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Anthologie des cruautés politiques : un tueur nommé Chirac (Jacques)

Publié le 31 mai 2014
Patrice Duhamel et Jaques Santamaria invitent à découvrir, sous la forme d'un dictionnaire, les personnalités, les discours, les décisions et les duels politiques les plus cruels. Extrait de "Les flingueurs", publié chez Plon (1/2).
Jacques Santamaria
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Réalisateur et scénariste, Jacques Santamaria a signé plusieurs épisodes de la collection à succès Chez Maupassant et adapté pour la télévision Georges Simenon et Patrick Modiano. L'exercice du pouvoir est au cœur de deux de ses films, La Reine et...
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Patrice Duhamel a suivi de près toutes les campagnes présidentielles depuis 1974, comme journaliste politique puis patron de différents médias. Directeur général de France Télévisions de 2005 à 2010 aux côtés de Patrick de Carolis, il a publié, avec son...
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Patrice Duhamel et Jaques Santamaria invitent à découvrir, sous la forme d'un dictionnaire, les personnalités, les discours, les décisions et les duels politiques les plus cruels. Extrait de "Les flingueurs", publié chez Plon (1/2).

« Un faux gentil, un vrai méchant, le plus rancunier de tous. » En privé, sans trop se cacher, c’est le jugement acerbe porté par Nicolas Sarkozy sur son prédécesseur. Un jugement abrupt, mais controversé, tant la personnalité complexe de Jacques Chirac donne lieu à des analyses, à des commentaires, à des réactions pour le moins divergentes. Chirac, c’est l’eau et le feu, la carpe et le lapin, un mélange de bonapartisme et de social-démocratie. C’est la séduction et la brutalité, la gentillesse et la menace, la fidélité en amitié et le cynisme à l’état pur. Une somme de contradictions. Un sacré animal politique, un président curieusement peu rassembleur dans ses différents gouvernements, en 1995 comme en 2002, un radical corrézien, simultanément pourfendeur de la fracture sociale et de l’immigration clandestine. Un chef d’Etat singulier, dont l’histoire retiendra l’admirable discours du Vél’ d’Hiv’ et le niet courageux à l’intervention américaine en Irak. Un responsable qui a nourri les haines, en particulier dans son camp. Prêt à tout, féroce (« Giscard, c’était Louis XV, Mitterrand le XIXe siècle »), parfois même sectaire et vraiment revanchard. Une ambition politique qui, des années 1970 jusqu’à son départ de l’Elysée, en 2007, se forgera et se construira contre un petit nombre d’adversaires bien choisis. Chaban, Giscard (voir : Chirac-Giscard), Balladur, Sarkozy : c’est, par ordre chronologique, le carré des vrais ennemis. Ceux qu’il va combattre, ceux qui l’accusent ou qu’il accuse de trahison, ceux contre lesquels il va ferrailler et batailler pendant des années. Ceux à propos desquels il employait fréquemment son expression préférée, son injure suprême : « Ce n’est pas convenable. » Celles et ceux, sur la scène internationale, contre lesquels il décidait, un temps, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, de lancer l’offensive. Ah ! ce « Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? », lancé contre Margaret Thatcher lors de la suspension de séance d’une longue et dure négociation européenne. Les diplomates présents, les Français plus que les Anglais, en rient encore.

