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1929, 1973, 2008 : la fin d'un certain type de capitalisme, point commun des trois grandes crises économiques

Publié le 17 juin 2014
Si pour certains la crise appartient presque au passé, pour d'autres elle persiste. La problématique de sortie de crise s'en trouvant totalement renouvelée. Extrait de "Les grandes crises", de Bruno Marcel et Jacques Taïeb, publié chez Armand Colin (1/2).
Jacques Taïeb est professeur agrégé de sciences sociales.
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Si pour certains la crise appartient presque au passé, pour d'autres elle persiste. La problématique de sortie de crise s'en trouvant totalement renouvelée. Extrait de "Les grandes crises", de Bruno Marcel et Jacques Taïeb, publié chez Armand Colin (1/2).

L'ampleur se manifeste tout d'abord dans le domaine financier. A l'automne 2008 après la faillite de Lehman Brother le système financier mondial est au bord de l'éclatement, si les Etats n'étaient pas intervenus des faillites de grandes banques se seraient probablement produites et un risque d'effet en cascade aurait pu conduire à un effondrement généralisé des systèmes financiers accompagné de la ruine de dizaines de millions de déposants.

(...)

Cette ampleur traduirait le fait qu'il s'agit de difficultés structurelles, comme les trois grandes crises précédemment comparées. Cette dimension structurelle signifie que le capitalisme sortira profondément transformé de cette crise comme il était sorti des crises précédentes. Quelles sont les transformations envisageables ? Dans quelle mesure sont-elles semblables ou différentes de celles auxquelles on a assisté dans les trois grandes crises ?

Le premier secteur qui est susceptible de connaître des mutations profondes est sans aucun doute la finance à l'origine de la crise, au moins de son déclenchement. La libéralisation financière mise en oeuvre à partir des années 1980 dans un contexte de mondialisation a montré ses limites. Contrairement à ce que pensent les tenants de l'efficience des marchés financiers elle a conduit en fait à une gygantesque pyramide de Ponzi (dixit le Prix Nobel d'économie Paul Krugman) dont l'écroulement a provoqué la crise économique.

(...)

Comme en 1929 ou en 1973, il s'agirait bien de la fin d'un certain type de capitalisme et d'une certaine façon le rapprochement avec la crise de 1929 serait possible dans la mesure ou celle-ci a donné lieu à une forte réglementation de la finance, une augmentation du rôle de l'Etat avec en particulier le développement de fiscalités visant à lutter contre les trop grandes inégalités (Cf la politique de Roosevelt dans ce domaine). Tournant considérable par rapport au néolibéralisme actuel.

En effet si, à la suite des analyses de J.Rawls, certaines inégalités peuvent être considérées comme  "équitables", car elles rétribuent la compétence, le service social rendu et dopent l'économie en bénéficiant indirectement aux plus pauvres.

On peut considérer, pour le temps présent, qu'un seuil critique est atteint, voire dépassé, suscitant conflits pour le partage du revenu, pénalisant l'économie par la rareté de l'épargne au sein des classes moyennes (Etats-Unis) et maintenant la consommation par le recours trop fréquent au crédit avec le risque inhérent à ce genre de situation.

(...)

En outre la crise de 1929 est d'une certain façon la crise, et la fin, de la première mondialisation, tandis que la crise actuelle est la première crise, ce qui ne signifie pas forcément la fin de la deuxième mondialisation.

Extrait de "Les grandes crises", de Bruno Marcel et Jacques Taïeb, publié chez Armand Colin, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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