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Entre exaspération face aux “privilèges” et attachement au service public, la relation tortueuse des Français envers leurs fonctionnaires

Les Français sont favorables à un alignement de différents avantages réservés à la fonction publique mais souhaitent paradoxalement plus d'effectifs dans certains services.

Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière est DG France de Kantar Public (Sofres).

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Atlantico : Quelles évolutions de la perception qu'ont les Français des fonctionnaires ?

Emmanuel Rivière : J'ai l'impression qu'il  y avait une vraie évolution surtout sur la demande de baisse des dépenses publiques. Il y a un décalage entre ce débat qui renvoie à un enjeu budgétaire et la volonté de réduction de la dette et le déficit de la part des Français. 

Nous voyons partout une forte demande sociale d'action publique. Les gens ont vraiment ancré dans leur tête que pour avoir un meilleur système éducatif il faut davantage d'enseignants et moins d'élèves par classe. Ils ont dans l'idée qu'il y a trop de lenteur à l'hôpital et qu'il y faut plus d'effectifs.  Ils trouvent insupportables le temps de traitement des dossiers en justice, y compris pour la justice du quotidien qui ne se résoudra que par l'embauche de magistrats et de greffiers.

Et c'est un phénomène que l'on retrouve dans tous les champs politiques. Cela pose un autre débat, un autre défi qui peut se résumer avec la question "comment fait-on pour répondre à cette demande à moindre coûts? "

Qu'est-ce que les Français aiment et n'aiment pas chez les fonctionnaires ? 

D'une certaine manière ce qu'ils aiment chez les fonctionnaires c'est ce sens du service, la disponibilité. Ils constatent souvent que les fonctionnaires vont au-delà de leur simple mission. Ils aiment l'empathie et l'écoute chez certains et qu'ils s'inscrivent dans une mission globale qu'est l'intérêt général. Ils aiment aussi que certains fonctionnaires soient courageux dans leur mission de préservation de la sécurité des citoyens. Qu'ils aient le sens de cette mission qui les dépassent et correspond à un socle de la construction du vivre ensemble.

 

D'un autre côté ils ont aussi des stéréotypes. l'idée que des fonctionnaires seraient, parce que protégés par leur statut, en situation de ne pas fournir ses efforts, de s'appuyer sur les autres… L'idée que dans la fonction publique il y aurait un management qui permettrait de protéger ceux qui sont peu motivés et l'inégalité à laquelle cela renvoie par rapport à quelqu'un qui serait dans le secteur privé. 

Les régimes spéciaux comme la retraite à 55 ans ne sont pas forcément populaires non plus; Il y a aussi cette idée d'une retraite confortable avec des gens augmentés juste avant la retraite… Avec des stéréotypes qui peuvent durer bien au-delà de la réalité.  C'est ce qui revient dans les enquêtes qualitatives. Récemment et c'est là où il faut être vigilent, la grogne s'est tournée vers ceux qui ont à gérer la fonction publique plutôt que sur les gens eux-mêmes. C'est pour cela que ce n'est politiquement pas simple de s'en prendre aux fonctionnaires car on va plutôt incriminer les décideurs. On va pointer parfois un manque de courage une défense du clientélisme plutôt que de s'en prendre à des individus isolément. 

Encore une chose que les Français n'aiment pas vis-à-vis des fonctionnaires, c'est l'idée que des interlocuteurs sont parfois obtus, ne cherchent pas à comprendre, manquent d'empathie et de compréhension à des situations difficiles.

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