Le premier de ces adversaires emblématiques, Jacques Chaban-Delmas, est follement sympathique et assurément séducteur. Une Résistance courageuse et flamboyante, des brevets de gaullisme, des succès sportifs et une ascension rapide. Ministre sous la IVe République, maire visionnaire de Bordeaux dès 1947, président de l’Assemblée nationale, Premier ministre en 1969, après l’élection de Georges Pompidou à la présidentielle. C’est là qu’il commence à trouver Chirac sur son chemin. Proche du président en exercice, qu’il considère comme son père, cornaqué par Pierre Juillet et Marie-France Garaud, Chirac conteste la « nouvelle société » du maire de Bordeaux, critique son entourage, Jacques Delors notamment, et fustige la tentative de libéralisation de l’information télévisée. Chaban remplacé par Messmer, Pompidou usé et épuisé par la maladie qui s’aggrave, la succession se prépare. Chaban est soutenu par les barons gaullistes. Chirac, sous l’influence de Garaud et Juillet, qui veulent le placer sur orbite, choisit d’aider Giscard. A son initiative, quarante-trois parlementaires et ministres gaullistes penchent pour le ministre de l’Economie et des Finances. Un soutien déterminant. Giscard élu, Chirac devient Premier ministre. Sept mois plus tard, contre l’avis de Chaban et des barons gaullistes, le nouveau Premier ministre prend d’assaut, à la hussarde, l’UDR. « C’est un 18 Brumaire ou un 1er avril ? », demandera ce jour-là, à sa manière, le plus fort en gueule des députés gaullistes, le baroudeur Robert-André Vivien. Cet épisode aggravera encore la tension entre Chirac et le maire de Bordeaux. « Un bandit de grand chemin […], qui ne croit à rien », murmure Chaban, qui n’oubliera ni la trahison ni la méthode. « Chirac ne se pardonnera jamais de m’avoir trahi. Et moi, je ne lui pardonnerai jamais d’avoir trahi le gaullisme », confiera-t-il à Jean Mauriac, qui le relate dans L’Après-de Gaulle. Révélatrice de cette haine, une scène surréaliste : en 1980, à quelques mois de la présidentielle, Giscard raccompagne Chaban, alors président de l’Assemblée, à l’issue d’un entretien au palais de l’Elysée. Récit de l’ancien président dans ses Mémoires, Le Pouvoir et la Vie : « Chaban commence à s’éloigner. Puis, après quelques pas, il se retourne d’un mouvement brusque, et revient vers moi, le visage transfiguré. Il esquisse un geste, en levant le bras, et en me disant seulement : “Et pour Jacques Chirac !”, il achève son geste qui est celui d’un bras levé et d’un poing serré qui s’abattrait en tenant un poignard. » Chaban-Chirac, ou le récit d’un affrontement personnel et politique qui ne s’arrêtera vraiment que le 10 novembre 2000, à la mort du maire de Bordeaux. Balladur-Chirac, c’est plutôt l’histoire d’une amitié de trente ans qui va, en quelques mois, devenir un enfer politique. Ils se côtoient, se découvrent et apprennent à se connaître dans l’ombre de Georges Pompidou, à Matignon puis à l’Elysée. Ils assistent ensemble, secrètement et douloureusement, au calvaire de leur mentor. Balladur quitte la scène politique à l’élection de Giscard et revient quelques années plus tard, en 1979. Conseiller de l’ombre de Jacques Chirac d’abord, avant de devenir indispensable et incontournable. Une sorte de lune de miel. 1986 : le maire de Paris est à Matignon pour la première cohabitation, théorisée trois ans auparavant par Balladur, qui s’installe au ministère des Finances, rue de Rivoli. 1988 : seconde défaite face à Mitterrand. Gros coup de déprime. « Les Français n’aiment pas mon mari », murmure, féroce, Bernadette. Balladur va l’aider à tenir bon. L’entente parfaite continue jusqu’en 1993. Avec l’accord de Chirac, Balladur devient Premier ministre. Y a-t-il eu un pacte, Balladur étant nommé à Matignon afin de laisser le maire de Paris préparer la présidentielle de 1995 ? Les avis divergent chez les deux protagonistes. Chirac l’affirme, Balladur le conteste. Mais, à compter de ce moment, dès les premières semaines, l’harmonie est rompue. Agacé, Chirac révèle qu’il a appris la composition de l’équipe gouvernementale par la télévision. Balladur est exaspéré par les coups de fil incessants de Chirac. Ses ministres, Simone Veil, Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy et François Léotard notamment, vont soutenir la candidature de Balladur pour 1995. Le futur président ne l’oubliera pas. Il le comprend le 11 septembre 1993, à l’issue d’un tête-à-tête avec son « ami » Edouard à Matignon. Récit de Chirac dans ses Mémoires : « Je suis déjà en train de descendre les marches après que nous nous sommes salués, quand Edouard Balladur me rappelle : “Jacques… Ne vous y trompez pas. Je ne serai jamais votre Premier ministre”… J’en suis stupéfait, mais le message a le mérite d’être clair. A partir de ce jour-là, j’aurai de plus en plus de mal