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Les classes populaires sont plus favorables à l'indépendance de l'Ecosse que les élites.
L'effet domino
Et si l’indépendance écossaise n’était pas une revendication nationale mais le premier acte d’une nouvelle guerre des classes qui pourrait enflammer l’Europe
Publié le 19 septembre 2014
Alors que le résultat du référendum sur l'indépendance de l’Écosse qui a lieu jeudi 18 septembre est incertain, les classes populaires et les élites ont manifesté pendant la campagne des positions différentes en fonction de leurs intérêts. Une victoire du "oui" à l'indépendance pourrait donner quelques idées ailleurs en Europe...
Philippe Moreau Defarges est professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Spécialiste des questions internationales et de géopolitique, il est l'auteur de très nombreux livres dont Introduction à la géopolitique (Points, 2009) ou 25...
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Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
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Alors que le résultat du référendum sur l'indépendance de l’Écosse qui a lieu jeudi 18 septembre est incertain, les classes populaires et les élites ont manifesté pendant la campagne des positions différentes en fonction de leurs intérêts. Une victoire du "oui" à l'indépendance pourrait donner quelques idées ailleurs en Europe...

Atlantico : Les élites politiques et économiques écossaises et britanniques, et plus généralement de nombreux people, se sont prononcés contre cette indépendance tandis que les classes populaires écossaises, elles y sont majoritairement favorables. Comment expliquer cette coupure entre les élites et le peuple ?

Laurent Chalard : Comme en France, les classes populaires écossaises sont les grandes perdantes de la mondialisation, certains quartiers de Glasgow, la plus grande ville du territoire, étant touchés par une pauvreté endémique, faisant suite à une désindustrialisation ancienne engagée il y a plusieurs décennies. Cette situation ne s’est pas arrangée ces dernières années avec la politique d’austérité menée par les dirigeants du Royaume-Uni, suite à la crise financière de 2008. Il convient de rappeler que le Royaume-Uni a été l’un des pays les plus touchés en Europe, avec un PNB global en 2013 de 13 % inférieur à son niveau d’avant crise, contre une stagnation en France et en Allemagne sur la même période. A contrario, les élites écossaises bénéficient pleinement de la mondialisation dans un contexte international où domine la langue anglaise, se sentant beaucoup plus anglo-saxonnes et britanniques, qu’écossaises. Il existe donc un décalage encore plus accentué qu’en France entre les élites mondialisées et les classes populaires peu mobiles.

Philippe Moreau Defarges : Je serais plus nuancé car le vote en faveur du oui et le vote pour le non traverse toute la société. Rappelons aussi que l’un des principaux portes- parole de l’indépendance est l’acteur Sean Connery. Il y a néanmoins des attitudes et des motivations différentes entre les classes populaires et les élites. Il y a incontestablement dans les couches populaires une certaine tendance indépendantiste.

Le peuple se prononce plus pour l’indépendance car il a peur de perdre ses avantages sociaux.  Il craint que le gouvernement conservateur de Londres mette en cause les avantages sociaux notamment le fameux système gratuit de santé, le National Health Service. Le leader nationaliste Alex Salmond a d’ailleurs beaucoup agité l’éventail de la remise en cause du modèle social écossais. Quant aux élites, certaines d’entre elles peuvent voter pour l’indépendance par un mélange de fierté nationale et une confiance en soi. Si l’on prend l’exemple du whisky qui est un secteur mondialisé les professionnels disent qu’ils n’ont pas besoin du Royaume -Uni car ils vendent dans le monde entier et c’est pour eux une fierté.  Le secteur bancaire est en majorité contre l’indépendance car ils ont besoin du marché financier de Londres.

Dans quelle mesure cette rébellion traduit davantage un rejet des élites politiques et économiques qu’une volonté d’indépendance ?

