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Revue de presse des hebdos

Municipales, 1er tour : la France en pleine crise de régime ?, Marine Le Pen : nouvelle Arlette Laguiller ?, Sarkozy : la lettre-suicide

Mais aussi "le bal des faux-culs" de la droite et de la gauche, Najat Vallaud-Belkacem "recadrée", et, et, et… les chances de "retour"… d’Alain Juppé. Y’a du lourd, du grand, et du tout petit, dans la revue de presse des hebdos !

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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Simple avertissement ou véritable sanction, ce premier tour des Municipales ? Sans doute un peu des deux, mon Général… Même le gouvernement semble l’avoir compris, comme en témoigne cette petite anecdote rapportée par “ Le Point ”…

 

Najat Vallaud-Belkacem “ recadrée ”

Au cours d’un déjeuner organisé lundi à Matignon qui réunissait, autour de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, Stéphane Le Foll, Jean-Christophe Cambadélis et… Najat Vallaud-Belkacem, cette dernière, raconte le mag, n’a pas été “ à la fête : les éléphants l’ont copieusement “ recadrée ”, lui reprochant ses déclarations lors de la soirée électorale la veille : “ Il faut changer les éléments de langage. Continuer à dire que l’on “ maintient le cap ”, cela signifie qu’on n’a pas tiré les enseignements du scrutin ” ”. Un peu comme Henri Guaino le lui avait dit sur le plateau de France 2 ? Une “ claque électorale ” (“ Le Point ”), une “ débâcle complète ” (“ Challenges)… les expressions ne manquent pas pour décrire les scores enregistrés par la majorité dimanche 22 mars. “ “ C’est une défaite ! Un vrai désaveu, il ne faut pas tourner autour du pot. On le voit venir depuis des mois… ” Ce n’est pas le cri triomphal d’un UMP au soir de premier tour des municipales, mais l’aveu, off, d’un cacique du PS, précise “ Challenges ”. Pour le gouvernement, le pire scénario s’est réalisé. La droite gagne 10 points par rapport à 2012, la gauche en perd 6 ”.

 

Le retour de boomerang

“ Les socialistes n’étaient pas mécontents de voir l’UMP empétrée dans les affaires, commente Ghislaine Ottenheimer, toujours dans “ Challenges ”. “ Enfin, un peu de répit ”, clamaient certains élus. Ils étaient même persuadés que cela allait discréditer l’opposition. Erreur. En politique, remuer les bas-fonds n’est jamais payant. Cela ne fait qu’amplifier le dégoût et le désintérêt des électeurs. Or l’ennemi de la gauche, c’était l’abstention. Au lieu de tenir un discours de proximité, de mettre en valeur le socialisme municipal par quelques gestes, l’exécutif a cédé à la facilité de l’anathème. La déroute des socialistes était sans doute inéluctable. Mais les affaires nauséabondes de ces dernières semaines ne leur ont pas sauvé la mise ”. C’est vrai que c’était un peu ballot de penser qu’avec “ les affaires ”, la partie était gagnée…

 

Gauche-droite : “ le bal des faux culs ”

L’analyse de Sébastien Le Fol dans “ Le Point ” diffère de celle de Ghislaine Ottenheimer, mais ne la contredit pas forcément. Disons qu’elle la complète, qu’elle “ ouvre un peu le champ ”, puisqu’elle met le doigt sur la responsabilité partagée de la gauche et de la droite, qu’il qualifie purement et simplement de “ faux culs ”. “ Ce ne sont pas des leçons de morale qui endigueront la poussée du Front national et de son idéologie nationalo-étatiste, écrit le journaliste. En se drapant dans l’indignation, le PS montre qu’il n’est pas à la hauteur de la nouvelle donne politique. Le FN se nourrit de l’incapacité de nos gouvernants à penser la réalité mondialisée et technologique dans laquelle nous vivons ”. Oh, mais y’en a que pour le PS et le gouvernement, là, elle est où, la “ responsabilité partagée de la gauche et de la droite ” dans tout ça ? On y vient, on y vient, rââââ…

 

La gauche et la droite également coupables de ne pas assumer la marche irrésistible vers l’économie de marché

