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Manuel Valls assistant à un match de foot.
Manuel Valls assistant à un match de foot.
©Reuters

Un petit tour (en avion) et puis s’en va

Vallsgate : pourquoi ce type d’affaires ne laisse pas de traces durables dans l’opinion

Manuel Valls a créé le scandale en se rendant à Berlin à bord d'un avion de la République accompagné de ses enfants pour assister à la finale de la Ligue des champions, le tout aux frais du contribuable. Mais ce genre d'affaires ne laisse généralement pas de traces, à condition de faire rapidement son mea culpa.

Philippe Goulliaud

Philippe Goulliaud

Rédacteur en chef du service politique du Figaro, il a co-écrit avec Marie-Benedicte Allaire "L'incroyable septennat" en 2002 (Fayard). 

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Atlantico : Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 77% des Français étaient choqués du voyage de Manuel Valls à Berlin à bord du Falcon officiel en présence de ses deux enfants pour assister à la finale entre la Juventus et le Barça. Le Premier ministre a justifié son voyage par une rencontre avec Michel Platini pour l'Euro 2016. Quels peuvent être les dommages à long terme dans l'opinion d'une telle affaire ?

Philippe Goulliaud : Manuel Valls a-t-il commis une "faute" ou une "erreur" ? Lui, pour sa part, reconnait une erreur de communication et de sensibilité mais pas de faute. Il estime qu'il avait le droit d'effectuer ce déplacement pour rencontrer Michel Platini. Néanmoins, les Français sont en droit d'avoir des doutes.

A l'instar de nombreux hommes politiques, il a péché par manque de compréhension de l'état de l'opinion. Il a été en quelque sorte enivré par les signes positifs. Il sortait d'un Congrès du Parti socialiste réussi à Poitiers  pour enchaîner sur un voyage à Berlin  et s'apprêtait à annoncer son plan pour les PME. Il se sentait trop fort et c'est le piège qui menace les hommes politiques.

Y a-t-il eu des cas dans lesquels ce type d'affaires s'est avéré être la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ? Qu'est ce qui fait qu'une affaire "coûte" ou non à un homme politique ? 

On se souvient d'affaires beaucoup plus graves. Récemment, l'affaire Cahuzac, puis l'affaire Thévenoud qui ont mené à la démission des ministres. Bien sûr, ces cas étaient différents, nous étions face à des fautes lourdes.

Mais les affaires comparables à celle qui touche aujourd'hui Manuel Valls sont nombreuses. Par exemple, en 2008,  Christian Estrosi alors secrétaire d'Etat à l'Outre-mer avait effectué un voyage en jet privé au frais de l'Etat pour assister à un pot à l'Elysée. En 2000, Christian Blanc, ex-secrétaire d'Etat au Grand Paris, avait présenté sa démission du gouvernement parce qu'il avait acheté pour 12 000 euros de cigares. Au même moment, Alain Joyandet, ex-secrétaire d'Etat à la Coopération et à la francophonie, quittait le gouvernement pour avoir utilisé un avion privé lors d'un de ses déplacements mais aussi pour avoir bénéficié d'un permis de construire illégal.  

Où en Manuel Valls vis-à-vis de l'opinion ?

Pour Manuel Valls il était urgent de réagir très vite pour ne pas laisser s'installer cette image de ministre profiteur ou de ministre qui ne réalise pas l'état de la société. Il a certes beaucoup attendu et a été raide mais il a fait un acte de contrition et c'était indispensable. Pour ce qui est des conséquences à long terme, il est très difficile d'anticiper la réaction des Français. Jusque là Manuel Valls paraissait plutôt épargné par ces affaires d'argent et par ces histoires d'avantages. Mais cette fois, il n'a pas senti, lui qui est un expert de la communication, l'opinion. Son image est en sens écornée.

En 1995, on apprend que le fils d'Alain Juppé, Laurent, loge dans appartement de la ville de Paris situé rue Jacob, fraîchement rénové et dont le loyer a été réduit. Dans quelle mesure cette affaire avait-elle marqué l'opinion ?

Ce qu'il reste aujourd'hui de cette affaire, c'est sa fameuse phrase : "Je suis droit dans mes bottes". Réaction qui a ancré son côté hautain qu'on lui attribuait déjà. Et cela a certainement perturbé son rapport avec les Français qu'il a mis du temps à reconstruire. Donc pour Alain Juppé, cette affaire avait été lourde de conséquences.

Qu'est ce qui fait que certaines affaires sont plus vite balayées que d'autres ?

Ce qui fait la différence, c'est la capacité à tout mettre sur la table, il faut entrer dans le détail des choses. François Fillon en 2011 lorsqu'il avait utilisé un Falcon de la République pour se rendre en Egypte avec sa famille. Sur place, il avait emprunté un avion de la flotte égyptienne mis à disposition à l'époque par Hosni Moubarak. (A croire que les avions ne réussissent pas aux hommes politiques !). Il avait alors frôlé la catastrophe mais en coupant l'herbe sous les pieds du Canard Enchaîné qui s'apprêtait à révéler l'affaire, il s'en était plutôt bien sorti. Il avait un temps d'avance dans la communication.

L'opinion a-t-elle toujours réagi de la même manière ?

Elle est aujourd'hui plus que jamais intransigeante et elle le sera de plus en plus. Nous nous dirigeons vers des pratiques à la scandinave. C'est plus ennuyeux mais c'est aussi plus sain.

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