à accrocher le regard d’Edouard Balladur. » Le Premier ministre, de son côté, reproche au maire de Paris de ne pas l’avoir soutenu, ni d’avoir même réagi, quand l’ombrageux et talentueux Philippe Séguin a parlé, peu de temps avant, de « Munich social ». « Je n’étais pas depuis trois mois à Matignon que Chirac redoutait en moi un rival, il ferait tout pour que je trébuche et ne puisse entrer en compétition avec lui », écrira plus tard Balladur dans Le pouvoir ne se partage pas. Le divorce est consommé. Il va vite s’aggraver pour laisser place à la détestation, puis à la haine. La campagne de 1995 sera terrible, avec ses coups bas et ses trahisons. Chirac est lâché par la plupart de ses amis, à l’exception, notable, de Juppé, Debré et Séguin. Il va prendre tout le monde à contrepied avec son combat contre la « fracture sociale ». Balladur est sûr de sa victoire. Sarkozy va même jusqu’à prévoir publiquement un succès… dès le premier tour. Les courbes se croisent début 1995. Chirac devance Balladur de plus de deux points au soir du premier tour. Son rival le soutient sans état d’âme apparent avant le second tour contre Jospin. Mais la haine est telle que le nouveau président, à peine élu, commettra l’erreur de composer un gouvernement chiraco-chiraquien. Ce sera, très vite, avec un Balladur revanchard et goguenard qui ne fera rien pour l’aider, la crise sociale, l’effondrement dans les sondages, la dissolution ratée et la cohabitation. Chirac-Balladur, ou la chronique d’une amitié balayée par la jalousie rentrée, la rivalité politique et le choc des personnalités.

Chirac-Sarkozy, c’est le récit d’une guerre annoncée. Vingt ans de lune de miel, d’amitié, presque d’affection et de fidélité. Sarkozy fait partie des rares responsables politiques reçus dans la famille Chirac. On est dans l’intimité. Mais l’ambition est trop forte, l’appétit trop visible, les divergences politiques trop évidentes. Le duo ne résistera pas au premier coup de vent, en l’occurrence le soutien affiché, et très vite militant, de Sarkozy à Balladur en 1994 et 1995. Et, de chaque côté (voir : Sarkozy Nicolas), l’amitié se transforme en haine. Profonde, durable, presque physique. Jacques Chirac croyait vraiment à la sincérité du jeune maire de Neuilly. Premier portrait de Sarkozy brossé par Chirac dans ses Mémoires : « Nerveux, impétueux, débordant d’ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même. » Après le choc du 21 avril 2002, Chirac écarte l’idée d’une nomination de son futur successeur à Matignon : « Le risque serait de me trouver très vite confronté à un chef de gouvernement prompt à affirmer son autonomie, voire à me disputer mes propres prérogatives, sans s’interdire de paraître déjà briguer ma succession. » Et Chirac évoque « trop de zones d’ombre et de malentendus » et ajoute que les deux hommes ne partagent « probablement pas la même vision de la France ». Dur à lire, difficile à entendre pour Sarkozy. D’autant que le réquisitoire n’est pas terminé. « Il est atlantiste, je ne le suis pas. Il est beaucoup plus libéral que moi sur le plan économique. Il est pour la discrimination positive et j’y suis radicalement opposé », écrira Chirac, qui mettra aussi en avant d’autres divergences lourdes, en particulier sur le modèle social français et l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Le contentieux s’alourdit. Il s’enrichit encore avec des critiques sévères sur le comportement de Sarkozy au gouvernement, ces « petites phrases provocantes décochées contre moi par un ministre en exercice qui s’exprime à sa guise, sans jamais se soucier de ménager le chef de l’Etat. » Voilà théorisées les raisons qui pousseront Jacques Chirac à écarter catégoriquement l’idée d’un Sarkozy Premier ministre en 2004 ou en 2005, malgré les pressions de certains, Bernadette dans son cercle familial, nombre de ministres et de parlementaires dans son entourage politique. « Nicolas Sarkozy ne sera pas élu tout simplement parce qu’il n’a pas les qualités pour ça », note Chirac début janvier 2006 lors d’une réunion avec Villepin, raconte Bruno Le Maire, alors conseiller puis directeur de cabinet du Premier ministre, dans son livre Des hommes d’Etat. Edifiant, et révélateur de l’ampleur des désaccords. Mais le plus cruel, le plus émouvant aussi, c’est l’aveu de Chirac lorsqu’il fait le récit de sa soirée élyséenne le jour de l’élection de son successeur. Autour de lui, au palais présidentiel, Bernadette, son petit-fils Martin et ses collaborateurs. « Chacun de nous écoute avec la plus grande attention chaque phrase, chaque mot qu’il [Sarkozy] prononce, guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais, au fond de moi, je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir. » Fermez le ban. Chirac-Sarkozy, ou l’histoire d’une haine irrémédiable.

