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Warren Buffet s'inquiète du risque de déstabilisation de l'économie que représentent les systèmes publics de retraite.
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Les systèmes de retraite des pays développés sont-ils en train de préparer la prochaine crise économique mondiale ?
Publié le 10 mars 2014
Warren Buffett, dans sa lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway, s'est inquiété du risque de déstabilisation de l'économie que représentent les systèmes publics de retraite. Faut-il y voir le ferment d'une prochaine crise ?
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Warren Buffett, dans sa lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway, s'est inquiété du risque de déstabilisation de l'économie que représentent les systèmes publics de retraite. Faut-il y voir le ferment d'une prochaine crise ?

Atlantico : Warren Buffett s'inquiète du risque de déstabilisation de l'économie que représentent les systèmes publics de retraite, dans sa lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway (ici) (et là). Faut-il y voir le ferment d'une prochaine crise dans les pays développés ? Quels en sont aujourd'hui les éléments précurseurs et quels en seraient les éléments déclencheurs ?

Philippe Crevel : La crise des retraites a certainement déjà commencé. En effet plusieurs signes semblent prouver que le vieillissement de la population modifie en profondeur les équilibres économiques. Le Japon qui est un des pays les âgés du monde en fournit la preuve. Depuis plus de vingt ans, ce pays est entré dans un cycle déflationniste. La montée de l’endettement, la diminution de l’investissement accompagnent l’augmentation du nombre de retraités. L’Europe, dont une dizaine de pays sont en contraction démographique, connaît les mêmes problèmes avec une croissance faible, une diminution forte des gains de productivité et un endettement croissant. Pour le moment, les Etats-Unis, avec une population plus jeune et une immigration importante, échappent aux affres économiques du vieillissement.

Néanmoins, nul n’échappera dans les trente prochaines années à la contrainte démographique. En effet, tous les pays, pays émergents compris, devront faire face à une stagnation de leur population active et à l’irrésistible augmentation des personnes de plus de 60 ans.

Conscientes de cette menace, les autorités chinoises ont été obligées d’assouplir la règle de l’enfant. La crainte de la Chine est de devenir vieille avant d’être riche.

Le dernier continent concerné par le vieillissement sera l’Afrique qui amorce seulement sa transition démographique. Il faut souligner que justement l’Afrique décolle économiquement avec pour certains pays subsahariens des taux de croissance de plus de 7 % l’an du fait des matières premières mais aussi de l’abondance de sa population active.

Le lien démographie et croissance est très fort. Jusqu’au 18ème siècle, la croissance annuelle de l’économie mondiale ne dépassait que très rarement 0,5 %. Son passage progressif à 1 %  au 19ème siècle puis à 2 % au 20ème siècle pour aboutir au 3 % de ce début de 21ème siècle, est intimement lié à la progression exponentielle de la population. De 1700 à 2014, le nombre d’habitants s’est élevé de 1 à 7 milliards d’habitants. D’ici 2060, la population devrait atteindre son maximum autour de 10 milliards d’habitants avant d’amorcer une décrue. Si jusqu’à maintenant, la diminution de population était des accidents occasionnées par des guerres, des famines ou des épidémies, la prochaine devrait être la conséquence d’un choix collectif, la réduction de la natalité et du vieillissement avec une augmentation sans précédent de l’espérance de vie. N’oublions pas que sous Louis XV, l’espérance de vie du Français était de 35 ans, elle est aujourd’hui de plus de 80 ans. A l’échelle mondiale l’espérance de vie à la naissance est passée de 20 à plus de 66 ans de 1950 à 2013.

Le vieillissement se traduit également par l’augmentation de l’âge médian, (l’âge qui divise en deux parties égales la population, la moitié a plus que cet âge et donc la moitié a moins que cet âge) qui passera de 28 ans aujourd’hui à plus de 38 ans en 2050 à l’échelle mondiale. Pour les pays développés, l’âge médian qui était de 29 ans en 1950 atteint déjà, aujourd’hui, 38 ans. Il atteindra près de 46 ans en 2050. Du fait du maintien d’un fort volant d’immigration et d’une natalité plus dynamique, l’âge médian serait, en Amérique du Nord, de 41 ans en 2050 contre 47 ans en Europe.

