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© Pixabay.com
Un champs de ruines.
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Un champs de ruines.
Au fond du fond ?

Gauche et droite, le champ de ruines… Et maintenant, quoi ?

Publié le 04 juillet 2014
De la mise en examen d'un ancien président à la fronde de la majorité parlementaire, la vie politique française donne, sur fond de dérive économique et budgétaire, l'impression d'un délabrement relativement inédit. L'occasion de faire (sérieusement) le point avec dix personnalités éclairées issues du monde politique, académique ou économique.
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De la mise en examen d'un ancien président à la fronde de la majorité parlementaire, la vie politique française donne, sur fond de dérive économique et budgétaire, l'impression d'un délabrement relativement inédit. L'occasion de faire (sérieusement) le point avec dix personnalités éclairées issues du monde politique, académique ou économique.

Une première dans l'histoire de la Ve république. Mardi 1er juillet, Nicolas Sarkozy, ancien chef de l'Etat, a été placé en garde à vue dans la cadre d'une investigation pour "trafic d'influence" et "violation du secret de l'instruction" menée par Patricia Simon et Claire Thépaut. Les deux juges d'instruction enquêtent sur un possible réseau qui aurait informé l'ancien chef de l'Etat ou ses proches sur les procédures judiciaires qui le menaçaient notamment dans l'affaire Béttencourt. Ce placement en garde à vue intervient alors que l'UMP, secouée par l'affaire Bygmalion semble incapable de porter un projet et de jouer son rôle d'opposition.

Un rôle qu'une partie de la majorité socialiste a décidé de tenir depuis l'annonce par le président de la République de la mise en place du pacte de responsabilité. Le gouvernement de Manuel Valls tente de faire face à la fronde des parlementaires mais à quel prix ? Si ces derniers ont adopté mardi 1er juillet le budget rectificatif de l'Etat, ils conditionnent désormais leur vote sur le projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale. Et la bataille pour la réforme territoriale se promet féroce.

Dans ce contexte de délitement de la sphère politique, la perte de confiance des Français en la classe politique mais plus largement en l'avenir grandit. Porter les extrêmes au pouvoir, s'engager dans la résistance civile, tous les scénarios deviennent envisageables. 

Au vu du contexte actuel, comment la situation française pourrait-elle être amenée à évoluer ? Où se situe le point de rupture ? Et comment peut-on aujourd'hui éviter le pire ?

Atlantico a demandé à dix personnalités de sensibilités différentes et représentatives des préoccupations qui traversent actuellement l'opinion de livrer leur analyse de la situation. Chacune a été interrogée individuellement et répond donc de façon indépendante.

 

  • Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion publique à l'ifop

La défiance est généralisée vis-à-vis des gouvernements et la cote du président de la République est très basse. Nous avons également une opposition qui est en bien piètre état. A cette décomposition de la scène politique, s'ajoute la poursuite d'une crise économique très grave avec un nombre record de chômeurs et une dette qui atteint 94% du PIB. C'est la conjonction de cette crise économique qui rogne les marges de manœuvres disponibles : on ne peut pas faire de relance, on ne peut pas faire fonctionner la planche à billets, etc... C'est cette conjonction qui rend la situation inquiétante et explosive.

Un certain nombre d'échéance sont à venir, à savoir très prochainement le vote du budget rectificatif de la sécurité sociale et à la rentrée le vote du budget 2015. Nous nous trouverons alors à un moment clé. On verra si la fameuse politique de l'offre et si les réductions des dépenses publiques seront au rendez-vous et surtout quels secteur seront touchés. Jusqu'à présent, nous sommes toujours dans une certaine incertitude. Parmi les frondeurs, combien seront-ils à ne pas voter le budget ? S'ils étaient suffisamment à ne pas le faire, alors nous basculerions dans une crise de régime. En effet, le gouvernement serait mis en minorité par sa propre majorité parlementaire. Cette majorité rentrera-t-elle dans le rang ? Va-t-on au clash ou chemine-ton vers un scénario intermédiaire qui pourrait être celui d'un long pourrissement avec des mesures à minima sous la pression d'une partie de la majorité parlementaire qui ne voudrait pas soutenir toutes les orientations du gouvernement ? 