“ La crise que nous traversons est à la fois économique et intellectuelle, poursuit Le Fol. Comme l’écrit l’universitaire américaine du MIT Suzanne Berger dans un livre éclairant, “ La France qui vient ” (CNRS Editions) (…), notre classe politique “ n’a jamais osé renoncer aux idéaux anticapitalistes et n’est jamais parvenue à rallier les Français autour de nouveaux idéaux relatifs au travail, au profit, aux règlementations et à la solidarité, idéaux qui reconnaîtraient le rôle des marchés et d’une économie mondiale ouverte dans la création de la prospérité ”. La gauche et la droite ont évolué vers l’économie de marché, mais en silence et “ presque toujours en justifiant ce changement comme quelque chose auquel l’Europe les forçait ”. Ce refus d’assumer et d’expliquer cette orientation libérale se paie aujourd’hui dans les urnes. A vouloir nourrir de vieilles nostalgies, on finit par mordre la poussière ”.

 

Pourquoi le score national de seulement 4, 78 % du FN n’est pas forcément rassurant

Et puisque le mot “ FN ” est lâché, quelles réactions face à la percée du parti de la Bleu Marine ? “ Les autruches, observe “ Le Nouvel Observateur ”, se rassureront en pointant que le ministère de l’Intérieur n’accordait dimanche soir qu’un score étriqué au Front national : 4, 78 %. Mais il était présent dans à peine 600 des 36 000 communes françaises ! Avec des équipes constituées de bric et de broc ! Ici il y avait un mort sur la liste ; là, des candidats inscrits expliquaient qu’ils n’avaient jamais fait acte de candidature ; ailleurs, des colistiers n’étaient même pas électeurs dans la ville où ils se présentaient. La nouvelle poussée frontiste n’est pas le fruit d’une solide implantation ”.

 

 

Quand le “ succès ” du FN masque un problème de “ structuration ”

Ce défaut d’implantation, ou d’organisation, est un point que développent justement “ Les Inrocks ”. “ Si le Front national se vit déjà comme la troisième force politique du pays, remarque l’hebdo, il manque toujours autant de cadres structurés. Faute de candidats, observe le mag, le FN n’a pu présenter que 597 listes et a eu toutes les peines du monde à les boucler. “ Il y a des villes où le FN a fait plus de 30 % lors de la dernière présidentielle et où il n’a pas pu présenter de candidats, analyse Nicolas Lebourg, historien spécialiste des droites extrêmes. Le FN continue à éprouver les pires difficultés à attirer des technocrates même s’il peut y avoir des exceptions. La preuve sur la liste de Louis Aliot à Perpignan, où on trouve Bruno Lemaire, ancien prof à HEC, diplômé d’Harvard… ”

 

Pourquoi le FN manque de “ structuration ”

“ Seize ans plus tard, explique le journal rock, le FN ne s’est toujours pas remis de la douloureuse “ scission ” fratricide de 1998. A l’époque, 140 conseillers régionaux sur 275 et 62 secrétaires fédéraux sur 102 avaient quitté le parti pour rejoindre “ le félon ” Bruno Mégret. Multipliant les structures (Institut de formation des cadres, Centre d’études et d’argumentaires, Conseil scientifique, etc.) comme d’autres jouent aux Lego, Mégret avait transformé le FN en parti super organisé. En en confiant l’administration à deux anciens mégrétistes (Steeve Briois et son adjoint, Nicolas Bay), Marine Le Pen cherche à retrouver ce degré de professionnalisation, mais son mouvement n’a pas encore regagné son niveau de structuration des années 90 ”.

 

La victoire de Steeve Briois, emblème de la nouvelle stratégie du Front

S’il n’a pas retrouvé son ancien “ niveau de structuration ”, il reste que le FN y travaille ardemment — et avec succès, comme en témoigne la victoire, à Hénin-Beaumont, du fameux Steeve Briois, dont “ Les Inrocks ” nous disaient plus haut qu’il avait été chargé par Marine Le Pen de la “ reprofessionnalisation ” du parti. “ Son élection, au premier tour, analyse “ Challenges ”, est (…) le premier succès de la nouvelle stratégie du parti d’extrême droite : créer un tissu d’élus locaux — 229 candidats se maintiendront au second tour —, une “ formidable armée ”, selon Briois. C’est lui qui a été chargé de la mettre en œuvre. En 2011, Marine Le Pen, élue présidente du Front national le bombarde secrétaire général, en charge des fédérations. Objectif : dépoussiérer l’appareil du parti. “ Il l’a remis sur pied en nommant des cadres plus professionnels. En trois ans, il a changé 50 secrétaires départementaux ”, précise Bruno Bilde, son directeur de campagne. A Marseille, par exemple, il a nommé Stéphane Ravier, qui a devancé Patrick Mennucci ”. Encore “ bien joué ”, si l’on peut dire… Si le FN a du retard côté “ professionnalisme ”, force est de constater que sa nouvelle stratégie est quand même assez payante, et de manière inquiétante…

 

Marine Le Pen, nouvelle Arlette Laguiller ?