Laurent Chalard : Contrairement à d’autres régions d’Europe ayant des volontés sécessionnistes, l’Ecosse ne possède pas tous les éléments constitutifs de l’Etat-Nation, dans le sens qu’elle ne se distingue pas par la langue du reste du Royaume-Uni. Tout le monde (riches ou pauvres) parle anglais, le gaélique écossais, langue des anciennes populations autochtones, n’étant parlé que de manière extrêmement marginale. La volonté d’indépendance repose donc plus sur un folklore qui a survécu, mais les écossais se distinguent beaucoup moins des anglais que les flamands des wallons par exemple. En outre, la place des écossais dans l’histoire du Royaume-Uni et de son empire, ainsi que dans sa littérature, est considérable et est reconnue à sa juste valeur. L’Ecosse apparaît donc plus comme une "région" britannique aux spécificités culturelles marquées, comme la Bretagne ou l’Alsace en France, qu’un "Etat-Nation", comme pourrait l’être la Catalogne ou la Flandre belge. 

Il s’agit donc effectivement plus d’un mouvement de rejet des élites britanniques de la part de classes populaires écossaises désabusées, qui cherchent à se rattacher à quelque chose. Ces dernières se disent qu’après tout, pourquoi ne pas tenter l’expérience de l’indépendance, d’autant plus que l’Ecosse dispose de ressources importantes en hydrocarbures, qui la rendent viables sur le plan économique ? Cela ne pourra pas être pire que maintenant, voire meilleur, donc ils se disent que le jeu en vaut la chandelle. En effet, depuis plusieurs décennies, les promesses de Londres n’ont pas fait grand-chose pour améliorer leur situation économique. 

Philippe Moreau Defarges : Cela traduit plutôt une coupure dans la société écossaise entre des parties de la société écossaise qui ont besoin d’une mondialisation passant par le Royaume Uni comme le secteur bancaire et la finance et de l’autre côté les couches populaires qui ont été frappées par la désindustrialisation de l’Ecosse notamment à Glasgow.

En remettant en cause l'Etat nation, les classes populaires cherchent-elles à "reprendre le pouvoir" ? 

Laurent Chalard : Il n’est pas sûr que les classes populaires écossaises cherchent à "reprendre le pouvoir" dans le sens qu’elles ne sont pas à l’origine du mouvement indépendantiste. C’est plutôt ce dernier, qui a su les séduire en leur proposant un avenir différent, discours qui prend bien chez des classes populaires déçues par le parti travailliste, dont les politiques ultra-libérales menées depuis l’arrivée de Tony Blair au pouvoir ont été très mal perçues par les populations locales. Il faut plus le voir comme une sorte de « bras d’honneur » des pauvres vis-à-vis des élites, comme peut l’être une partie du vote Front National en France. Lorsque les citoyens ne se sentent pas bien dans un système,  ils ont tendance à voter pour le parti qui paraît anti-système, en l’occurrence les partisans de l’indépendance  en Ecosse.

Philippe Moreau Defarges : Si le oui l’emporte c’est Alex Salmond, un "politicard" malin qui prendra le pouvoir et donc pas le peuple… Il faut aussi dire que si l’Ecosse est indépendante cela sera une catastrophe pour les classes populaires car elle et très subventionnée par le Royaume-Uni et toutes ces subventions disparaîtront, bien que Alex Salmon n’en parle pas.

Si les Ecossais se prononçaient en faveur de l’indépendance ce jeudi, quel impact aurait ce message de rébellion à l’échelle européenne ? Peut-on imaginer que d’autres régions soient tentées et quelles seraient-elles ?

Philippe Moreau Defarges : Ce serait un tremblement de terre et un choc terrible pour toute l’Union Européenne car d’autres régions voudraient leur indépendance. Je rappelle qu’un autre référendum se profile en Catalogne. D’autres régions comme les Flandres et l’Italie du Nord pourraient donc elles aussi être tentées. Par ailleurs, si le non l’emporte cela ne sera pas pour autant l’enterrement du rêve indépendantiste. Si le oui gagne la première conséquence sera que les négociations entre l’Angleterre et l’Ecosse seront très dures.

