En direct
Best of
Best-of: le meilleur de la semaine Atlantico
En direct
Rapport de causes à effets
Comment la peur grandissante de l’ennemi intérieur agit sur le lien social
Publié le 06 juin 2014
La peur du terrorisme existe bel et bien dans certaines couches de la population française. Un fait qui crée des fractures entre les différentes communautés françaises mais aussi au sein même de ces dernières.
Haoues Seniguer est docteur en science politique, chercheur au GREMMO et enseignant de science politique à l'IEP de Lyon.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Haoues Seniguer
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Haoues Seniguer est docteur en science politique, chercheur au GREMMO et enseignant de science politique à l'IEP de Lyon.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La peur du terrorisme existe bel et bien dans certaines couches de la population française. Un fait qui crée des fractures entre les différentes communautés françaises mais aussi au sein même de ces dernières.

Atlantico : Dans un récent sondage IFOP pour Atlantico, les Français sont 73% à considérer que la menace terroriste est "plutôt élevée" (57%) et "très élevée" (16%). 76% estiment élevée la menace d’actes terroristes en France commis par des djihadistes isolés vivant sur notre territoire. Peut-on dire que ces chiffres révèlent finalement, au-delà du risque concret d'un attentat, le développement d'une mentalité de "l'ennemi intérieur" en France ?

Haoues Seniguer : Vous savez combien il faut être prudent quant aux sondages, qui, souvent, induisent des réponses, ou tendent quelquefois à arracher une opinion à quelqu’un qui n’en a pas forcément une, compte tenu de son inconnaissance, de sa méconnaissance ou de son désintérêt relatif pour la question posée, à l’instant où elle est posée. Ceci étant, on ne peut pas dire qu’une certaine peur ou crainte du "terrorisme" n’existe absolument pas dans des couches de la population française. En effet, la viralité du Net, la focale médiatique et les effets de loupe développent, nolens volens, le sentiment, à tort ou à raison, d’un danger "terroriste" imminent, surtout avec ce qui s’est récemment passé dans un musée juif de Bruxelles. Pour autant, il me semble inopportun de parler de "développement d’une mentalité de "l’ennemi intérieur" en France", d’autant plus que l’expression elle-même, notamment utilisée par Manuel Valls en octobre 2012, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, donne un caractère massif à un phénomène qui, objectivement, reste marginal dans notre pays.

>>>A lire également sur atlantico : 76% des Français estiment élevée la menace d’actes terroristes commis par des djihadistes isolés vivant sur notre territoire

Quelles conséquences cette mentalité finit par avoir sur le lien social et le vivre-ensemble français ? Constate-t-on une aggravation concrète sur les dernières années ?
 

Je ne parlerai peut-être pas de "mentalité", qui recèle une charge essentialiste, mais de perception, qui est beaucoup plus de l’ordre du conjoncturel. Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, peut, en effet, avoir des conséquences sociales : le délitement du vivre-ensemble. Cela, subséquemment, peut favoriser la méfiance, la défiance mutuelle et le repli communautaire. Le délitement du lien social ou du dialogue peut s’observer par exemple, même s’il demeure circonscrit ou circonstanciel, entre juifs et musulmans ou entre responsables de la communauté juive et responsables de la communauté musulmane. Les assassinats dans le musée juif a effectivement ravivé une tension entre communautés religieuses, mais, à mon sens, le fil du dialogue n’est pas pour autant définitivement rompu.

Si l'on constate, ne serait-ce que dans l'espace public, une aggravation des rapports inter-communautaires en France, ne peut-on pas aussi affirmer que cette très clivante question du terrorisme en vient à créer des fractures au sein même des différentes communautés de la République ? 

D’abord, il convient de rappeler quelques évidences qui ne le sont peut-être pas pour tous : le champ islamique français est en crise. Il souffre chroniquement d’une crise de leadership, car les musulmans sont tout simplement divers. Je crois qu’il faut définitivement accepter l’idée qu’il existe des courants hétérogènes, chacun d’entre eux cherchant à exercer sa propre hégémonie ou à jouer sa propre partition au sein dudit champ, qui est un véritable enjeu de luttes symboliques et matérielles. Le phénomène d’islamophobie, ou de discriminations anti-musulmanes, ajouté aux querelles intra-communautaires permanentes, créé une espèce de brouillage, de désorientation et de victimisation chez les musulmans de ce pays. Nombre d’entre eux, notamment les plus politisés, estiment être traités distinctement des autres communautés, en particulier la communauté juive, et, de ce fait, refusent quasi systématiquement (il existe bien sûr des exceptions) de dénoncer immédiatement l’antisémitisme des leurs même quand celui-ci est avéré, prenant d’ailleurs le risque d’apparaître complaisants ; de l’autre, craignant de nourrir l’amalgame "islam= terrorisme (djihadisme)", ils préfèrent alors se taire ou crier à la manipulation des médias et des politiques. Ils estiment qu’il n’est pas nécessaire de se justifier, que c’est même inutile et contre-productif, car cela ferait le jeu d’un "ennemi" à l’identité floue. Toujours est-il que chacun des acteurs, militants comme observateurs, responsables religieux comme fidèles, s’exprimant au sujet d’une question aussi épineuse et complexe qu’est la violence politique au nom de la religion, devrait s’astreindre à bien choisir ses mots et à identifier avec clarté et rigueur le phénomène et ses causes potentielles.

