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 25% des femmes violées l'auraient été par des enfants ou des adolescents.
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Ce qui mène les adolescents et les enfants à être de plus en plus souvent des agresseurs sexuels
Publié le 04 août 2014
25 % : c'est le pourcentage de femmes qui ont été violées par des enfants ou des adolescents. Un phénomène loin d'être marginal donc à l'échelle européenne, qui trouve ses causes dans le manque de repères auquel les jeunes générations actuelles doivent faire face, de plus en plus exposées par ailleurs à la pornographie.
Psychiatre, praticien hospitalier, Alexandre Baratta est expert auprès de la Cour d'appel de Metz, et expert associé à l'Institut pour la Justice. Il est également correspondant national de la Société médico-psychologique.  
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Alexandre Baratta
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Psychiatre, praticien hospitalier, Alexandre Baratta est expert auprès de la Cour d'appel de Metz, et expert associé à l'Institut pour la Justice. Il est également correspondant national de la Société médico-psychologique.  
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25 % : c'est le pourcentage de femmes qui ont été violées par des enfants ou des adolescents. Un phénomène loin d'être marginal donc à l'échelle européenne, qui trouve ses causes dans le manque de repères auquel les jeunes générations actuelles doivent faire face, de plus en plus exposées par ailleurs à la pornographie.

Atlantico : La police du comté du Grand Manchester a dû gérer 215 cas de viols commis par des enfants  de moins de 15 ans depuis 2009. En guise de réaction, une association de protection de l'enfance britannique a mis au pilori la banalisation des contenus sexuels, et de leur exposition aux enfants. Quels sont les facteurs qui poussent ces jeunes, à l'aube de leur vie sexuelle, à commettre de tels actes ? Peut-on établir un profil psychologique de ceux-ci ?

Alexandre Baratta : La première donnée à connaitre est la grande fréquence de ce phénomène en Europe : les mineurs (enfants et adolescents) sont responsables de 25% des viols commis sur d’autres enfants, mais aussi sur des femmes adultes. Il ne s’agit pas d’un épiphénomène. Deux catégories se dégagent en termes de profil :

  • L’adolescent violant une adolescente ou une femme adulte. Il s’agit, dans ce cas, d’un jeune déjà expérimenté sur le plan sexuel, présentant une personnalité psychopathique. Consommation de stupéfiants, nombreux délits (vols avec violence, incendies de voiture…) et déscolarisation totale les caractérisent. Il ne s’agit pas de prédateur sexuels, et le viol est le reflet d’une impulsivité incontrôlée de ces jeunes, sans cadre, ni loi. Ils violent comme ils auraient pu agresser gratuitement une tierce personne. Dans ce cas de figure, une prise en charge psychologique n’a que peu (ou pas) d’intérêt : seul un cadre éducatif réellement opérant (avec la sanction pénale) peut avoir un impact, mais comment récupérer 15 ans de carence éducative ? C’est dans cette catégorie que nous retrouvons les auteurs des tournantes dans les cages d’escaliers de certaines cités. La récidive est d’avantage non sexuelle, plutôt orientée vers le vol et les violences physiques.
  • L’adolescent violant un enfant plus jeune. Il s’agit de jeunes introvertis, ayant de grandes difficultés à établir des liens sociaux, surtout avec des filles. Ils ont souvent été exposés à de la pornographie plus jeunes et victimes de sévices sexuels. Dans ce cas de figure, ils s’attaquent d’avantage à des jeunes garçons. Ils développent de véritables déviances sexuelles (pédophilie, sadisme, exhibitionnisme) et lorsqu’ils récidivent, c’est dans un cadre exclusivement sexuel. C’est dans ce cas de figure qu’une prise en charge psychologique aura un intérêt.

Nous voyons donc que l’exposition aux contenus sexuels est un facteur de risque, mais qui reste minoritaire dans la problématique des viols chez les adolescents. 

Comment un crime sexuel se caractérise-t-il aujourd'hui ? Sa définition juridique est-elle la même pour un enfant ou un adolescent que pour les adultes ?

Le viol, ou tout acte de pénétration par contrainte ou surprise, constitue le seul crime sexuel passible de la Cour d’Assises. La pénétration est donc la condition sine qua none. Elle peut être vaginale, anale ou buccale (cas des fellations imposées). Elle peut être réalisée par un pénis mais aussi tout autre instrument : un doigt, un cigare, un stylo…Il est puni d’une peine de 15 à 30 ans de réclusion en fonction des circonstances

Les autres infractions pénales sont des délits, donc ne relevant pas de la Cour d’Assises : le prototype en est l’agression sexuelle par exemple. La sanction pénale sera donc moins lourde, entre 5 et 10 ans d’emprisonnement en fonction des circonstances.