A droite, l'étape attendue est celle du congrès de l'UMP en novembre. D'ici là il y aura une campagne. Et dans le cadre des affaires judiciaires, on peut penser que dans les prochains mois, un certain nombre d'informations seront portées à la connaissance du public. Parallèlement, à tout cela Sarkozy va-t-il franchir le pas ou pas ? Il y a deux options là aussi, même s'il faut évidemment rester prudent. La pression des affaires le mènera-t-il à franchir le cap plus tôt et à se lancer dans la bataille pour la conquête du parti ? Potentiellement, nous serons fixés d'ici à la fin de l'été. Si Sarkozy jette les gants ou s'il remonte sur le ring, le jeu d'alliance ne sera en tout cas pas le même.

Du point de vue de l'opinion publique, on constate une prise de conscience très claire qui est que la France est en train de décrocher. On le voit avec la dette, le chômage, le rachat de PSA, Alstom. Pour les Français cela n'augure rien de bon. Pour éviter le pire, il faut recréer de la confiance et pour cela, il faut essayer d'obtenir des résultats et montrer un chemin et des volontés. Manuel Valls, dans son discours de politique général a bien essayé, mais il faut désormais que le gouvernement passe aux actes. 

  • Laurent Baumel, membre du Parti socialiste. Il est notamment l'un des fondateurs du mouvement "La Gauche Populaire"

Aujourd'hui nous sommes de plus en plus nombreux à considérer que l'arrivée au pouvoir du Front national (FN), sous une forme ou une autre, ne peut plus être exclue. Je ne vois pas aujourd'hui de cran d'arrêt certain à la détérioration de la confiance populaire dans les institutions. 

D'un point de vue socio-économique, le pays est démoralisé, la reprise tarde. Néanmoins, les mouvements sociaux sont balbutiants. Il n'y a pas aujourd'hui de revendications centrales qui fédéreraient tout le monde et qui mettrait le gouvernement face à un immense mouvement social.  Pour le moment le pays a exprimé son désarroi et son rejet via des élections intermédiaires. La Ve République est un régime extrêmement puissant au service du monarque républicain ce qui lui permet d'ignorer les résultats de ces élections tant qu'il n'est pas confronté à grand mouvement social. Et les mouvements sociaux actuellement contrairement à ce qui s'est passé en 1995, les embryons de mouvements sociaux dans le secteur public sont jugés par le reste de la population comme trop corporatistes.

Il y a une contradiction au parlement mais elle n'est pas de nature à mettre en péril la majorité. Et même si elle l'était, il y a des ressources  comme le 49-3 qui permettrait d'éviter d'en arriver là. Un renversement de situation serait envisageable lors de la prochaine élection présidentielle ou si un mouvement social venait à voir le jour. Ou une extension de la critique parlementaire pourrait aussi avoir cet effet, mais je ne le vois pas venir. Car la mécanique de la Ve joue aussi dans les esprits. Les parlementaires sont tétanisés par la question de la loyauté au chef. La 5e a fait des parlementaires une armée au service du président élu et il difficile culturellement de dépasser ces réflexes. Cela évolue mais il ne s'agit pas d'un changement qui peut s'opérer en quelques semaines.

Je pense que la grande erreur que commettent successivement les exécutifs de droite et de gauche est de ne pas comprendre que le libéralisme économique n'est pas une politique qui peut remporter l'adhésion en France. La droite se fracasse régulièrement contre cela et finalement la gauche aussi. Le seul parti qui fait entendre une dissonance par rapport à cette ligne, c'est malheureusement le Front national. Il ne faut pas s'étonner de sa progression. La question européenne est ici cruciale : les initiatives de François Hollande sont intéressantes mais tant qu'on ne renversera pas réellement la table au plan européen pour exiger de Bruxelles et de l'Allemagne une politique de relance concertée, on ne pourra pas se sortir de l'impasse. 

