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Derrière le gouvernement de combat, les trotskystes à la manœuvre

Publié le 29 avril 2014
"Trotskyste un jour, Trotskyste toujours". Les anciens trotskystes Laurence Rossignol, Julien Dray, Christophe Cambadélis ou encore Benoit Hamon reprennent du galon au sein du gouvernement.
Jean Petaux
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Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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"Trotskyste un jour, Trotskyste toujours". Les anciens trotskystes Laurence Rossignol, Julien Dray, Christophe Cambadélis ou encore Benoit Hamon reprennent du galon au sein du gouvernement.

Atlantico : Laurence Rossignol, Julien Dray, Christophe Cambadélis, Benoit Hamon... les anciens trotskystes semblent être plus présents dans la sphère d'influence socialiste depuis le dernier remaniement. Quel impact cela peut-il avoir sur la politique gouvernementale des prochains mois ?

Jean Petaux : Aucun ! Ma réponse peut sembler rapide et particulièrement péremptoire mais il ne me semble pas que l’appartenance à un parti trotskyste hier conditionne une prise de position aujourd’hui ou un choix politique à venir. Il est de coutume de dire "Trotskyste un jour, Trotskyste toujours". La formule est amusante et a le mérite de souligner la très grande influence qu’a pu avoir sur les individus le fait de militer dans un parti se réclamant de la pensée de Lev Davidovicth Bronstein, dit "Trotsky" ou de l’un de ses nombreux fils spirituels et politiques. Mais en dehors de cela qui relève plutôt de la "socialisation politique" il n’y a rien qui puisse indiquer que les "anciens trotskystes" pensent et agissent à l’identique vingt ou trente ans après avoir "biberonné" aux mêmes textes plus ou moins abscons récités tels des rosaires, des sourates ou des misvot apprises par cœur dans des salles enfumées… Il y a d’autant moins de probabilité pour qu’il en aille ainsi que les "maîtres trotskystes" ayant un génie certain pour couper les cheveux en quatre il existait un nombre assez infini d’interprétations de la pensée fondatrice donc tout autant de traductions dans les actes militants. Encore s’agit-il là d’évoquer le passé de ces dirigeants socialistes. Leurs choix politiques ont considérablement évolué depuis leurs "années trots’". Julien Dray a soutenu Ségolène Royal en 2007, Jean-Christophe Cambadélis a été un des lieutenants de DSK et Benoit Hamon tout en étant proche de Martine Aubry a entretenu sa petite entreprise politique à l’aile gauche du PS en contrôlant le Mouvement des Jeunes Socialistes depuis 20 ans et en ayant commencé sa carrière professionnelle comme assistant parlementaire de Pierre Brana, député PS de la Gironde et l’un des plus proches et fidèles amis de Michel Rocard. S’il y a un point commun entre eux c’est peut-être une très grande plasticité idéologique. Une capacité assez supérieure à la moyenne à comprendre les situations, à en saisir les prolégomènes pour mieux percevoir le champ des possibles, sans laisser passer les occasions. Pour résumer : une vraie aptitude à l’opportunisme.

Christophe Nick, journaliste et bon connaisseur de cette galaxie politique, évoquait en 2002 la surprenante prise d'influence des ex-trotskistes sur le PS, le plus gros des enjeux se résumant alors en une lutte interne entre Julien Dray et Lionel Jospin. Cette influence est-elle aussi importante actuellement ? Est-elle sur le retour ?