Laurent Chalard : Si les Ecossais se prononcent majoritairement pour leur indépendance, l’impact sera considérable à l’échelle européenne, car elle risque d’ouvrir une véritable boîte de pandore, dans un contexte européen de crise économique et identitaire marquée. Le repli sur des territoires de taille inférieure à l’Etat-Nation est tentant pour certaines populations pour des raisons diverses et variées, mais avant tout d’ordre économique : le refus de payer pour les autres, suivant une posture égoïste. On pense bien évidemment en premier lieu à la Catalogne en Espagne, où le sentiment national est beaucoup plus fort qu’en Ecosse, à la Flandre en Belgique et au Sud Tyrol au nord de l’Italie, trois régions où les mouvements indépendantistes bénéficient d’un fort soutien. Cependant, cela peut aussi donner des idées à d’autres : Pays Basque espagnol, Irlande du Nord, Serbes de Bosnie… 

Plus généralement et quel que soit le résultat du vote, ce référendum n’est-il pas aussi le signe que l’Europe n’a pas pour le moment pas réussi à construire un véritable Etat proche des citoyens ?

Philippe Moreau Defarges : Je ne le crois pas car le micro-nationalisme n’est pas  un phénomène purement européen.  Cette volonté d’indépendance est un phénomène planétaire. On voit apparaître un nouveau nationalisme dans le monde entier : il y a des fièvres nationalistes comme au Québec ou chez les Kurdes. Si l’Union Européenne était forte est-ce que le rêve indépendantiste partirait ? Je n’en suis même pas sur car ce rêve est au cœur même de l’idée démocratique. 

Laurent Chalard : Plus le temps passe et plus nos concitoyens se détournent du projet européen, qui ne leur paraît pas répondre à leurs attentes. Alors que l’objectif était de dépasser les conflits et les inimitiés entre les peuples, le résultat est aujourd’hui le contraire, le repli identitaire se retrouvant partout. La forme de gouvernement technocratique et non démocratique de l’Union Européenne le rend illégitime auprès de nos concitoyens, qui préfèrent se replier sur des entités plus petites, mais où ils se sentent maître à bord. Les élites politiques et économiques européennes ont totalement sous-estimé le processus d’attachement à une identité locale forte et la nécessité d’un gouvernement élu au suffrage universel. Si rien n’est fait rapidement sur le plan politique et que l’économie ne redémarre pas, l’Union Européenne risque de subir une dérive à la soviétique, conduisant à son implosion, qui pourraient toucher aussi ses états constitutifs comme ce fut (et demeure) le cas dans l’ex-URSS.

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yeneralobregone
- 18/09/2014 - 20:56
c'est la société européenne dans son ensemble
qui est tenté par le replis sur soi, voir le régressionnisme. le régionalisme en fait partie, l'escrologisme également : les gens sont sensible aux sirènes de démagogues qui leur vantent un passé fantasmé, un sanctuaire tranquillisant. la construction européenne, qui est venue à une période de décru économique en europe, à la fin des trente glorieuses, n'est pas suffisamment attractive pour donner un phare aux peuples, mais suffisamment forte pour faire palir la lumière des états nations. dans la brèche, s'engouffrent les réactionnaires féodaux, qui n'ont pas abdiqué, malgrés les générations passées, leur vieilles lune de chouannerie et de gabelle...du point de vue économique, les états providences étant au bout du rouleau de papier chiottes, les féodaux ont eu l'idée au combien généreuse, de les remplacer par des " régions providence ". régionalistes, escrologistes, sont les deux jambes perclues d'arthrose d'un corps sénile que l'on nomme malthusianisme ... on ne crachera jamais assez sur la tombe à mittrand et à dumont !