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Prospective de la couleur

Qui décide des couleurs stars et de ce qu’elles nous disent

Publié le 17 mars 2014
Chaque année, nous avons droit à la révélation de la couleur phare qu’il faudra absolument porter, sans réellement savoir pourquoi. Décryptage de la manière dont les tendances couleurs se forment et comment elles marquent notre histoire et notre quotidien.
Olivier Guillemin
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De la mode au design, Olivier Guillemin a toujours évolué dans l’Univers de la création : de ses études de mode au Studio Berçot, jusqu’à la création de l’agence de design et d’architecture [o,o], avec Olivier Védrine en 2001. Il préside le Comité...
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Chaque année, nous avons droit à la révélation de la couleur phare qu’il faudra absolument porter, sans réellement savoir pourquoi. Décryptage de la manière dont les tendances couleurs se forment et comment elles marquent notre histoire et notre quotidien.

Atlantico : Comment expliquez-vous le cycle des tendances des couleurs ?

Olivier Guillemin : Il y a des courants de tendances des couleurs, ce que j’appelle des micro-tendances. Une couleur va être mise en avant par les distributeurs, par les marques, mais on peut difficilement parler de cycle, car comparé à la mode il n’y a pas eu de répétitions. Dans la mode il y a des retours de style comme le vintage par exemple. Le retour de la couleur aujourd’hui n’est pas le même que dans les années 60 ou 70, tout dépend de la couleur et de la matière. C’est plus sporadique, ce ne sont pas vraiment des cycles, je parlerais davantage de grands courants.

Dans les années 80, il y a eu la marée noire qui a envahi la mode, le noir était tout puissant. Dans les années 2000, nous avons assisté à une envie de plus de positivisme. En effet, en 2000, c’est le nouveau millénaire, la couleur est revenue comme très importante car elle était le symbole d’un renouveau. En général, la tendance prend place au travers des marques plus élitistes et pointues et cela redescend et se démocratise. Nous pouvons néanmoins souligner une évolution. Dans les années 70, il y avait moins d’indépendance, tout le monde suivait une seule et même mode. Aujourd’hui, nous suivons plusieurs modes.

Pour revenir à la tendance, prenons l’exemple du vert qui a été une vedette en 2000 car la société présentait un engouement pour l’écologie, alors qu’auparavant porter du vert était très mal vu. Ce sont des macro-tendances.

Cette saison, Pantone dit que la couleur de l’année c’est le radiant orchide, un mauve violet. Parallèlement à cela, certains magazines vont dire que c’est le bleu et il y a trois jours un autre magazine disait que c’est l’orange qui prime. Ce sont des micro-tendances qui sont relèvent du marketing. Les gens ont besoin de savoir qu’il y a une tendance et qu’il faut la suivre alors qu’en fait plusieurs tendances s’entremêlent.

Qui décide de la couleur du moment ?

Tout dépend si c’est la couleur qui se vend ou la couleur qui se présente. Pour celle qui se vend, ce sont le marché et les consommateurs qui la déterminent. La couleur du moment, c’est assez partagé. Il y a des institutions comme la notre, le Comité français de la couleur, qui mène une réflexion plus libre et qui essaye d’être la plus pointue sur les couleurs. Les acteurs les plus importants sont des salons comme première vision, un salon de textile et qui a lieu dans plusieurs pays. C’est le salon qui influence le marché, car ce sont les matières et textiles qui sont vendus dans le monde entier. Il y a également les bureaux de style qui donnent l’information à leurs clients. Les médias, les événements culturels comme une exposition, la télévision, sont aussi des acteurs déterminants.

Tous ces éléments orientent le choix des couleurs favorites.

En quoi les tendances sont-elles éphémères ?

Il y a des tendances à long terme même si on pense qu’elles sont éphémères. On va donner l’impression qu’elles sont éphémères par des manipulations, mais en réalité il n’y a pas de révolutions, ce sont davantage les matières qui changent, mais en 20 ans, la manière de s’habiller n’a pas réellement évolué si nous comparons au grand bouleversement qu’il y a eu entre les années 60, 70 et 80.  

On rend ces tendances éphémères pour dynamiser le marché, pour créer du besoin ; c’est le principe de la mode, tout ce qui est à la mode se démode.