Mais pour expliquer la percée du FN, il n’y a pas que la stratégie mise en place par Briois pour “ reprofessionnaliser ” le parti d’extrême droite. Il y a aussi, et surtout, la manière dont Marine Le Pen a, comme le dit “ Le Nouvel Obs ”, “ changé l’ADN du FN : le discours de Jean-Marie Le Pen était essentiellement axé sur le rejet des immigrés, avec des relents d’antisémitisme, explique le mag. Elle a rompu avec ces derniers — la fameuse “ dédiabolisation ” — tout en continuant à surfer sur la xénophobie de son électorat : immigration zéro ! Mais elle a doté le FN d’un moteur auxiliaire : la critique de la mondialisation libérale et de l’Europe de Bruxelles. “ Arlette ” Le Pen : voilà comment on pourrait la rebaptiser ! Telle l’ancienne porte-parole de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller, la présidente du FN ne cesse de se présenter en championne des “ travailleurs ” ”. Pauvre Arlette ! Te voir ainsi comparée/confondue avec la Bleu Marine, voilà qui doit te réchauffer le cœur… Ah, c’est pas très sympa, ça, “ L’Obs ”… Il n’empêche : le mag met quand même le doigt sur quelque chose (qui, vous le noterez, fait écho au papier de Sébastien Le Fol dans “ Le Point ”…) : cette “ critique de la mondialisation libérale et de l’Europe de Bruxelles ” qui sait parler aux “ travailleurs ”… Hou, ça demande quelques développements, cette histoire !

 

Comment “ Arlette Le Pen ” parle aux “ travailleurs ”

“ “ Quand le chef de l’UMPS s’inspire de l’ennemi des travailleurs ”, n’a-t-elle pas hésité à déclarer après la réception par François Hollande de Peter Hartz, le conseiller de Schröder qui, en Allemagne “ a passé à la moulinette le droit des travailleurs ”. Inlassablement, explique “ L’Obs ”, communiqué après communiqué, “ Arlette ” Le Pen dénonce la rapacité du Medef, l’austérité engendrée par la réduction des déficits, les diktats de Bruxelles. Sur l’Europe, la gauche de la gauche et le reste de la classe politique ont fait un choix risqué : laisser au néo-FN le monopole de la critique de l’euro. Alors même que d’assez nombreux économistes et intellectuels, souvent de gauche, prônent la sortie de l’euro, Marine Le Pen est la seule chef de parti à tenir ce discours en France. L’opinion est sceptique, mais la présidente du FN est convaincue que les Français mettront un jour à son crédit son “ courage ” : ils seraient encore plus déçus par la façon dont l’Europe fonctionne que par la manière dont la France est gouvernée ”. 

 

Du “ courage ” d’ “ Arlette Le Pen ” à la lâcheté de la gauche et de la droite

Comme on en dépend un peu, beaucoup, de l’Europe, force est d’admettre que c’est assez logique, comme raisonnement. On dit ça, en même temps, ça nous fait très, très, mal d’être obligé de le dire. Mais qu’est-ce qu’ils foutent, franchement, à lui laisser tous ces boulevards ? Faut-il le préciser ? On ne pense pas seulement ici à l’euro dont “ d’assez nombreux économistes et intellectuels, souvent de gauche, prônent la sortie ” (la question, traitée quotidiennement depuis trois ans par Atlantico, restant à débattre). On pense aussi beaucoup aux “ travailleurs ”, c’est-à-dire, vous et moi, et cela quelles que soient nos origines, nos croyances religieuses, et nos préférences sexuelles ? S’il y a bien une chose que l’on a tous (ou quasiment tous) en commun, c’est de devoir nous lever tous les matins pour pouvoir gagner notre pain ? Non ? Ou bien ? Marine Le Pen parle de “ son courage ”. Ne serait-il pas plus juste de parler de la lâcheté de la gauche et de la droite face à des questions évidentes, premières et essentielles ? Hou, désolée, on s’est un peu emporté, mais fallait que ça sorte : c’est un peu énervant, ces blocages, ces points d’aveuglement, débiles, injustifiés, surtout quand on voit les effets qu’ils produisent. Rahaaaa !