Il me semble qu’il faut se garder de tout déterminisme dès lors que l’on s’intéresse aux trajectoires des acteurs politiques et que l’on constitue des "cohortes" à partir de telle ou telle caractéristique commune. En l’espèce ce qui est évoqué ici ce sont des "ex-trotskystes". On conviendra aisément que la catégorie ainsi désignée est assez floue dans ses contours aussi bien temporels qu’idéologiques. Le trotskysme français n’a jamais été un bloc homogène. Pour ne reprendre que les noms que vous citiez dans votre première question ils ont appartenu à des "obédiences" différentes : les deux premiers (Rossignol et Dray) étaient membres de la LCR (Pierre Frank, Alain Krivine, Daniel Bensaïd), le troisième (Cambadélis) de l’OCI (Pierre Boussel dit "Lambert"). Il conviendrait d’ajouter la troisième "branche" de la famille, la plus "communautaire", la plus fermée, LO dirigée par Robert Bracia (dit "Hardy") et dont Arlette Laguiller fut la figure la plus emblématique du fait de ses candidatures répétées à l’élection présidentielle. Vu d’assez loin on peut avoir tendance à confondre toutes ces "chapelles" mais en réalité des haines tenaces et recuites les séparent et les ont toujours divisées. Politiquement, tactiquement, les militants trotskystes cultivent avec beaucoup de soin une paranoïa particulièrement développée qui leur fait voir des flics partout, y compris, naturellement, chez leurs plus proches cousins. Julien Dray, formé à la LCR, ne pouvait par exemple que se méfier de son ainé Lionel Jospin qui a fait son apprentissage chez les lambertistes dans les années 60. Christophe Nick a raison quand il évoque ces luttes intestines mais elles ne datent absolument pas des années 2002. En 1935 - 1936, dans les tensions qui parcourent la SFIO de Léon Blum avant le Front populaire, entre les "pivertistes" et les "néos", entre les "pacifistes munichois" et les "moscouvites" on trouve ces mêmes affrontements particulièrement violents avec des trotskystes dans tous ces "courants". Avec d’autant plus de force que Trotsky est toujours vivant (il sera assassiné au Mexique dans des conditions horribles par un sbire de Staline, Ramon Mercader, le 21 août 1940) et qu’il a séjourné en France deux ans entre 1933 et 1935. Autre exemple, en 1956 quand "Hardy" installe durablement "Lutte Ouvrière" (LO) dans le paysage de l’extrême-gauche française, il le fait contre les "pablistes" et les "lambertistes" (qui ont rompu méchamment en 1952), trop intellectuels à ses yeux, lui qui revendique le développement de la lutte dans les usines. Autant comme on trouvera dans le lambertisme une grande propension à "l’entrisme" (investir des organisations déjà existantes et les noyauter de l’intérieur) : au PS (cas de Lionel Jospin quand il y rentre après 1971), à "l’Ecole émancipée" chez les enseignants, au syndicat "Force Ouvrière" ou encore au "Grand Orient" (principale obédience franc-maçonne pourtant rejetée par Trotsky) ; autant comme cette pratique de "l’entrisme" est totalement contraire à la "praxis" des militants de LO. Je ne pense pas qu’il y ait un retour de l’influence trotskyste tout simplement parce que cette influence elle-même ne me semble pas attestée. Il ne faut pas confondre les outils militants et les potentialités de carriérisme au sein de l’appareil socialiste qu’ont pu apporter à certains dirigeants socialistes actuels des années "d’éducation" au sein des formations trotskystes et le fond de la pensée politique elle-même. Avoir fait ses "classes militantes" à la LCR ou à l’OCI c’est, en quelque sorte, avoir franchi tous les obstacles du "parcours du combattant" d’un long stage commando. Mais ce n’est pas parce qu’on est un excellent "commando" qu’on est forcément Clausewitz ou Sun Tzu et a fortiori penseur du social-libéralisme.

La promotion de ces figures au passé politique marqué très à gauche peut-il être interprété comme "une caution sociale" après le "tournant socio-démocrate" souhaité par Hollande en janvier dernier ?

Si telle est l’intention, elle ne peut avoir été pensée que dans le cerveau d’un trotskyste particulièrement roué et subtile pourrait-on dire en pratiquant le second degré.  Plus sérieusement il est clair que cela n’aurait aucun sens. Pour trois raisons au moins : 1)  les Français se moquent comme de leur première barbotteuse de savoir si les mesures de rigueur et d’austérité actuelles sont "cautionnées" par des dirigeants socialistes qui ont été très à gauche quand ils sortaient de l’adolescence ; 2) les électeurs qui ont voté François Hollande en mai 2012 auront l’occasion d’y voir une trahison supplémentaire de la part de ceux qu’ils ont portés au pouvoir ; 3) l’Histoire regorge d’exemples où les "pseudo-promotions" destinées à rallier telle ou telle faction se sont révélées totalement "improductives" et se sont réduites à de pures mises en scène quand ce ne furent pas de simples "débauchages". En réalité c’est plus dans le choix rationnel de tel ou tel acteur qu’il me semble que l’on peut trouver des explications. Benoit Hamon a accepté le poste de ministre de l’Education nationale parce qu’il sait qu’il va pouvoir "déminer" le dossier des rythmes scolaires (il vient de commencer fort intelligemment à le faire avec le soutien du principal syndicat corporatiste) et que cette action pourra lui servir dans une étape suivante. C’est tactique et c’est plutôt bien vu.

Plus largement, on évoque souvent l'influence des anciens trotskistes en France, de Lionel Jospin au journaliste Edwy Plenel, en passant par l'ancien patron de Charlie Hebdo Philippe Val. Comment expliquer qu'un tel mouvement ait pu générer des destins aussi différents à un tel niveau d'influence (médias, politiques, culture...) ?