  • Florian Philippot, vice-président du Front national et député européen

Je pense que nous sommes à l'aube d'une vaste recomposition du paysage politique. Nous vivons actuellement une crise de mutation. Nous allons passer à un système plus conforme aux nouveaux clivages. Je pense que la crise que vivent en ce moment le Parti socialiste (PS) et l'UMP - qui se manifeste notamment à travers leurs résultats aux élections européennes, à travers les affaires judiciaires- est une crise jumelle, une crise de fond. Au vu de leur convergence idéologique et programmatique, il y a un parti de trop. Et comme la nature politique a horreur du vide, les idées ayant quitté ces mouvements, il reste le pire de la politique, c'est-à-dire, les affaires de gros sous. Je pense que tout cela va se décanter peu à peu pour atteindre un clivage plus réel que plusieurs élections ont déjà configuré : celui entre ceux qui défendent la nation, c'est-à-dire les patriotes, nous en sommes, et celui d'un camp européiste assumé.

Du point de vue de la crise économique, si nous ne changeons pas de cap, il n'y aucune raison que nous ne continuons pas à aller vers le bas. On constate d'ailleurs années après années que les prévisions de croissance sont toujours trop optimistes, qu'elles sont toujours revues à la baisse. En l'absence d'une remise en cause profonde du logiciel économique, notamment sur la question du protectionnisme, de l'euro, de l'intervention de l'Etat, il n'y a pas de raison que cela change.

Je ne pense pas que les élites au pouvoir puissent se réformer. Elles ne se réveilleront pas un matin en se disant qu'elles se sont trompées. Nous sommes dans une idéologie européiste où l'on ne remettra pas en cause ce qui a été construit depuis 40 ans. C'est aux Français par leur mobilisation et leur vote de faire le grand changement. C'est eux qui nous éviteront de toucher le fond.

Je ne vois pas de reconstruction sans profonde réforme démocratique. Il faut davantage associer le peuple à l'avenir. Beaucoup de Français se sentent en dehors des débats. Pour éviter le pire, il faut aussi changer radicalement de politique. Par exemple, la grève à la SNCF, si nous continuons à appliquer docilement les directives européennes de libéralisation du rail et des services publics en général, alors nous nous préparons à des conflits sociaux. 

Il faut que la France retrouve confiance en elle-même. Nous sommes dans un des rares pays au monde qui considère qu'il existe au passé et non pas au futur. Nous nous relèveront lorsque nous aurons confiance en nous. Ils doivent avoir confiance en leur propre pays, leur propre force, leur propre génie. Il faut réinsuffler cette confiance à l'école, dans le discours public, dans la manière dont on affiche les drapeaux, dont on parle de la France.

  • Hervé Mariton, député UMP de la Drôme

Vu de droite, l'enjeu qui est devant nous est celui de la présidence de l'UMP. Je suis candidat, et je pense que le contexte difficile que nous menons aujourd'hui démontre que plus que jamais il est indispensable de rebâtir l'UMP sur des bases robustes, qu'un parti doit exister en lui-même, et que le présider est une mission en soi. 

 

Le risque est démocratique, mais selon qu'il s'agit de la droite ou de la gauche, il appelle des réponses de natures différentes. Concernant le pouvoir, il faut que celui-ci assure la livraison de ce qu'il dit, ce qui vis-à-vis du Pacte de responsabilité n'est pas le cas du gouvernement aujourd'hui. Pour ce qui est de l'opposition, cette dernière doit s'organiser : n'ayant pas de promesses à livrer en l'état, elle doit donner des gages de sa capacité à les livrer demain. C'est dans cette logique d'organisation que je prends l'engagement de ne pas être candidat aux primaires, car c'est pour moi l'élément indispensable d'une organisation robuste.

Si le pouvoir n'est pas capable de livrer ses engagements il se discrédite, et si l'UMP n'est pas capable de s'organiser elle se discrédite aussi, ce qui, à terme, ouvre un boulevard au Front national. Ce dernier en profitera d'autant plus que le discrédit de la gauche et de la droite est simultané.

Rien ne permet de dire que cette crise politique donnera lieu à une insurrection populaire. Il est plus probable que cela donne lieu à la substitution de l'opposition à une autre opposition. Quoi qu'il en soit on risque un long et lent déclin, comme dans l'Angleterre de Wilson dans les années 60, mais en plus grave. Nous bénéficions d'un certain nombre de filets de sécurité grâce à l'Europe et à un certain nombre de structures de notre pays, ce qui fait que tout n'explose pas dans l'instant.

L'essentiel est d'apporter de l'efficacité et de la cohérence. La réforme peut ne pas porter sur 50 chapitres et 500 pages, mais il faut qu'elle soit opérationnelle et convaincante. En 2017 la droite sera jugée sur le mode opératoire de ses idées.

