situation empire, quels autres problèmes ces pays vont-ils devoir traverser ? Quel peut-être l'impact d'une épidémie de cette ampleur dans cette région du monde ?

Il y a d'ores et déjà des conséquences graves… Quand le nombre de cas s'élève, il y a une crainte d'aller dans une ville où des personnes infectées sont soignées, ou vivent. Il y a surtout des conséquences en termes de santé : actuellement, à Conakry, des personnes n'osent pas aller à l'hôpital pour ne pas fréquenter des malades d'Ebola, et meurent donc d'autres maladies, comme le paludisme, faute d'aller se faire soigner. Côté économique, certains aliments voient leurs prix augmenter, l'activité économique se réduit car les étrangers ne veulent pas venir faire des affaires dans le pays. On voit d'ailleurs que les compagnies aériennes renoncent de plus en plus à atterrir dans les capitales des pays concernés, ce qui est une catastrophe absolue pour ces derniers. Il y a par exemple pour la Guinée une importance capitale à ce que son vol Paris-Conakry soit maintenu, d'autant que le risque pour le personnel navigant est extrêmement faible. Tous ces problèmes existent déjà : ils ne feront que prendre de plus en plus d'ampleur avec la hausse du nombre de contamination.

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