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Tensions Russie-Occident : l'Iran, cet atout très dangereux que Poutine pourrait jouer plus vite que prévu

Publié le 11 avril 2014
Les Etats-Unis s'inquiètent d'un possible accord pétrole contre nourriture entre la Russie et l'Iran, qui ne serait "pas compatible" avec le régime de sanctions frappant Téhéran. L'occasion pour Vladimir Poutine de rappeler qu'il dispose d'un atout supplémentaire dans le rapport de force constant entre les Etats-Unis et la Russie.
Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches...
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Thierry Coville
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Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches...
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Les Etats-Unis s'inquiètent d'un possible accord pétrole contre nourriture entre la Russie et l'Iran, qui ne serait "pas compatible" avec le régime de sanctions frappant Téhéran. L'occasion pour Vladimir Poutine de rappeler qu'il dispose d'un atout supplémentaire dans le rapport de force constant entre les Etats-Unis et la Russie.

Atlantico : L'Ukraine est le point chaud des tensions entre Occident et Russie. Pour autant, ce fut un temps l'Iran, qui a parfois été instrumentalisé. Comment la Russie pourrait utiliser ce désaccord qu'est l'Iran pour faire pression sur l'Occident ? Quel est le rôle des missiles S-300 ?

Thierry Coville : A en croire l'Occident, il est impossible de vendre ou d'acheter des armes à l'Iran, en raison des sanctions économiques qui frappent le pays. C'est ce qui avait été rétorqué tant par l'Europe que les Etats-Unis, après que l'Irak ait annoncé avoir réalisé une transaction d'ordre militaire avec l'Iran. Tout échange d'arme est en effet prohibé. Il n'empêche que la Russie a régulièrement brandit le spectre d'une vente de S-300 à l'Iran, durant les crises qu'on a pu traverser ces dernières années.

En fait, tout rapprochement entre la Russie et l'Iran est une manière, pour Vladimir Poutine, de rappeler qu'il dispose d'un atout supplémentaire dans le rapport de force constant entre les USA et la Russie. Le simple fait d'évoquer ce contrat représente donc un moyen de pression à part entière. Il est par ailleurs évident que si la Russie concluait effectivement un accord tel, il donnerait lieu à des tensions entre les Etats-Unis et la Russie. C'est inévitable. Avant la crise ukrainienne et pendant tout un temps, la Russie a joué la carte iranienne dans son ensemble, dont le nucléaire n'est qu'un aspect. Le "dossier Iran" pouvait être considéré comme un atout de la Russie qui, dans ses relations avec les Etats-Unis, pouvait se servir de sa proximité avec l'Iran et faire valoir ce point lors de différentes négociations. Néanmoins, la situation est sans doute plus nuancée aujourd'hui. Notamment en raison de l'accord de Genève de novembre 2013. Cet accord, signé par la Russie, vise à régler la crise iranienne, qui dure depuis près de 10 ans et le problème du nucléaire au travers du principe de négociation. Il peut effectivement y avoir des tensions Russie-Occident autour de l'Ukraine, cependant le Kremlin s'était engagé dans cet accord, et le revendique finalement. Il cherche également une sortie de cette crise qui secoue l'Iran depuis des années, même s'il souhaiterait une sortie à sa façon.

Russie et Iran se sont effectivement accordés sur une question de troc, à propos de barils de pétroles iraniens et de biens russes, mais la Russie n'a jamais exprimée le désir de remettre en question ou de torpiller, au travers de ce contrat, les accords internationaux sur le nucléaire. Ca ne signifie pas que ce troc n'aurait pas d'impact – l'Iran qui exporte 500 000 barils quotidiennement contre de l'armement Russe et la construction d'une nouvelle centrale nucléaire… – et remettrait probablement en question les Accords de Genève de 2013. Aujourd'hui, les sanctions contre l'Iran partiellement levées, mais l'essentiel reste. Ce qui signifie que le pays ne peut pas exporter plus de 50% de son plafond d'exportations pétrolières. A partir de là, ce troc Irano-Russe remet en cause les principes énoncés à Genève l'an passé. Du point de vue Occidental, l'attitude de la Russie peut sembler particulièrement ambiguë.