Quelles sont les communautés françaises qui sont le plus visées par l'émergence de cette suspicion toujours plus généralisée ?

"L’émergence de cette suspicion" comme vous le dites, a bien entendu des dégâts collatéraux sur l’ensemble des communautés ou individus qui en sont issus, particulièrement sur les déclassés sociaux et notamment, ces dernières années à tout le moins, sur les musulmans ostensiblement pratiquants. 

Le Premier ministre Manuel Valls a pourtant réaffirmé le 3 juin dernier que la menace terroriste était "sans doute [...] la plus importante" actuellement. Un tel discours, accompagné d'une politique engagée en la matière, peut-il produire des résultats concrets ou risque t-il au contraire d'aggraver la situation ?

La question que vous posez est normative. En tant qu’observateur, je peux simplement dire que la communication publique ou politique, si elle ne s’attache pas à une certaine rigueur sémantique, peut produire des effets négatifs sur des populations. Ces dernières peuvent s’estimer, à tort ou à raison, stigmatisées ou montrées du doigt en raison des relents culturalistes et essentialistes des discours publics. 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
02.
Charlotte Casiraghi &Gad Elmaleh n’ont pas la même (idée de l’)éducation, Meghan Markle &son père non plus; Laeticia H. se dé-esseule avec un Top chef, Karine Ferri &Yoann Gourcuff se marient en vivant chacun seul; Jennifer Aniston : ses 50 ans avec Brad
03.
Comment on a tué les centre-villes de ces villes moyennes où une majorité de Français voudraient pourtant vivre
04.
L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays
05.
Un officier de renseignement de l'US Air Force trahit au profit de l’Iran : quand la réalité dépasse la fiction
06.
Derrière les faits divers dans les Ehpad, la maltraitance que l’ensemble de la société française inflige à ses vieux
07.
Maltraitance dans les Ehpad : pourquoi des formations des personnels soignants peuvent faire une grande différence pour les personnes âgées
01.
Christine Lagarde, la directrice du FMI, prévient d’un risque grave de tempête mondiale mais personne ne semble l’entendre
02.
Condamnations de Gilets jaunes : la curieuse approche quantitative de la justice mise en avant par Édouard Philippe
03.
Parent 1 / Parent 2 : derrière “l’ajustement administratif”, une lourde offensive idéologique
04.
55% des Français continuent à soutenir les Gilets jaunes : pourquoi s’imaginer que la fin de la crise est en vue est un fantasme dangereux
05.
L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays
06.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
01.
Parent 1 / Parent 2 : derrière “l’ajustement administratif”, une lourde offensive idéologique
02.
L’étrange manque de recul d’Alain Juppé sur sa part de responsabilité dans l’état « délétère » du pays
03.
Novethic et autres promoteurs forcenés de la transition écologique : en marche vers un nouveau fascisme vert ?
04.
Derrière le complotisme, l’énorme échec de 50 ans d’égalitarisme et de progressisme à marche forcée impulsés par l’Education nationale comme par la culture dominante
05.
55% des Français continuent à soutenir les Gilets jaunes : pourquoi s’imaginer que la fin de la crise est en vue est un fantasme dangereux
06.
Flambée d’antisémitisme et de violences politiques : ces erreurs politiques et macroéconomiques à ne pas reproduire pour enrayer la crise
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Frangipanier123Paris
- 06/06/2014 - 10:50
Et si Atlantico ...
... posait la même (excellente) question à un sociologue moins "borné", moins subjectif, en un mot moins musulman ou de culture musulmane ???!!! Car personnellement, compte tenu de l'orientation de cette interview bidon, je l'aurais mieux comprise dans "Libé" ou "Le Monde" que sur "Atlantico" ...