 

 

La France en pleine crise de régime ?

Souriez ! C’est pas terminé. On n’a pas fini d’écumer. “ Le véritable rendez-vous que s’est fixé en 2014 la présidente du FN, ce sont les élections européennes de la fin mai, annonce “ L’Obs ”. Elle y sera candidate, dans le Nord, comme son père dans le Sud-Est. Déjà, les sondages prédisent que la formation frontiste sera nettement au-dessus des 20 %. Déjà, une enquête place Jean-Marie Le Pen au-dessus des 25 %. Marine Le Pen vise rien moins que la première place au niveau national : elle se dit sûre que le FN va devancer le PS et convaincue qu’il dépassera l’UMP. Ce proche de Nicolas Sarkozy craint que les faits ne lui donnent raison : “ La vérité, c’est que l’UMP est aussi mal en point que le PS. Ce que nous vivons, c’est une crise de régime. Comme en 1958 ”. Carrément ?

 

Le cas Christophe Guilluy, ou l’homme de gauche que la gauche se refuse “ officiellement ” à entendre

Vous allez me dire… vous allez me dire que ces propos pour le moins inquiétants n’engagent que celui qui les prononce, c’est-à-dire un “ proche de Nicolas Sarkozy ”. Surprise ! Le géographe Christophe Guilluy, qui se revendique “ de gauche ”, même si la gauche se refuse “ officiellement ” à l’entendre, dit la même chose, mais de manière moins sensationnelle et moins spectaculaire : plus circonstanciée, plus mesurée, en un mot : plus étayée. Vous allez me dire… vous allez me dire : qui est ce Christophe Guilluy ? Bah, nous, on le connaît pas… “ Auteur de “ Fractures françaises ” (François Bourin), l’essai qui a alimenté la dernière présidentielle, explique “ Le Point ”, Christophe Guilluy n’évite aucun sujet et récolte toutes les insultes. Propulsé pythie des classes moyennes, il s’est imposé comme le spécialiste de cet électorat antisystème qui déboussole la classe politique.. Un brin provocateur et hors des milieux universitaires, l’animal est depuis passé du statut de messie à celui de paria de la gauche. Une gauche à laquelle il revendique toujours son appartenance. Pourtant, ce sont des personnalités de droite, tel Eric Zemmour, qui se réfèrent à son travail ”. Eric Zemmour ? Houlà ! Voilà une “ référence ” qui n’aide pas… Bon, et si on l’écoutait, le Guilluy, avant de se faire tout de suite des idées ?

 

“ Nous sommes dans une phase de recomposition sociale et politique sans précédent ”

“ Nous sommes dans une phase de recomposition sociale et politique sans précédent où les partis, les syndicats et, plus largement, les prescripteurs d’opinion n’ont désormais plus aucune prise sur les gens, diagnostique le géographe, interviewé dans “ le Point ”. C’est le signe d’un décrochage d’une partie du pays. Si l’on prend l’exemple des Bonnets rouges, la composition sociale de ce mouvement est inédite : elle englobe des routiers, des ouvriers, des petits patrons, des fonctionnaires… Cela signifie que les corps intermédiaires ne jouent plus correctement leur rôle. La radicalité monte, mais il n’y a pas de conscience de classe, au sens marxiste du terme. En revanche, il y a la perception commune d’un modèle mondialisé vécu comme hostile ”. Ah, ben, nous y revoilà, à ce “ modèle mondialisé vécu comme hostile ”, pointé par “ Le Point ” comme par “ L’Obs ”, et qui fait, hélas, le bonheur de Marine Arlette Le Pen…

 

“ Il y a un verrouillage économique, social et culturel qui bloque désormais l’accès aux zones d’emplois les plus dynamiques à ces catégories qui constituaient hier la classe moyenne ”