En théorie, la définition est identique pour les adultes et les enfants. Dans la réalité, les faits de viols commis par des mineurs sont régulièrement requalifiés en agressions sexuelles afin de diminuer la peine de prison encourue (excuse de minorité). Un exemple tiré de ma pratique : un adolescent de 15 ans ayant violé par introduction digito-vaginales ses 2 petites sœurs, ainsi qu’une camarade de ces dernières. Le Juge des Enfants a retenu la qualification d’agression sexuelle du fait du jeune âge de l’auteur, avec au final une condamnation à une peine de 6 mois de prison. 

A quel point le phénomène est-il aussi développé en France ? 

Tout comme le reste de l’Europe et de l’Amérique du Nord, il s’agit d’un phénomène fréquent puisque 25% des femmes violées l’ont été par un adolescent. Certains cas sont médiatisés du fait des circonstances particulièrement graves (un jeune de 13 ans violant une femme âgée de 80 ans) ; la grande majorité ne connaît aucune couverture médiatique, malgré la cruauté gratuite des actes. Je peux citer un exemple tiré de ma pratique : le cas de 4 jeunes de 16 ans (2 filles, 2 garçons) ayant effectué une expédition punitive chez leur dealer. Ce dernier était absent, mais sa compagne présente : elle a subie pendant 5 heures les assauts des 2 filles (coups de ciseaux, introduction d’un parapluie par voie vaginale) et les viols des 2 garçons. Les faits de violences étaient entrecoupés de moments d’accalmie durant lesquels les protagonistes buvaient de l’alcool et fumaient du cannabis. Ce fait divers n’a jamais été relayé dans les médias, et il est loin d’être anecdotique. 

A-t-on pu établir un lien scientifique entre l'exposition aux contenus pornographique et crimes sexuels ?

L’exposition précoce à du matériel pornographique est l’un des facteurs de risque chez les adolescents auteurs de viols, particulièrement dans la catégorie de ceux violant des enfants. Dans le second groupe (profil psychopathique), le problème est ailleurs : absence de cadre éducatif (démission des parents), consommation d’alcools et de stupéfiants, fréquentation de groupes aux valeurs pro criminelles, déscolarisation…en 3 mots : absence de cadre.

Finalement, doit-on davantage qualifier ces crimes de tendance ou plutôt de phénomène répandu mais soumis à un tabou ? Qu'est ce que cela révèle de la société ?

Il ne s’agit nullement de tendance, mais d’un phénomène largement répandu, soumis à un tabou, mais aussi à une absence de réponse pénale adéquate. Les crimes sexuels sont régulièrement requalifiés en délits (excuse de minorité) quand bien même les conséquences pour les victimes sont les même que si elles avaient été violées par un adulte. Ils sont ensuite considérés (à tort) par certains comme faisant partie de la découverte sexuelle du jeune (jeu sexuel ayant mal tourné), avec donc un risque de banalisation.

La fréquence des délits sexuels perpétrés par les adolescents est à mettre en parallèle avec l’augmentation galopante des délits violents (et des crimes) commis par ces mêmes adolescents, ces violences étant de plus en plus précoces. Je peux citer les nombreux cas de home-jacking (séquestration des habitants d’une maison suivis d’actes de torture) réalisés par des jeunes de 13 à 16 ans, quelque fois suivis de la mort des victimes dans leur propre domicile.

La criminalité gagne de plus en plus de terrain chez les jeunes, signe d’une société en perte de valeurs pour ses futures générations. Plus grande tolérance aux incivilités de la part des parents (les enseignants pourront témoigner), disparition du service militaire, banalisation (au sein même du pouvoir exécutif) de la consommation de cannabis. Notre société est bien malade. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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cpamoi
- 05/08/2014 - 06:28
Cannabis : la drogue de l'oubli ?
On découvre dans l’article une nouvelle lecture de la prise de cannabis : la tentative d’oubli de l’acte délictueux. Ils violent, torturent, et fument du cannabis en espérant faire s’envoler dans les volutes le sentiment de culpabilité. « Moins je suis conscient grâce à la drogue, plus je peux supporter le poids de mes crimes ». Il serait intéressant de savoir ce que souhaitent « oublier » les fumeurs de cannabis… et ceux qui, au sein de l’Etat, comme le rappelle l’article, font preuve d’une permissivité coupable.
cremone
- 04/08/2014 - 23:20
Pertinent
"mais comment récupérer 15 ans de carence éducative ? " : c'est bien le problème, les parents attendent trop souvent qu'il soit trop tard pour se rendre compte qu'il aurait fallu montrer un peu d'autorité vis-à-vis des enfants. Cet article est succinct, mais dit l'essentiel.