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38% des auto-entrepreneurs exercent une activité de salarié dans le secteur privé
Pour le meilleur et pour le pire
Bientôt un million d’auto-entrepreneurs : les réalités extrêmement diverses derrière les chiffres
Publié le 05 août 2014
L'Acoss a annoncé que le chiffre de un million d'auto-entrepreneurs était presque atteint. Si il correspond bien a une volonté des actifs français de créer une activité indépendante, ce résultat cache également la difficulté pour les salariés à trouver du travail et un besoin de trouver des revenus annexes. Pour vraiment faire de ce statut un tremplin vers l'entreprise, l'Etat doit envisager d'en décomplexifier les arcanes.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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L'Acoss a annoncé que le chiffre de un million d'auto-entrepreneurs était presque atteint. Si il correspond bien a une volonté des actifs français de créer une activité indépendante, ce résultat cache également la difficulté pour les salariés à trouver du travail et un besoin de trouver des revenus annexes. Pour vraiment faire de ce statut un tremplin vers l'entreprise, l'Etat doit envisager d'en décomplexifier les arcanes.

Atlantico : Selon une annonce de l'Acoss, qui gère notamment l'Urssaf, près d'un million de français seraient inscrits en tant qu'auto-entrepreneurs. Si l'information révèle un certain succès du régime créé en 2009, avec une augmentation de 73 400 enregistrés en plus par rapport à 2013, faut-il vraiment se réjouir de ce chiffre, ou cache-t-il une certaine précarisation du marché du travail ?   

Philippe Crevel : La création par Hervé Novelli du régime de l’auto-entrepreneur était une véritable révolution. Elle permettait, à tout chacun, en quelques clics, sur Internet de s’installer comme travailleur indépendant. Le statut d’auto-entrepreneur répondait à plusieurs objectifs, la réduction du travail au noir, la possibilité pour de nombreuses personnes de se constituer un complément de revenus, la simplification de la création d’entreprise, la réduction des charges… Par ailleurs, avec ce statut, le Ministre, Hervé Novelli, faisait œuvre de pédagogie en démystifiant la création d’entreprise. Le succès de la formule a été assez rapide. Une création d’entreprise sur deux, en France, passe par le canal de l’auto-entreprise. Ce statut a correspondu à une véritable attente et aux besoins.

Trois auto-entrepreneurs sur quatre n’auraient pas créé d’entreprise sans ce régime ; Ces derniers déclarent avoir voulu par ce biais développer une activité de complément ou assurer leur emploi. Deux auto-entrepreneurs sur cinq étaient salariés du privé. La moitié ont créé leur entreprise dans un secteur d’activité différent de leur métier de base.

Un grand nombre d’auto-entrepreneurs ont une activité professionnelle. Ainsi, 38 % exercent une activité de salarié dans le secteur privé. Parmi, les autres créateurs d’entreprise, les salariés du secteur privé n’en représentent que 28 %.

33 % des auto-entrepreneurs sont des demandeurs d’emploi, 12 % sont sans activité professionnelle, 6 % sont des retraités  et 5 % des salariés du public et 5 % des étudiants. Toutes ces catégories sont en proportion plus importantes que parmi les autres créateurs d’entreprises.

Quatre secteurs sont principalement choisis par les auto-entrepreneurs : les activités de soutien et de conseil aux entreprises (25 % des auto-entreprises créées), le commerce (21 %), les services aux ménages (17 %) et la construction (15 %). De nombreuses personnes créent une auto-entreprise dans une activité autre qu’il exerce en tant que salarié ou fonctionnaire.

Ces chiffres prouvent bien que ce statut contribue un grand nombre de personnes à franchir le cap. Certes, le développement du chômage a joué un rôle non négligeable dans le succès de la formule. De même, il est évident que face à la suppression du dispositif des heures supplémentaires non fiscalisées, de nombreux actifs ont compensé le manque à gagner en travaillant en tant qu’auto-entrepreneur. Egalement, pour compenser la rigidité du droit du travail, certains employeurs recourent à des auto-entrepreneurs sous forme de prestataires de service pour accomplir des tâches qui pouvaient être auparavant réalisées par des salariés. Les coûts sont moindres et la flexibilité est plus grande. C’est une façon de payer à la tâche.

Le détail des statistiques montre également que 49% d'entre-eux n'auraient pas réalisé de chiffre d'affaires au premier trimestre de l'année. Egalement, seuls 5% d'entre-eux ont généré plus de 2 500 euros par mois de revenus. De quels maux souffrent aujourd'hui les auto-entrepreneurs ? Sont-ils bien préparés à ce mode d'activité, que proposent les institutions publiques comme les CCI, ou pôle-emploi, pour accompagner ces entrepreneurs ?