D'un autre côté, les Russes tiennent une position de principe : ils respectent les sanctions multilatérales prises par l'ONU, ne serait-ce que parce qu'ils les ont votés. Ce qui n'est pas le cas des sanctions bilatérales prises par les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Européenne, qui ont conduit l'Iran à devoir réduire ses exportations. La Russie ne juge pas ces sanctions comme étant légales, et peut s'abriter derrière cet élément : ils n'ont jamais été partisan de ces sanctions. Ce qui est certain, c'est que tout est question de rapport de force. Européens et Américains peuvent considérer que la conclusion d'un tel accord entre la Russie et l'Iran donnerait la possibilité à ce dernier d'exporter plus et donc remettrait en cause l'accord signé. Ce qui provoquerait bien évidemment plus de tensions qu'on en connait déjà aujourd'hui.

Dans quelle mesure Vladimir Poutine pourrait-il avoir intérêt à rappeler cette carte qu'il a dans sa manche à l'Occident ? Que gagnerait-il à la jouer dès à présent ou dans un futur proche ?

Tout du long des négociations sur le problème du nucléaire, l'impression que deux camps s'opposait a persisté. Depuis l'élection de Mahmoud Ahmadinejad, on a assisté à un rapprochement Occidental sur la position – dure – à adopter vis-à-vis de l'Iran. C'est pourquoi ils ont voté des sanctions bilatérales, en plus des sanctions multilatérales qui ont été votées également par la Chine et la Russie, lesquelles ont toujours annoncé vouloir régler le conflit avant tout par la négociation. On peut légitimement penser que cette alliance entre la Russie et l'Iran, qui se traduit via les échanges d'armements et les positions adoptées en Syrie entre autres, représente un atout dans le bras de fer avec les Etats-Unis.

Téhéran permet donc d'influer sur le rapport de force entre Moscou et Washington. Pour autant, aujourd'hui, les négociations se passent plutôt bien et l'accord intérimaire a été respecté, ce qui mène à des pourparlers en vue d'un accord final et définitif. Accord auquel tout le monde a intérêt : je doute que les Russes aient la moindre envie de lui mettre du plomb dans l'aile. Se servir de l'atout que représente l'Iran aujourd'hui me parait mal choisi, à moins d'être vraiment finement calculé.

Il est également possible de penser que cet accord Irano-Russe survient à un moment pareil, au lendemain d'une crise en Ukraine de façon volontaire. Cela peut effectivement sembler ne pas être anodin, et pour cause, c'est une façon pour l'Iran de montrer qu'il n'est pas isolé et que la politique de sanction Occidentale ne fonctionne pas aussi bien que les Etats-Unis et l'Europe pourrait l'espérer.

 

Outre l'aspect purement militaire d'échanges entre Moscou et Téhéran, il y a aussi celui de l'économie et du nucléaire. En contribuant à ces échanges le Kremlin ne risque-t-il pas de "couler" l'initiative occidentale d'isolement de l'Iran ? Concrètement, qu'est-ce que cela signifierait sur le plan diplomatique ?

C'est très clair, effectivement. L'accord de troc donne la possibilité à l'Iran d'exporter plus, et s'il y a des arguments juridiques en faveur des Russes, ça pourrait aisément être pris par les Occidentaux comme un coup de canif dans les accords de Genève. De toutes les façons, vendre des armes à l'Iran dans le cadre d'un contrat de cette ampleur sera nécessairement et indubitablement interprété par les Etats-Unis. Cela va à l'encontre de leur volonté d'isoler l'Iran, et ce faisant la Russie contrecarre les intentions américaines, ce qui impose d'office un rapport de force entre deux anciens rivaux. Et si ça ne remet pas forcément en cause les accords de Genève, ça reste foncièrement limite : la Russie peut commercer avec l'Iran, mais elle doit faire attention à bien exploiter les failles juridiques des accords de Genève pour ne pas franchir la ligne rouge de ce traité auquel, finalement, tout le monde tient.

