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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Les Allemands découvrent la réalité européenne et cela ne les enchante pas

Publié le 23 mai 2014
Berlin a essayé de retenir deux informations pour ne pas encourager les eurosceptiques. D’abord, on découvre que les banques allemandes sont en mauvais état pour cause de financement abusif de l’Europe du sud. Ensuite, on s’aperçoit que, finalement, les Allemands souhaiteraient travailler 35 heures ou moins. Pour les partenaires européens, ce ne sont pas forcément de bonnes nouvelles...
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Jean-Marc Sylvestre
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Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Berlin a essayé de retenir deux informations pour ne pas encourager les eurosceptiques. D’abord, on découvre que les banques allemandes sont en mauvais état pour cause de financement abusif de l’Europe du sud. Ensuite, on s’aperçoit que, finalement, les Allemands souhaiteraient travailler 35 heures ou moins. Pour les partenaires européens, ce ne sont pas forcément de bonnes nouvelles...

A trois jours des élections européennes, la presse allemande commence à lâcher des informations que le gouvernement allemand aurait préféré ne pas voir sortir dans l’immédiat.

La première de ces informations porte sur les difficultés du système bancaire allemand. A priori, les banques allemandes sont beaucoup moins solides qu'on ne le pensait : la structure coopérative ou associative de la plupart des établissements financiers, ajoutée à celles qui sont sous statut public, rend opaque leur gestion. Les résultats du système bancaire allemand ne sont pas des plus transparents.

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Plus grave, on sait depuis deux semaines que la banque publique HSH Nord Bank est en grande difficulté et qu’elle aura besoin d’une aide de l’Etat plus importante que prévue : au moins 1,3 milliard d’euros. Cette banque est l’un des acteurs majeurs du financement du transport maritime. Pour les allemands c’est une première surprise : 1,3 milliard d’aides publiques, c’est 1,3 milliard d’impôts en plus. L’opinion publique est allergique au déficit public, allergique à la dépense publique non financée.  Par conséquent, il est hors de question de financer ces aides autrement que par des recettes fiscales supplémentaires. Pour les Allemands, c’est dur à avaler.

La deuxième surprise, c’est qu'à l’occasion de cette déconvenue, les Allemands ont aussi découvert le vrai bilan d’HSH, un bilan bourré de titres d’emprunt d’État. Et de quels Etats, la banque s’est-elle empiffrée ? Elle s’est empiffrée de dette espagnole, grecque, italienne et française...

Troisième surprise pour les Allemands, la presse allemande leur explique désormais que beaucoup d’autres banques allemandes ont acheté massivement de la dette européenne et que c’est peut-être pour cette raison qu'au final, l’Allemagne est, à chaque fois, venue au secours des États en difficulté.

Les Allemands découvrent cette réalité et la digèrent mal. Que l’Allemagne reste dans la zone euro passe encore, mais pas à n’importe quel prix.

Le gouvernement, les directions d’entreprise et les syndicats (vive la cogestion) ont expliqué à l’opinion publique que la zone euro était devenue une vaste zone de marché pour les entreprises allemandes, qu’il fallait donc rester dans l’euro. Mais maintenant à trois jours du scrutin, on vient leur dire que leur épargne est piégée dans la dette des États du Sud incapables de se gérer proprement. Alors trop c’est trop ! Le gouvernement n’ose même plus expliquer les biens faits d’une solidarité financière à l’échelle de l’Europe.

La deuxième information porte sur les 35 heures. Une majorité des Allemands serait d’accord pour travailler 35 heures par semaine (ou moins), contre 40 heures hebdomadaires actuellement. On rêve, ou alors on marche sur la tête !

En fait, les Allemands en ont assez d’être pris pour les banquiers de l’Europe et pour les fournisseurs tout  terrain de la zone euro.

Un, ils refusent de payer pour renflouer des banques. Deux, ils sont prêts à le faire à condition que le système ne soit pas obligé de dépenser son énergie à sauver l’Europe du Sud. A trois jours des élections européennes 70 % des Allemands  viennent  nous dire qu’ils préfèreraient  eux aussi à ne travailler que 35 heures, puisque les autres le font bien. Dans les états-majors de la grosse industrie automobile où l’on travaille 40 heures et plus, la perspective de RTT à la française a fait l’effet d’une bourrasque.

Tout cela n’est pas ce qu’on pourrait appeler de bonnes nouvelles. Si les Allemands ne travaillaient que 35 heures, les autres pays de la zone euro n’auraient plus aucune raison de faire le moindre effort. Cette perspective recule d’autant le moment où la France se sentira prête à revenir sur cette réforme qui a plombé sa compétitivité.

Si les Allemands vivent mal le poids de la dette européenne dans les banques allemandes, ça veut dire que les pays endettés auront plus de mal à trouver des financements surtout au prix actuel. Le prix de notre dette va donc augmenter. La conséquence, c’est que les taux vont s’envoler.

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Ex abrupto
- 13/06/2014 - 16:09
Approxymations Mr Sylvestre!
Si les bques allemandes ont prêté massivement à des pays europeens en difficulté, c'est parce que ça rapportait plus, pas par altruisme (faisant le pari qu'on ne laisserait pas s'effondrer ces pays, pari gagné).
Quant aux 35h, ici ou là bas ce n'est un problème que parce qu'on décidé de les payer 39 ou 40. payez les 35, il ne vous reste qu'à trouver le surplus de main-d'oeuvre (réserve de chômeurs, immigration?) pour maintenir le niveau de production.
2bout
- 21/05/2014 - 22:35
L'Euro fort, une stratégie bien dangereuse.
Puisque objectivement l'Euro est calibré pour sa fonction (la zone Euro a un commerce extérieur excédentaire), et puisque seuls les français exercent des pressions sur la BCE de manière répétée, cette revendication ne peut avoir de sens que par la situation française. On est donc dans une argumentation nationale à des fins électorales nationales : une possible dévaluation (ou quantitative easing dirait Mr Goetzmann) de l'Euro face à une sortie de l'Euro. De cette focalisation sur la monnaie, il restera après les élections le sentiment que nos difficultés économiques sont liés à cette monnaie. C'est aussi destructeur que de courir après les thèses du FN en matière d'immigration ou de patriotisme, mais sans doute beaucoup plus facile que de faire face aux corporatismes. Et ce raisonnement absurde est à distiller auprès de cette matière inerte que nous sommes. Vivement une mise sous tutelle européenne !
2bout
- 21/05/2014 - 18:26
Benvoyons,
depuis des semaines, on nous vend de l'Euro trop fort dans les médias. Tous les médias, depuis la Une de Libération aujourd'hui jusqu'aux rubriques économiques des médias dit "de droite". Dans quel but ? Nous faire croire que c'est souhaitable ou nous faire croire que c'est possible ? Si l'idée est de nous faire croire que c'est possible, alors on nous fait recentrer le vote de dimanche sur les partis europhiles. Mais penser que c'est souhaitable est une illusion. Considérons que les allemands ne soient n'étaient pas réellement affectés économiquement par le renflouement de leurs banques, si pris une nouvelle fois pour des pigeons par une dévaluation qui affecterait l'ensemble des créances qu'ils détiennent à l'égard des pays du Sud, il est probable que l'idée d'un Euromark pour les pays du Nord puisse refaire son chemin (une hypothèse qui séduirait les europhobes, mais qui se traduirait par une catastrophe économique). Mais ce qui est certain, comme le dit Mr Sylvestre, les taux d'intérêts vont exploser si les pays du Sud ne se donnent pas les moyens de rembourser leurs dettes.