  • Clémentine Autain, conseillère municipale de Sevran et membre du Front de Gauche

A l'évidence, les difficultés que connaissent la droite et la gauche peuvent nous amener à la crise de régime. Cette crise couve sous la défiance grandissante à l'égard des institutions, des partis politiques et des gouvernements successifs. Les affaires comme Bygmalion, Cahuzac, ou dans un autre registre les révélations sur le patrimoine de Jean-Marie Le Guen, créent une distance entre l'espace politique institué et la majeure partie de la population. Je le constate à Sevran, le dégoût vis-à-vis de la "classe politique" est réel. Je n'aime pas cette expression, mais si elle est tant employée, c'est parce que derrière on a la perception d'un univers de puissants repliés sur eux-mêmes, qui se servent et vivent dans des conditions qui n'ont rien à voir avec celles de la majeure partie de la population. Les allers et retour entre le privé et le public permettent la corruption et l'enrichissement qui sont censés servir la cause commune. 

On aura touché le fond le jour une révolte populaire de masse se déclenchera. Personne ne peut affirmer à quel moment cela pourrait se produire, mais d'une certaine manière l'abstention massive et le vote pour le FN sont un symptôme de la crise qui couve. Les électeurs ne cessent d'envoyer des messages au travers des alternances successives, de l'abstention ou du vote FN, et rien ne change. Si aucune prise de conscience ne se fait au plus haut niveau de la gravité de la défiance actuelle, alors aucune confiance ne peut être trouvée entre les citoyens et les élus. A titre d'exemple, concernant la théorie du genre, le fait que des rumeurs folles aient pu prendre le pas sur la parole d'une institution témoigne d'un désaveu dans les classes populaires.Quand Messieurs Le Guen ou Cahuzac mentent et font la morale aux Français en même temps, que Nicolas Sarkozy est entendu en garde en vue pour une affaire de corruption, ou que Monsieur Juncker, anciennement Premier ministre d'un pays épinglé comme faisant partie des paradis fiscaux, se retrouve aujourd'hui à la tête de la Commission européenne, cela veut bien dire que rien ne fonctionne normalement.

Pour éviter que le pire ne se reproduise, la seule solution est d'entendre. Entendre que ce n'est plus possible. Il faut changer les règles, instaurer une nouvelle république dans laquelle la lutte contre la corruption est accrue. Par ailleurs, il faut que l'esprit public anime les leaders politiques.  Entre une explosion populaire et le changement de constitution, je ne vois pas d'autre alternative. Il faut reconnaître que notre système est aujourd'hui à bout de souffle, qu'il ne contribue plus à améliorer la vie des gens. Cette crise de régime est le produit d'un couple infernal : d'un côté des affaires de corruption qui émaillent l'actualité, et dans le même temps, ceux qui sont pris la main dans le sac, expliquant à la majeure partie des gens qu'ils doivent payer la crise. Une telle chose n'est plus possible.

  • Jean Peyrelevade, ancien conseiller économique du Premier ministre Pierre Mauroy

D'un point de vue strictement économique, la situation actuelle peut continuer à se dégrader pendant très longtemps. Nous sommes sur une trajectoire à croissance très faible donc à augmentation régulière du chômage et dans laquelle on rétablit progressivement notre équilibre extérieur et notre déficit de finances publiques en comprimant la demande. Il s'agit d'une mauvaise trajectoire, fort désagréable mais qui peut durer.

Je pense que c'est nécessairement un phénomène de nature politique qui fera que le jeu sera redistribué. En d'autres termes, si les Français s'aperçoivent que nous sommes effectivement sur une trajectoire de croissance très faible (ce qui est le cas depuis longtemps) donc de non amélioration de pouvoir d'achat donc de crispation de la société, je pense qu'ils écouteront avec attention l'homme politique qui sera susceptible de recréer une trajectoire plus dynamique. Je dirais, qui sera le Renzi français.

Pour refabriquer de la croissance, il faut travailler plus et mieux. Donc il faut investir en innovation, en équipement, en procédés, en amélioration des qualifications techniques des salariés. Pour ce faire, il faut améliorer les marges des entreprises et continuer de manière plus assumé qu'aujourd'hui le transfert des ressources des ménages vers les entreprises. En proportion du PIB et non pas en valeur absolue. Cela nous permettra de remettre notre appareil productif en situation de compétitivité. Pour l'instant, ce qui est fait va dans le bon ses mais est à mes yeux largement insuffisant.