Les sanctions qui peuvent être levées contre l'Iran ont été décrites très précisément, et sont fonction de la volonté Iranienne à réduire l'enrichissement d'uranium à 5% au maximum. Cependant, tant qu'il n'y a pas d'accord final, l'ensemble des autres sanctions persistent. Le montant des exportations de l'Iran, en pourcentage de son plafond, ne doit pas dépasser 50%. Ce que cet accord avec les Russes risque de compromettre. Diplomatiquement, les Occidentaux pourraient décider de ne pas respecter leurs engagements également et cesser toute négociation.

Si l'Iran "entre en jeu", la situation ne serait-elle pas défavorable aux Occidentaux dans tous les cas ? L'apport en gaz que pourrait représenter l'Iran pour l'Europe permettrait surement de s'affranchir de la Russie, mais à quel prix ?

L'Iran n'a jamais véritablement développé des canaux d'exports vers l'Europe. On est en loin : son premier client est la Turquie. Néanmoins, si jamais cet accord sur le nucléaire est mené à terme, l'Europe aurait certainement un intérêt – sans rompre l'isolement, puisque l'accord aurait été mené au bout – à trouver en l'Iran un nouveau fournisseur de gaz naturel. Si cela prendrait du temps, puisqu'aucune infrastructure n'existe à présent, c'est néanmoins une perspective qui prend une résonance particulière quand on réalise que la dépendance européenne au gaz de Russie pose des problèmes d'ordre diplomatique.

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taramis
- 12/04/2014 - 09:02
DORMEZ TRANQUILLES CITOYENS
Si Putin croit etre le maitre du monde, quelques esprits éclairés,ca existe, que ce soit au cœur de la diplomatie Russe ou de l'appareil militaire lui rappelleront que l'Ukraine ne mérite pas de prendre le moindre risque de confrontation est ouest pour ce pays.
pave777
- 11/04/2014 - 14:35
@ le vengeur masqué en deuil et inquiet
Les boys décérébrés, qui tirent sur tout ce qui bouge, civils innocents ou résistants des pays envahis par les ricains, sont destinés à crever au service des multinationales et de l'ordre mondial, qu'ils en crèvent et c'est très bien, ça fera moins de cons sur terre ! Et, pendant que les Ukrainiens, sont dépossédés par les ricains ( bienvenu en Occident, mes frères ! ), l’Amérique poursuit ses provocations en envoyant un navire de guerre en mer Noire « en réponse à la situation ukrainienne », mais aussi en déployant des F-15 et des F-16 en Pologne et dans la Baltique pour verouiller dans l’espace aérien. Washington offre aussi de protéger militairement l’Arménie et l’Azerbaïdjan, terres d’exercices militaires pour la Russie. Les États-Unis agissent comme si l’Ukraine était déjà membre de l’OTAN. En fait, Washington, qui veut toujours sa guerre, entend y parvenir par des provocations. De plus, les vingt-huit ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont choisi (pour satisfaire l’oncle Sam) de suspendre toute forme concrète de coopération civile et militaire avec la Russie ! c'est bien nous qui avons hébergé l’ayatollah KHOMEYNI ? de quoi se plaint on ? des barbus ? amusant !
le vengeur masqué
- 11/04/2014 - 13:55
et l'irak
Expliquez comment se fait il que le plus grand gisement de pétrole d'irak a ete négocié avec les russes ,la semaine passée ,c'est bien la peine de faire la guerre en Irak ,faire tuer les boys pour en arriver là.Continuer à ne pas voir la réalité en face,à croire que la russie est un pays africain,le réveil pour nous va être sacrément rude!,et pour l'europe an général.