“ Il ne vous a pas échappé, remarque Christophe Guilluy, que ce phénomène ne se déroule pas à Rennes, Brest ou Nantes, mais bien dans la “ France périphérique ”, celle des petites villes, des villes moyennes, des espaces ruraux et des territoires à l’écart de la dynamique des métropoles. Cette France périphérique, qui regroupe 60 % de la population française, recoupe la carte des plans sociaux. Dans ces espaces, lorsque l’emploi régresse, il n’y a à peu près aucune perspective d’amélioration. Sauf peut-être la mobilité vers les métropoles. Mais c’est une illusion. Pour ces “ nouvelles catégories urbaines ”, le seul moyen de rejoindre les centres urbains hyperactifs est le logement social, habitations qui sont essentiellement situées dans les banlieues. Or personne n’est prêt à quitter un habitat individuel pour aller vivre dans des quartiers de logements sociaux où se concentrent les flux migratoires. Il y a donc un verrouillage économique, social et culturel qui bloque désormais l’accès aux zones d’emplois les plus dynamiques à ces catégories qui constituaient hier la classe moyenne. Pour la première fois dans l’Histoire, les catégories populaires ne vivent pas là où se crée la richesse ”. Ce diagnostic est-il “ de gauche ” ou “ de droite ” ? On vous laisse trancher… Force est de constater qu’il se tient, qu’il tombe même droit comme du fil à plomb — et qu’il est sacrément interrogeant. Quant à savoir pourquoi nos instances dirigeantes ne veulent pas l’entendre…

 

Quand Sarkozy se révèle être “ son meilleur ennemi ”

Mais quelles nouvelles de Nicolas Sarkozy ? “ Face aux enquêtes et aux attaques dont il est l’objet, l’ancien président a choisi, avec sa “ lettre aux Français ”, la riposte à l’arme lourde ”, annonce “ L’Express ”. Une “ riposte à l’arme lourde ” ? L’ancien président y serait-il allé trop fort ? “ En 2012, analyse le news, Nicolas Sarkozy a été battu par François Hollande, mais aussi par lui-même ; en 2017, il sera de même son pire ennemi s’il ne change pas. Dans l’affaire des écoutes, la violence du texte d’autodéfense publié par l’ancien président dans “ Le Figaro ” donne une idée de son humeur actuelle, mais ne dit pas s’il a médité sur lui-même ; cela incruste au cœur de la problématique de son retour la question psychologique ”. Aïe ! On dirait qu’il y a un souci, là…

Une lettre bourrée d’erreurs — pas seulement grammaticales

“ La marque personnelle de l’auteur est dans ses erreurs, enfonce “ L’Express ”. Ainsi la version brute du pamphlet transmis au “ Figaro ” porte l’inimitable insistance avec laquelle Nicolas Sarkozy malmène la grammaire… Plus grave, la digression sur l’annulation des comptes de campagne n’a pas de pertinence : ni les juges ni le gouvernement ne sont pour rien dans cette sanction, que seule la légèreté sarkozyste a entraînée. Par ailleurs, comment défendre les institutions et attaquer le Conseil constitutionnel ? Enfin l’allusion à la Stasi fournit à la gauche le bâton pour battre son ennemi — et éviter de répondre à ses arguments plus embarrassants, notamment sur ce que sait le pouvoir des procédures en cours. Alain Juppé n’a pas manqué, non plus, de critiquer “ un mot qui dépasse la pensée ”. Sarkozy a-t-il agi trop vite, sous le coup de la rage ? “ Il est colérique sur tous les sujets… ” remarque un de ses fins connaisseurs. S’il est évident qu’il aurait dû mieux relire et plus amender le propos, il est clair aussi que l’ancien président a choisi d’aller vite et de frapper fort. Il n’a pas “ pété les plombs ”, il en a rempli son fusil ”. Et ? Ca peut porter ses fruits, docteur ?

 

Le plus gros boulet accroché au pied d’un présidentiable depuis 1965

“ Si l’affaire des écoutes n’est pas le début de la fin, répond le mag, elle est pour l’ancien président le commencement d’une nouvelle et difficile phase stratégique. Une mise en examen pour trafic d’influence serait le plus gros boulet accroché au pied d’un présidentiable depuis 1965, plus lourd à traîner que les diamants de Bokassa pour Valéry Giscard d’Estaing (…). Seuls Bernard Tapie et Dominique Strauss-Kahn ont subi traitement judiciaire plus rude — et ils n’ont pu être candidats… ” Houlà, ça fait mal, ça ! C’est pas gagné, gagné, on dirait… Mais “ L’Express ” n’a pas fini…