A côté de ces affrontements personnels et politiques, les conflits entre Chirac et d’autres leaders passent pour des escarmouches. Incompatibilité d’humeur avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, qu’il qualifie de « turlupin ». Divergences lourdes avec Raymond Barre, qui dira de Chirac : « Son éloquence procède du menton. » Rapports tumultueux, mais très affectifs, avec Philippe Séguin. Relations cyclothymiques avec un François Mitterrand qu’il combat d’abord ardemment (« un homme qui dit beaucoup de choses et qui en fait souvent d’autres ») avant de lancer un sonore « Salut l’artiste » à propos de la cohabitation 1986-1988, de bénéficier de sa bienveillance en 1995 et de manifester « une profonde tristesse et une réelle émotion » le jour de sa disparition. Jacques Chirac a soigneusement choisi ses ennemis. Ses quelques dérapages sont passés à la postérité, comme « le bruit et l’odeur » de 1991 à propos de l’immigration. Et il a réussi à transformer ses fautes politiques en erreurs de jeunesse. Ainsi, ce célèbre appel de Cochin de 1979, la référence à « l’inféodation […], l’abaissement de la France », l’évocation d’un « parti de l’étranger à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante », dont il a rejeté la responsabilité sur ses vrais auteurs, Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Brutal, Chirac ? Rancunier, dur et souvent approximatif avec la vérité ? Sans doute, mais aussi humain, convivial, un peu rustique et très fidèle en amitié. Autant de raisons pour lesquelles, au hit-parade de la cruauté politique, il ne figure sans doute pas, aux yeux des Français, dans les toutes premières places.

Extrait de "Les flingueurs", de Patrice Duhamel et Jaques Santamaria, publié chez Plon, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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MEPHISTO
- 31/05/2014 - 20:55
La gouvernance néfaste de 2 " rois fainéants "
MITERRAND-CHIRAC : 26 années perdues pour le pays , deux décennies d 'immobilisme politique au sommet de l'état , qui plombe et vont continuer de plomber l 'avenir de plusieurs générations, et cela va s' aggraver puisque , c'est leur héritier commun qui est au pouvoir aujourd' hui. et c'est durant ces périodes que les comptes publics sont entrés " dans le rouge "l 'un était cynique , avec un passé trouble et des morts brutales dans son entourage. et l 'autre un combinard , magouilleur et traître . celles et ceux qui , progressistes et réformateurs , se sont opposés à eux , l 'ont payé de leur réputation , de leur carrière politique ( ROCARD , BALLADUR , SARKOZY ect...ect... et aucun de ces deux personnages " de noirceur d ' âme " ne fut réellement inquiété par la justice FRANCAISE. mais l 'histoire les a jugé parce que adulés hier , ils sont honnis aujourd' hui. ils sont responsables de la déchéance de notre république, nos institutions , de notre industrie , de notre savoir-faire et notre influence dans le monde. ils ont détruit l 'héritage de DE GAULLE
le Gône
- 31/05/2014 - 10:35
les flingueurs de la République...
Plus médiocre Président que Chirac, il y eu Mitterrand...il y aura Hollande..que dire de plus sur une feignasse qui ne fit rien durant ses deux présidences, sinon le lit d'un socialisme imbécile et rétrograde...sa seule préoccupation fut de détruire tous ceux qui pouvait lui faire de l'ombre !! mais comment a-t-pu élire ce grand "con"..c'est ahurissant !!