  1. La couleur, obéit-elle à des règles/lois sociologiques et/ou culturelles ?

Tout à fait, même si cela a beaucoup évolué. Quand j’étais plus jeune, fin des années 80, c’était mal vu de s’habiller en noir. C’était la couleur du deuil et du conformisme ou du smoking. Cette couleur s’est démocratisée dans les années 90. C’est valable également pour le vert, sa connotation était le malheur, on ne mélangeait pas le vert avec le bleu, c’était interdit. C’était le poids des traditions qui remontent au Moyen-âge et puis finalement au fil du temps, le vert a été accepté.

Prenons aussi l’exemple du rose et du bleu qui crée le clivage entre les filles et garçons, cela remonte aux années 50. Avec le monde gay, le rose est revenu comme signe de revendication et avec le mariage pour tous c’est la couleur de Frigide Barjot !

La mondialisation a joué un rôle dans le changement. Les marques sont partout avec le même produit, il y a une globalisation des tendances. Mais il reste des mœurs culturelles comme le blanc au japon, couleur du deuil même si les mariés ont pris l’habitude de se marier à l’occidentale. C’est dans l’ADN des tendances, toutes ces histoires. Les couleurs sont chargées de symboles, de signes caractéristiques d’une société. Au 18ème siècle, le noir était la couleur de la richesse car c’était difficile d’avoir du noir et les pauvres étaient en gris. Le noir, c’était le contraire de l’Ancien régime, il était chatoyant. Au 19ème siècle, quand il y a eu l’explosion de la société bourgeoise et industrielle avec des grandes réussites, porter du noir, c’était une manière de se marquer. C’était la couleur de la rigueur qui est devenue peu à peu une rigueur de l’élégance.

Les robes noires pour le soir mériteraient un sujet à elles toutes seules. Au milieu du 19ème siècle, les courtisanes se mariaient avec des hommes plus vieux et devenaient donc veuves très jeunes. Elles devaient trouver des remplaçants, elles customisaient leurs robes de veuves noires en les rendant très décolletés, c’est à partir de là qu’on a vu de très belles femmes en robe noir pour sortir. Et puis Gabrielle Chanel a créé la petite robe noire pour être à contre-courant du couturier très célèbre Poiret qui faisait des créations avec des couleurs chatoyantes. Elle a eu l’envie de créer une robe noire appelée Ford, en référence aux voitures de Ford qui étaient noires.  

La couleur influence les comportements, c’est une certitude. Il y a beaucoup d’histoires économiques, politiques et culturelles reliées.

  1. Existe-t-il des couleurs exclues du cycle des tendances ?

Il y a tellement de couleurs que certaines n’auront pas de succès. Les couleurs ratées ne fonctionnement pas. Ce n’est pas facile de faire une jolie couleur. Les couleurs moches sont exclues de l’âme de l’esprit des tendances. Mais par principe, la mode change et quand on fait ces métiers là, on ne s’interdit rien. Utiliser du noir avant les années 80, cela ne se faisait pas, on se faisait taper sur les doigts. Il y a des couleurs plus difficiles, mais par moment la mode est assez perverse et elle aime faire passer un moutarde ou un caca d’oie. C’est impossible de dire que des couleurs n’existeront pas.

  1. En quoi les "tendances couleurs" influent-elles sur la consommation et les comportements ? 

On peut dire que c’est le contraire. Ce sont les comportements et la consommation qui vont influencer les tendances couleurs. Il y a un va et vient, ce n’est pas dogmatique. On n’impose plus des tendances, on les propose aujourd’hui. Elles sont moulinées par le marché pour voir si elles fonctionnent. Les couleurs permettent de stimuler l’acte d’achat. Des harmonies réussies vont capter et séduire des consommateurs potentiels, à savoir des boutiques et distributeurs. La couleur a un impact, elle interpelle. La couleur s’est démocratisée, elle est plus accessible. Cela a facilité les choses. Elle a un rôle, celui de rendre le monde plus gai. La couleur a une mission très positive, celle de permettre un environnement plus agréable, plus serein. C’est pour cette raison que la couleur a une place importante aujourd’hui dans un monde de moins en moins évident.

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Baskerville
- 17/03/2014 - 10:55
Annoncez la couleur
Les bureaux de tendances commencent par regarder la rue et repérer les gens qui innovent en portant des choses différentes. Ils transforment cela en tendance et informent les magazines de mode, qui répercutent. Une tendance est donc un avis partagé par au moins trois rédactrices de mode. À chaque saison il y a une ou plusieurs nouvelles tendances, ce qui permet de continuer à vendre. C'est le principe même de la mode : c'est ce qui se démode.