 

Quand la lettre bourrée d’erreurs devient… une “ déclaration de candidature ”

“ Malgré cette perspective, note l’hebdo, le texte de Nicolas Sarkozy (première fois depuis 2012 qu’il emploie le terme “ retour ”) est aussi une déclaration de candidature ”. Ah oui ? “ A demi-mot, certes, nuance le journal, mais il est homme à ne pas mâcher ses demi-mots. “ A toux ceux qui auraient à redouter mon retour, qu’ils soient assurés que la meilleure façon de l’éviter serait que je puisse vivre ma vie simplement, tranquillement… au fond, comme un citoyen “ normal ” ! ” Si l’allusion à François Hollande est limpide, commente “ L’Express ”, la phrase et son pluriel englobent tous ceux qui rêvent d’une primaire vraiment ouverte — c’est-à-dire sans cet “ ex ”. L’emploi du conditionnel, le choix de la formule “ la meilleure façon de… ” et non “ la garantie pour ”, enfin l’évidence d’un homme qui n’a rien, toute sa vie le prouve, de “ normal ”, construit une démonstration : Nicolas Sarkozy veut se représenter ”. Heu, alors, là, tu permets, “ L’Express ”, on va faire une petite pause et faire le point, parce qu’on n’a pas bien tout suivi…

 

Une lettre-suicide ?

Que Nicolas Sarkozy veuille se représenter, on n’avait guère de doute à ce sujet… mais entre vouloir se représenter et faire acte de candidature, il y a, “ L’Express ”, tu l’avoueras, une nuance, et une grande… Quant à savoir si ton analyse de texte, un brin emberlificotée, est convaincante : ces histoires de pluriel, de conditionnel et de “ formule ” ceci, “ formule ” cela, c’est quand même un peu tiré par les cheveux… Plus sérieusement, et pour ne nous en tenir qu’aux faits, on ne comprend pas bien comment, après avoir souligné que la lettre était bourrée d’erreurs (et pas seulement grammaticales), tu peux y voir une “ déclaration de candidature ”… Ou alors, si c’en est effectivement une, il faut admettre que cette déclaration de candidature est très, très mal formulée, pour ne pas dire carrément suicidaire…

 

Le lien avec les Français rompu

Signe qu’il n’est lui-même padtafait convaincu, l’hebdo souligne en conclusion que, malgré tout le désir qu’il peut avoir de se représenter, Nicolas Sarkozy souffre d’un autre handicap, pour le moins pesant : sa relation avec les Français. “ Partir, revenir… La filmographie peut inspirer à Nicolas Sarkozy bien des formules et bien des stratégies. Mais aucune philippique, observe “ L’Express ”, ne rétablira le contact avec les Français, qu’il a rompu dès le début de son quinquennat, sans jamais le rétablir. Il lui faut pour cela travailler, s’enfoncer dans ses idées et dans la France, enfanter un livre, comme en 2001 avec “ Libre ”, ou un projet, comme en 2007. Et même cet effort ne lui garantira pas la victoire. Car, en politique, on peut être très écouté sans jamais être entendu… ”

 

Alain Juppé ressuscité

Longtemps, il n’a pas été écouté — les Français, même s’en défiaient, quand ils ne le détestaient pas — voilà qu’Alain Juppé, l’homme “ droit dans ses bottes ”, tout auréolé de sa victoire à Bordeaux, s’impose, tout à coup, comme “ le recours ” inespéré. “ Son triomphe aquitain achève une résurrection, note “ L’Express ”. Sept fois à terre, huit fois debout. Il n’a pas cessé de trébucher et de se relever. Peu cependant auraient parié — pas même lui ! — (qu’il) apparaîtrait à son tour en recours d’une droite folle, sans boussole, tiraillée par son extrême. La brusque accélération des événements, la succession d’affaires qui affectent au premier plan Nicolas Sarkozy lui ouvrent une voie inespérée : devenir la force tranquille d’une opposition en mal de leader ”. Tous vos hebdos, sans aucune exception, disent la même chose. C’est bien beau, tout ça, zallez me dire, mais on en fait quoi d’Alain, au final ? L’a vraiment des chances d’y arriver ? On y croit, ou on n’y croit pas, au recours inespéré de la “ droite folle ” ?