Cette dernière étude marque un net progrès. En 2009, il y avait qu’un tiers des auto-entrepreneurs qui étaient actifs. Il est assez logique que les revenus des auto-entrepreneurs soient faibles car il s’agit, en règle générale, que d’une activité secondaire ou d’une étape transitoire entre deux postes salariés ou en attendant la création d’une véritable entreprise. Les dernières mesures prises pour réduire l’attrait du dispositif risque de peser sur les revenus des auto-entrepreneurs qui pourraient être incités à réduire leur activité ou à basculer vers le travail au noir.

Les chambres de commerce proposent des formations pour monter son entreprise avec des notions de comptabilité. Il en est de même avec pôle emploi. Il faut regretter que le dispositif ACCRE, aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprise soit moins incitatif qu’auparavant. Il faudrait prévoir dans le cursus de formation des élèves dans le secondaire des cours sur la création d’entreprise et la gestion de PME. Cela aurait un impact important sur un point de vue pratique et psychologique.

A l'origine, le statut d'auto-entrepreneur devait dynamiser la création d'entreprises, en proposant une première étape, plus simple que pour les autres statuts, dans le fait de créer une activité. Qu'en est-il de ce projet initial ?

En doublant le nombre de création d’entreprise, le statut d’auto-entrepreneur a répondu à toutes les attentes de ses créateurs.

Un quart des auto-entrepreneurs auraient créé une entreprise même sans ce nouveau régime. De ce fait, le statut d’auto-entrepreneur permet réellement à de nombreux actifs et retraités de franchir le pas. Le passage de l’auto-entreprise à l’entreprise n’est pas aisé en raison des obligations sociales et fiscales que cela entraîne. La nécessité de payer des charges sociales en fonction du chiffre d’affaires avec application de taux et avec un minimum freine de nombreux Français même si dans le cadre des sociétés, il y a la possibilité de déduire les charges liées au processus de production.

De juin 2013 à juin 2014, le nombre de créations brutes d’entreprise créées a augmenté de 0,8 % par rapport aux 12 mois précédents. Cette hausse est imputable aux formes sociétaires qui enregistrent une hausse de 3,5 %. Certes, les auto-entreprises représentent 51 % des créations. L’évolution de la création d’entreprise dépend du contexte économique. Quand la conjoncture se dégrade fortement, la création d’entreprise sous forme sociétaire a tendance à se ralentir à la différence des auto-entrepreneurs. Les créations sous forme de sociétés unipersonnelle sont assez stables.

A quel point le fait que les auto-entrepreneurs soient de plus en plus nombreux peut-il expliquer la baisse de création d'entreprises classiques ?

Du fait que les modalités de création soient simples pour créer son auto-entreprise, il est assez logique que les formes traditionnelles de création d’entreprise aient moins de succès. Néanmoins, il ne fait pas exagérer l’impact de l’auto-entreprise. Cette dernière répond à des besoins très différents en fonction des personnes concernées. En effet, pour les auto-entrepreneurs qui avaient un emploi, la création d’une auto-entreprise ne signifie pas l’arrêt de leur activité : l’auto-entreprise est une activité complémentaire à un emploi salarié. En revanche, pour les personnes initialement à leur compte, chômeurs ou sans activité professionnelle, plus des trois quarts s’investissent à titre principal dans l’auto-entreprise.

Pourtant, le gouvernement a réaffirmer vouloir que ce statut ne soit que transitoire, en diminuant le seuil de CA autorisé, ainsi qu'en envisageant de délimiter dans le temps le recours à ce statut. S'agit-il de la bonne réforme à mettre en place pour un statut beaucoup décrié ?

Le statut d’auto-entrepreneur est critiqué par la majorité et par les indépendants. La majorité de gauche y voit une attaque portée contre le statut de salarié quand les indépendants considèrent que les auto-entrepreneurs faussent les règles de concurrence en bénéficiant d’un forfait de charges sociales allégées. Comme tout statut dérogatoire, le statut d’auto-entrepreneur génère des effets pervers. Bien évidemment que des auto-entrepreneurs concurrencent des artisans dans le bâtiment mais ce sont bien souvent des entrepreneurs du BTP qui incitent leurs salariés à s’installer comme auto-entrepreneurs pour alléger leur cout social tout en utilisant le matériel de l’entreprise. Les sociétés de location de voitures avec chauffeurs recourent à ce type de statut ce qui évidemment met en colère les chauffeurs de taxis. Au lieu de vouloir tuer le statut d’auto-entrepreneur, il faut au contraire favoriser les passerelles vers le statut de société. Il faut simplifier les procédures pour la création d’une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée ou d’une société anonyme à responsabilité limitée. Il serait contreproductif d’entraver les auto-entrepreneurs qui aujourd’hui mettent un pied dans la création d’entreprise.

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