La conséquence première et bien connue de cette révolution démographique est la montée en puissance des charges générées par le vieillissement. Les dépenses de retraite mais aussi celles liées à l’assurance-maladie et à la dépendance progressent à grande vitesse dans les pays développés. Une part croissante de la richesse nationale est consacrée aux retraités. Certes, du fait de la réduction du nombre de jeunes, les dépenses scolaires devraient être amenées à baisser mais ces économies ne compensent pas de loin le surcroît de dépenses. D’ici 2030, les pays occidentaux devront consacrer entre 30 à 33 % de leur PIB aux dépenses liées aux retraité contre 25 % actuellement. Une telle ponction a obligatoirement un impact économique et social qu’il est encore difficile de mesurer. Warren Buffett a raison d’alerter l’opinion publique sur ce sujet qui constitue une bombe à retardement.

Selon quels mécanismes cette crise se propagerait-elle ?

La bombe des retraites est une bombe à fragmentation. L’effet financier direct est le plus connu mais elle modifie tout le processus de production économique.

Le vieillissement mine l’équation même de la croissance économique qui repose sur trois variables, le travail, le capital et le progrès technique.

Le travail, par raréfaction de la population active, sera plus rare et donc plus coûteux. En outre, pour financer les dépenses de retraite, il faudra relever les cotisations directes ou indirectes sur le travail ce qui ne fera qu’accroître son coût. Les éléments les plus brillants et les plus jeunes seront incités à s’expatrier dans des pays ayant des coûts publics plus faibles.

Le capital sera également atteint et cela à plusieurs niveaux. En effet, une population vieillissante n’aime pas le risque et privilégie les placements garantis au détriment des actions par exemple. Le désendettement est privilégie en lieu et place de l’investissement. En outre, dans les prochaines années, les retraités seront amenés à vendre une partie de leur patrimoine pour maintenir leur pouvoir d’achat. Les fonds de pension devront faire de même pour payer les rentes à leurs clients. Il en résultera des cessions croissantes d’actifs financiers ce qui en fera baisser la valeur. Ce cycle baissier ne devrait pas inciter les investisseurs à placer leur argent sur le marché actions. De ce fait, les entreprises devront pour attirer des capitaux les rémunérer plus fortement.

Le progrès technique risque également d’âtre handicapé par le vieillissement. Il est, en règle générale, l’apanage des sociétés jeunes. Le rejet du risque et de l’innovation caractérise les économies européennes : le principe de précaution à la française en est le symbole le plus criant.

Les retraites peuvent miner durant des années les fondements mêmes de nos économies en déstabilisant à la fois le circuit productif mais aussi et surtout le circuit financier. Compte tenu de l’ampleur du passif social et du niveau actuel d’endettement de nombreux pays, les années 2020 /2040 constituent peuvent être celles de tous les dangers si de nouveaux moteurs de croissance ne sont pas trouvés.

Quelles en seraient les principales conséquences concrètes sur les économies développées ?

Le dossier des retraites peut accélérer le déclin des économies développées par le simple fait qu’elles sont les premières à être touchées par le vieillissement. Selon une étude réalisée par l’ONU, le poids de l’Europe reculerait de près de 12 points dans le PIB mondial d’ici 2050. En Asie, le poids économique du Japon sera divisé par deux en passant de 10 à 5 % du PIB mondial. Les Etats-Unis devraient résister économiquement du fait de leur fort taux de fécondité et de l’immigration. Du fait d’une augmentation des charges et d’une croissance faible, le PIB par habitant pourrait diminuer en Europe de manière structurelle.

Ce déclin pourrait être alimenté par l’engagement d’un cycle déflationniste. Le rejet du risque et la dépréciation de la valeur des actifs financiers et immobiliers pourraient dissuader les entreprises comme les ménages d’investir. En effet, un investissement qui perd de la valeur avec le temps n’en est plus un d’autant plus que la stagnation ou la diminution de la population ne garantissent pas l’augmentation de la demande. Or, faute d’investissement, pas de croissance et sans croissance, la possibilité de financer des dépenses sociales en augmentation est plus que problématique.

Sur un plan social, la question des retraites peut accroître les inégalités. Parmi les retraités, il y aura ceux qui auront réussi à se constituer un patrimoine en le mettant autant que possible à l’abri de la déflation et ceux qui devront vivre avec des pensions mal revalorisées. Le taux de pauvreté des plus de 60 ans qui avait baissé ces cinquante dernières années pourrait augmenter.