Edwy Plenel, dans un livre témoignage sur "son" trotskysme intitulé "Secrets de jeunesse" évoque l’évolution qui mène de la révolution à une sorte de réformisme lyrique. S’il est resté trotskyste c’est plus dans sa "manière de faire" (une vraie passion pour les "affaires", les contacts avec la police, la constitution de dossiers, la volonté de "révéler" et sans doute aussi une cosmogonie plus fondée sur la sociologie du soupçon que sur le personnalisme) que dans une quelconque pensée politique progressiste. Churchill dans une fulgurance dont il était coutumier a dit un jour : "Etre de droite à 20 ans c’est ne pas avoir de cœur, être de gauche à 40 ans c’est ne pas avoir de tête". Donc on peut concevoir avec lui qu’il y eut bien, aussi, un effet générationnel. Pour autant la liste de ceux qui "l’ont été" (trotskyste) semble illimitée en France. De Bernard Murat (théâtre) à Cornelius Castoriadis ou Claude Lefort (Socialisme et Barbarie) en passant par Edgar Morin ou Gilles Martinet (qui finira ambassadeur de France à Rome) ou encore par Sylvain Cypel ou Laurent Mauduit (Le Monde), Pierre Marcelle (Libé) ; du cinéma (Alain Corneau, Bertrand Tavernier) aux acteurs (Alex Métayer – qui côtoya Lionel Jospin dans les rangs de l’OCI - ; Delphine Seyrig) ou encore aux universitaires (l’historien Benjamin Stora) ou aux romanciers (Patrick Gofman), on y trouve souvent les plus brillants, toujours les plus convaincus. Dans le courant des années 60 ils vont néanmoins subir la rude concurrence des "maos" et autres "spontex" dont les listes de futurs "grands noms" rivalisent en densité. Avec "l’effet plus JP-Sartre" en tête de gondole debout sur son bidon devant les grilles de Billancourt, ce que les "Trots" n’auront pas eu.  Pour autant ce formidable creuset constitue-t-il encore un réseau ? Rien n’est moins sûr. Le culte du secret (n’oublions jamais que les Trotskystes se sont construits dans la clandestinité face à Staline et à ses tueurs en URSS ou à ses "épurateurs" dans les partis communistes où la simple et traumatisante exclusion tenait lieu de Goulag…) ; parfois le désenchantement pour ne pas dire la désillusion ; la prise de conscience de choix politiques totalement stupides aux conséquences quelques fois tragiques (le comportement de certains d’entre eux après juin 1940 quand d’autres furent d’authentiques Résistants) ; tout cela n’incline pas à reconstituer des réseaux forts. A tout le moins pourra-t-on parler d’une forme de connivence en souvenir des années d’une jeunesse perdue.  Il n’en demeure pas moins que nombre d’entre eux sont devenus des dirigeants aujourd’hui. A y regarder de plus près ce n’est guère étonnant. Ils furent souvent des étudiants dans les années 70 (il y en avait encore assez peu en France – à peine plus de 200.000 en mai 68) ; ils étaient très au fait des évolutions sociologiques et politiques de la société française ; ils s’engagèrent souvent très tôt dans les "NMS" (les "Nouveaux mouvements sociaux") fort bien étudiés par Alain Touraine à l’époque ; ils étaient furieusement Parisiens et Jacobins… Rien d’étonnant à ce qu’ils réussirent souvent leur "entrisme" dans les lieux de décision. Après tout ils avaient été entrainés à cela. Mais, dans l’histoire, dans leur histoire, il n’est pas interdit de se poser la question de ce qu’il est advenu de leurs convictions. A moins que le trotskysme, dans son essence, ait été plus une pratique qu’une pensée politique. Et que la manière de faire et d’agir ait tenu lieu de conviction.

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Commentaires (23)
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gwenola
- 30/04/2014 - 09:49
pas honte de s afficher trotskiste enfin ex soi disant
mais avec toujours les memes idees, l faucille et le marteau ancres dans leurs petits cerveaux, ils n aiment pas l argent mais pourtant vivent dans les ors de la republique et ont toutes et tous un bon compte en banque, la nomenklatura communiste responsable de 20 millions de morts a travers le monde , bonjour la honte a leur place je ne m en vanterai pas ! enfin a mon humble avis vu leurs capacites ils vont bientot pourvoir rejoindre leurs placards d antan la france n aiment plus le communisme la dictature ne marchera pas meme implantee a petites doses dans le cerveau des français des la maternelle par ce gouvernement de nazes
anakyn
- 30/04/2014 - 08:38
Les trotskystes
encore enclins à nier les quelques 200 millions de morts du communisme !
.
Des révisionnistes, en somme !
MauvaiseFoi
- 30/04/2014 - 06:50
Trotskisme : la peste rouge
Ne cherchez pas plus loin.
70 ans de noyautage efficace en grande partie responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Spécialité : le camouflage.