Comment éviter le pire, cela revient à poser la question suivante : comment expliquer aux Français que pour retrouver de la croissance, du dynamisme, de la joie de vivre, de l'esprit d'entreprise, il faut d'abord accepter de travailler davantage sans être nécessairement payer plus. Il faut surtout travailler mieux. C'est toute la relation des Français au travail qu'il fait revoir. Quel homme politique sera en mesure de tenir ce discours ?  En Italie, ce discours est accepté. En Espagne, ils ont traversé une épreuve extrêmement difficile et les espagnols sont en train de retrouver leur équilibre économique. Le succès permet de changer d'atmosphère. Ce que je crains dans la position de Francaouis Hollande est que son discours et ses actions soient insuffisantes pour entrainer le succès. Si on fait ce qu'il faut, si on l'explique je suis persuadé que la population peut comprendre.  

  • Denis Payre, fondateur du mouvement politique "Nous, citoyens"

Nous nous trouvons dans une situation très grave de crise de la politique, et plus précisément, de crise de fonctionnement des partis. C'est un mélange d'effondrement et de discrédit lié à l'absence de résultats et à des scandales politico-financiers. Si une force de proposition raisonnable comme celle de Nous Citoyens ne s'impose pas rapidement, la tentation de l'abstention et la montée du populisme seront toujours plus forts. Nous nous trouvons face à la nécessité absolue de réinventer la politique. Nous avons besoin de personnes de bonne volonté, partageant les valeurs historiques de la République, qui se mobilisent dans l'idée de reconstruire une offre crédible, car les partis traditionnels sont frappés de discrédit. La crise qui se profile se trouve à tous les niveaux : crise de régime, perte de confiance… La question maintenant est de savoir qui perdra patience en premier : les citoyens ou  les créanciers du pays. Dans un pays qui n'arrive pas à se réformer, comme en témoignent le chômage, la précarité ou les impôts, les Français vont perdre patience, à l'image des Bonnets rouges. Et d'un autre côté, si les réformes initiées par le gouvernement n'ont pas de succès, les créanciers n'attendront plus. Si ces réformes ne réussissent pas à baisser les dépenses significativement, alors le gouvernement augmentera à nouveau les impôts pour tenter de satisfaire les créanciers, mais dans ce cas la population se mobilisera, avec des risques de jacqueries. Il est donc indispensable que les partis traditionnels se ressaisissent ou que nous prenions leur place.

On aura touché le fond le jour où l'un des deux cas de figure que je viens de présenter se réaliseront.  Il n'est pas exclu qu'une insurrection ait lieu, et le mouvement des Bonnets rouges n'en était qu'un signe avant-coureur, tout comme il n'est pas exclu que les créanciers de la France perdent patience et obligent le pays à mettre son modèle à plat et à licencier 500 à 600 000 fonctionnaires dans l'urgence. Et le résultat insurrectionnel sera le même. Un succès du FN en 2017 n'est pas non plus à exclure voire avant si une dissolution devait intervenir avant. On pourra dire là aussi qu'on a touché le fond, mais il n'est pas certain que le rebond puisse se produire à ce moment…

Pour éviter que le pire se produise, il faut que les citoyens, à l'instar de ce que propose Nous Citoyens, reprennent leur destin en main. Les politiques doivent sortir du déni, parler des vrais sujets, et arrêter de ne faire que courir après les mandats. Ils doivent cesser d'accuser les autres, de rechercher des boucs émissaires en tout genre, alors que le problème est chez nous. Le problème est en nous, donc la solution aussi. Nous Citoyens, en rentrant dans le jeu politique, s'efforce de provoquer cela. Et si rien ne change, nous prendrons leur place, nous y sommes déterminés. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si quelqu'un comme François Fillon commence à changer de discours. Même s'il a passé 5 ans à diriger un gouvernement dont la ligne directrice ne lui convenait pas et n'a donc pas fait preuve d'un leadership exemplaire, il est tout de même satisfaisant de le voir sortir du déni. Même François Hollande et Manuel Valls ont changé de discours et un peu de politique, et ont pris en ligne de compte ce que nous disions déjà avant : nous dépensons trop, nous pouvons faire plus avec moins, il faut arrêter d'assommer les entreprises avec des impôts et des réglementations, ce sont elles qui créent des emplois, etc.