 

Pour les Français, et selon BVA, “ Alain Juppé aurait fait un meilleur président que Nicolas Sarkozy et François Hollande ”

“ Aujourd’hui, indique Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA, interviewé par “ L’Express ”, les Français considèrent qu’il aurait été un meilleur président que Nicolas Sarkozy et que François Hollande. Son bilan politique est jugé très positivement en tant que maire de Bordeaux, ministre des Affaires étrangères ou même Premier ministre, alors qu’il était si impopulaire à l’époque ! Un peu comme si, avec le recul, ses défauts d’hier étaient devenus ses qualités d’aujourd’hui : on lui reprochait d’être froid et cassant, il est désormais perçu comme un politique “ honnête ”, “ ne se moquant pas de nous ”, sans promesses excessives. Contrairement à Sarkozy et son “ Travailler plus pour gagner plus ” ou à Hollande se posant en “ ennemi de la finance ” et promettant de “ réenchanter le rêve français ”. Son positionnement politique satisfait à la fois les sympathisants de droite et ceux de gauche. Il dispose d’ailleurs d’une forte attractivité auprès de ces derniers : ils sont 56 % à avoir une bonne opinion de lui ”. Oh, ben, alors, c’est tout bon pour Juppé, y’a pas à se poser 30 000 questions, Alain, faut y aller… Ta-ta-ta, c’est pas aussi simple, ni aussi facile que ça…

 

Le complexe de Juppé face à Nicolas Sarkozy

D’après Gaël Sliman, en effet, “ si, dans leur ensemble, les Français sont une majorité à considérer qu’il ferait un meilleur candidat pour la droite en 2017, les sympathisants de droite sont toujours très majoritaires à préférer Sarkozy, bien qu’ils apprécient énormément Juppé (80 % de bonnes opinions). Pour eux, il n’est toujours qu’un “ recours de substitution ”. Aïe ! Ca fait mal, ça… Mais peut-être moins que le drôle de “ complexe ” que le maire de Bordeaux a vis à vis de Nicolas Sarkozy… “ Osera-t-il défier un Sarkozy qui l’a souvent bluffé et dont il connaît l’absence de scrupules lorsqu’il descend dans l’arène électorale ? se demande “ L’Express ”. (…) L’époque n’est pas si lointaine, où Nicolas Sarkozy, joignant le geste à la parole, mimait une décapitation de Juppé, le fils prodige de Jacques Chirac : “ Voilà ce qu’on fait des héritiers ! ” La violence d’hier n’a d’égale que celle de demain. “ Alain Juppé est un très grand brûlé, analyse François Baroin. A-t-il envie de se rapprocher d’un feu de cheminée ? ” Hou, c’est chaud, là, muy chaud, même… 

 

“ Juppé ne tue pas, c’est sa faiblesse ”

Alain Juppé est-il suffisamment “ équipé ” pour affronter Nicolas Sarkozy ? C’est la question que semblent poser nos hebdos préférés… “ Il aime l’idée d’être sollicité. Moins celle de la lutte à mort, relève “ Le Point ”. Juppé ne tue pas, c’est sa faiblesse. Il n’a pas tué Chirac, et pas non plus Sarkozy. Les temps ont changé, mais lui ? (…) Il se caresse le crâne. Parle de… “ Sarko ” — jamais il ne l’a appelé autrement. “ Quand je vois Sarko, il me dit : “ Ils sont tous nuls, il n’y en a que deux : toi et moi ” ”. Un vrai arrogant ne serait pas aussi content de raconter cela ; il considèrerait que c’est une évidence — car c’en est une. Las, Juppé manque de confiance en lui. Voilà un homme chez lequel l’orgueil, fortifié, trop souvent paralysant, cohabite avec l’incertitude. “ Sarko doit dire ça à d’autres… ” ajoute-t-il afin de montrer qu’il n’est pas dupe. Orgueil, toujours. Antiphrase. Juppé n’en pense pas un mot, il espère être le seul à avoir droit à ce compliment. C’est bien son problème, du reste : il ne pourra être libre de mener le combat suprême que lorsque les flatteries de Sarkozy seront sans effet sur lui. Il est grand temps ”. Trop tard ? A vous de voir ! Bonne semaine, les lecteurs gourmands ! Profitez, cogitez, mais n’oubliez pas d’aller voter, hmmm ? Hmmmm !

 

 

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