Au niveau des actifs, avec le renchérissement du coût du travail et le sous-investissement, il y a un risque que le taux de chômage se maintienne à un niveau élevé. Certes la main d’œuvre sera plus rare mais l’exigence de productivité sera plus importante afin de compenser le coût des charges sociales.

De quels moyens dispose-t-on pour éviter qu'une telle crise ne se produise ?

En économie, le pire n’est jamais certain. Il est assez facile d’être un oiseau de mauvais augure que de trouver des solutions pour contrarier le destin. Néanmoins, la force de l’économie capitaliste se situe dans sa capacité à s’adapter en permanence en trouvant en permanence de nouvelles voies de croissance.

Il faut trouver un cocktail qui améliore le taux de croissance. Il faut jouer sur tous les curseurs même si celui de l’innovation et des gains de productivité est certainement le plus efficace.

La première arme à disposition des gouvernements est de réduire le nombre de retraités et d’accroître par voie de conséquence la population active. La quasi-totalité des Etats occidentaux ont reporté l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans ou au-delà. Il est également possible de recourir à l’immigration. L’Allemagne a accueilli ainsi, en 2013, plus de 300 000 immigrés.

La deuxième arme consiste à réduire les transferts financiers vers les retraités. Ce moyen a été utilisé par tous les gouvernements. En France, le taux de remplacement des pensions (ratio entre les pensions et les revenus d’activité au moment de la cessation d’activité) perdra de 10 à 20 points d’ici 2030.

La troisième arme a pour objectif de réduire le coût du travail afin de maintenir la compétitivité et développer les exportations. L’Allemagne utilise, avec efficacité, cette arme. Les autorités allemandes ont, à compter de 2003, pris ou plutôt repris le parti de la maîtrise du coût du travail afin de maintenir la compétitivité allemande et de réduire la demande intérieure.

La quatrième arme pourrait être le développement de l’épargne retraite afin d’améliorer le niveau de vie des futurs retraités tout en drainant une partie de l’épargne collectée vers les entreprises. Pour être efficace, l’épargne collectée ne doit pas être affectée exclusivement au financement de la dette publique.

Mais au-delà de ces armes traditionnelles, la solution passe par un choc de productivité. Sans cela, la croissance sera obligatoirement entamée.

Le défi technologique est donc crucial tant pour financer le surcroit de dépenses que génèrera le vieillissement de la population (urbanisme, retraite, santé, dépendance) et pour faire face à la diminution de la population active.

Les robots, l’interconnexion des objets, la gestion de milliards de données par des systèmes informatiques, les nanotechnologies, les biotechnologies, la recherche génétique ouvrent des champs de croissance inconnue. Les services qui jusqu’à maintenant avaient de faibles gains de productivité car reposant sur le facteur humain sont à la veille d’une véritable révolution. Nous devons ne pas avoir peur de ces gisements de croissance car ils sont nos uniques chances de pouvoir maintenir notre pouvoir d’achat et de faire face aux contraintes imposées par le vieillissement qui est la preuve de nos succès d’hier et d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Marianne Murat

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GOGO
- 11/03/2014 - 11:06
@des vessies pour des lanternes :tu as raison !
a priori personne ne souhaite un plafonnement des retraites ce qui tends à démontrer " d'abord ma gueule et chut j'ai une bonne retraite "
Les petits jeunes bossez ! et profitez de la bonne paye de papy-mamy
On est là dans le "sociétalement" correct :pourvu que rien ne bouge !
amusée
- 11/03/2014 - 01:42
mdr
Ca sert à quoi de procréer des actifs/chômeurs ?
Ca sert à quoi de faire de l'acharnement thérapeutique sur un système mortuaire et moribond ?
Warren Buffet et ses semblables ont peur de la suite ? Ils ont raison. Ils sont voués à disparition rapide. On ne s'en portera que mieux.
alainpsy
- 10/03/2014 - 22:14
immigration choisie
Dans l'éventail des possibilités, vous parlez beaucoup d'immigration, américaine, allemande (avec le remplacement de population et l'islamisation de la société allemande). Si on est obligé d'y recourir, c'est bien la preuve que les politiques natalistes sont faites par des ânes. Pourquoi devrait-on faire faire par d'autres ce que nous savons parfaitement faire, pour peu qu'une politique intelligente soit au rendez-vous.