  • Eric Verhaeghe, ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et fondateur du cabinet Parménide

Le plus inquiétant me paraît le primat que l'Allemagne exerce désormais ouvertement sur l'Europe, et la position de suiveuse dans laquelle elle met la France. De deux choses l'une désormais, soit la France se laisse couler sans réagir, et l'apathie économique que nous connaissons, jointe au climat des affaires, aura raison de notre identité nationale. Soit la France réagit en tapant du poing sur la table, en se remettant au travail et en revenant à l'équilibre primaire de ses finances publiques, et nous avons une chance d'échapper au pire.

Pour ce qui est de toucher le fond, on ne touche jamais véritablement le fond. Le fond, ce ne serait même pas la mise en faillite du pays (qui est, de mon point de vue, souhaitable si elle est intelligemment gérée), mais plutôt son incapacité à se réinventer. Maintenant, soyons clairs: la France est un paquebot qui coule lentement. Tôt ou tard, il faudra mettre des chaloupes à la mer et ordonner l'évacuation des coursives. Personne ne peut garantir que cela se passera en bon ordre.

Comment éviter le pire ? Le pire, pour moi, serait que rien ne se passe. Mais assez clairement il faut que la France renverse le rapport de force avec l'Allemagne et pose la vraie question: la grande Prusse qui dirige l'Europe peut-elle continuer sous cette forme? Tant que nous n'aurons pas remis à plat la question des frontières, nous aurons un problème d'équilibre interne. La France doit retrouver ses frontières naturelles, et la Prusse aussi. Le système hérité de 1945 était au fond très efficace, et l'idée de faire deux espaces politiques, l'un autour de Berlin, l'autre autour de la Ruhr, a montré dans l'histoire européenne sa très grande pertinence.

  • Serge Federbusch, président du Parti des Libertés

C’est un peu la guerre de tous contre tous aujourd’hui. Cela m’étonnerait fort que l’UMP dégage un consensus suffisant en son sein pour lancer des primaires afin de désigner son candidat pour 2017. Les haines recuites entre Fillon, Sarkozy, Copé, Juppé et consorts ne leur permettront pas de s’entendre. Ceux qui tiennent aux primaires affronteront ceux qui veulent les escamoter dans un combat fratricide.

Quant aux dissensions entre les députés PS qui soutiennent Hollande et ceux qui préfèreront tomber à gauche dans l’espoir de conserver une partie de leur électorat, elles vont s’accentuer. Je vois mal comment Hollande pourrait éviter de dissoudre en 2015 quand il faudra prendre de nouvelles mesures d’austérité avec un budget en capilotade.

Tout cela se fera avec un FN frôlant les 30 % aux législatives qui ne donneront pas de majorité stable à la France.

Quand les marchés financiers se diront que la situation politique et financière de la France justifie une remontée des taux d’intérêt. Et/ou que des tensions internationales fassent grimper le prix des matières premières, ralentissant l’activité mondiale. Aujourd’hui, l’Etat n’a plus de marge de manoeuvre en cas de retournement conjoncturel alors qu’une crise structurelle nous plombe déjà. J’ai tenté d’expliquer dans mon livre «Français, êtes vous prêts pour votre prochaine révolution ?» comment l’enchaînement fatal peut se produire d’ici un ou deux ans.

Il faudrait à la fois renégocier profondément le fonctionnement de l’Euroland pour que l’euro ne soit plus surévalué, par exemple en fixant un taux de change 1 euro = 1 dollar. Après tout, les Suisses ont ainsi lutté contre la surévaluation de leur franc qui les handicapait. Concomitamment, il faut entreprendre toutes les réformes libérales que la classe politique française a refusé depuis des décennies et également changer les institutions pour promouvoir la démocratie directe et en finir avec le règne sclérosant des politiciens professionnels. Mais je pense qu’il est déjà trop tard et que le système s’effondrera faute de se réformer.

  • Jean Vigreux, professeur d'histoire contemporaine

Le champ des possibles est multiple. Pour l'instant on ne peut pas parler de crise institutionnelle, puisque la justice suit son cours, et le fait que l'ancien président soit devenu un citoyen lambda démontre un changement important ces dernières années.

Autre possibilité, que le discrédit jeté sur la droite et la gauche amène à une crise. Sans aller jusqu'à parler d'un 6 février 1934, on peut au moins envisager un débouché radical par rapport aux institutions de la cinquième république. Peut-être que celle-ci mériterait d'être revisitée, pour au final aboutir à une sixième république.Mais on peut tout aussi bien imaginer que tout suive son cours dans un statut quo. Des recompositions dans les droites et les gauches pourraient intervenir, mais sans que les institutions vacillent.

La rue n'est pas là, on n'observe pas de contestation massive, donc même si le désaveu de la classe politique est réel, aucune crise en profondeur n'est à craindre a priori. En revanche, si de fortes manifestations naissaient, et si des intellectuels prenaient position ou que des menaces de dissolution étaient agitées, alors oui, on se retrouverait dans une véritable crise politique. Même si l'extrême droite essayait de tirer profit d'une telle situation, elle n'en aurait pas les moyens. Et l'extrême gauche ne se mobilise pas beaucoup non plus.

Une sixième république pourrait mettre fin à la "monarchie républicaine", sous l'action d'une insurrection populaire, ou au travers de l'action de groupes para politiques ayant une capacité de mobilisation.

On sait jusqu'où peuvent allers les émeutes, comme celles du 6 février 1934, mais également les réponses apportées par le syndicalisme, les associations, les comités. On peut aussi penser au gouvernement de Vichy en 1940, né à la suite d'une défaite militaire, mais c'était un contexte totalement différent. D'autant plus qu'aujourd'hui, pour revenir à l'actualité judiciaire, la justice fait son travail, et a évolué en bien vis-à-vis de l'emprise du pouvoir. On peut certes s'effrayer de voir toutes ces affaires mêlant le politique et la justice, mais en un sens cela veut dire que les institutions sont solides et remplissent leur office.

Nous précisons que chacune des personnalités participant à cet entretien à répondu individuellement aux questions posées

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superliberal
- 04/07/2014 - 10:11
Il faut libéraliser...
Pas de vrai libéralisme pas d'avenir...lâchons la grappe à ceux qui créent, à ceux qui bossent, à ceux qui innovent, ceux qui inventent, à ceux qui prennent des risques....c'est pas très compliqué.
Un peu de pragmatisme...arrêtons de nous branler avec la gauche, la droite et redonnons le pouvoir aux "entreprenants"...
vangog
- 04/07/2014 - 00:51
Ce qui arrivera sera à contre-temps et
à contre-courant de tout le reste, car les dirigeants de la France au sens large sont à contre-temps et à contre-courant de tout le reste du monde.
Le pouvoir réactionnaire gauchiste a noyauté les institutions, les corps intermédiaires, les grands corps d'état afin de conserver le pouvoir le plus longtemps possible.
Il s'est même assuré le soutien d'une partie de la droite, la plus veule, la plus arriviste et la plus conservatrice des privilèges de la noblesse dirigeante.
Ces partis politiques corrompus a
par une idéologie passéiste, ces corps d'état et intermédiaires ne sont plus représentatifs que d'une minorité de plus en plus délirante dans ses actes et ses pensées.
ces partis, ces hommes, ces minorités appartiennent déjà au passé: ils ne s'en relèveront pas. Certes, ils continuent à nuire, à manifester, à faire croire qu'ils sont une force motrice, mais leurs soubresauts sont les hoquets d'un vieillard sur son lit de mort...
Les jours du pouvoir sont comptés. Valls va faire illusion quelques mois, puis il sera submergé par l'impuissance gauchiste, remplacé par la deuxième option gauchiste des médias, Montebourg, qui fera illusion quelques semaines...
Avant la fin imminente!
2bout
- 03/07/2014 - 15:41
C'est tellement logique, dépendre de l'Etat.
L'aboutissement du socialisme, c'est le national-socialisme. Le plus paradoxal, à vouloir faire de l'égalité partout et pour tout, c'est que tous les retraités dépendent d'un système de répartition géré par l'Etat et alimenté par la dette.