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Angela Merkel Ursula Von der Leyen Europe Union européenne
©ARIS OIKONOMOU / AFP

Atlantico Business

Ursula Von der Leyen, Angela Merkel, et Christine Lagarde, trois femmes qui ont transgressé les dogmes pour sauver l’Union européenne (et qui vont peut-être y parvenir...)

Les hasards de la vie politique et des agendas ont mis trois femmes à la tête de l’Europe et surprise, ces trois femmes s'acharnent à sauver l’Union européenne. Elles se sont emparées des pouvoirs et pourraient bien réussir à faire changer la gouvernance.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ce qui se passe en Europe est assez étonnant alors que la plus grande crise sanitaire et économique depuis la dernière guerre a mis la  planète toute entière à genoux, alors que l’Europe n’arrêtait pas de se fissurer de partout compte tenu de l’égoïsme de chacun des Etats-membres et se retrouvait écrasée entre les États-Unis et la Chine en pleine guerre (commerciale ), alors que la majorité des 27 États membres s’étaient quasiment convaincus qu'on s’installait dans le déclin et l'impuissance, voilà que cette vieille Europe a trouvé dans ses calendriers trois femmes qui paraissent bien déterminées à sauver l’Union européenne et à ignorer les chamailleries de « mecs »  qui ont épuisé tout le monde. Si l’Europe survit aux vicissitudes du Brexit, si l’Europe survit à la crise économique et sanitaire, si, pour qu’elle puisse redevenir un acteur crédible sur le marché international capable de parler aux deux grands que sont Xi Jinping et Donald Trump, c’est bien à trois femmes qu‘elle le devra. Trois femmes placées au pouvoir de l’Union européenne, au même moment par le plus grand des hasards du calendrier. Mais trois femmes que l’on découvre, déterminées à faire changer la construction et le fonctionnement de l’Union européenne pour que cette Europe échappe à l’asphyxie et trouve un deuxième souffle.

Le comble, c’est que ces trois femmes ont adopté des stratégies qui vont à l’inverse de leur propres Adn et de leur propre parcours personnel

Et quoi qu’on dise, ça marche.

Angela Merkel, a pris, à son tour la présidence du conseil en juillet dans une indifférence générale. Les pros européens étaient convaincus que la Chancelière ferait le service minimum tant elle était préoccupée par la situation allemande. Eh bien, elle restera comme le premier chef d’Etat ou de gouvernement à avoir installé en Europe une mutualisation des dettes. Beaucoup en parlaient et notamment les plus fragiles, mais l’idée que les plus riches puissent porter une part du fardeau appartenant aux plus pauvres relevait de la pure utopie. Tout le monde considérait qu’avec le fonds structurel et le jeu des subventions à l'investissement aux équipements de transport (autoroutes, voies de chemin de fer... ) et à l'agriculture, l’Union européenne avait largement atteint ses objectifs de solidarité. Le dogme édicté principalement par les Allemands était donc de scrupuleusement respecter les accords de Maastricht. Sodalité oui, à condition que chaque colocataire range sa chambre, et rembourse ses dettes, gère au plus près ses finances publiques et ne dépasse pas la ligne jaune dessinée par Maastricht des 3% de déficit. L’Allemagne d’Angela Merkel interdisait toute entorse à cette règle.

Contre toute attente, Angela Merkel a, avec la crise du coronavirus, changé de stratégie. Elle a surtout obtenu de son parlement et de son opinion publique, un assouplissement des règles. D’abord, en acceptant qu’on puisse s’affranchir de Maastricht, ensuite, qu'on puisse lancer des financements européens et enfin, que l’Allemagne elle-même se mette à emprunter, et creuser son propre déficit pour soutenir son activité. Tous les autres pays de l’Union européenne ne peuvent qu’accepter un tel compromis parce que tous les autres pays ont besoin d’une locomotive. Et qui d’autre que l’Allemagne pouvait jouer ce rôle ?

En acceptant que l’Europe puisse ensemble emprunter sur les marchés et redistribuer les crédits aux pays selon leurs besoins et non plus selon leur moyen de rembourser est en soi une révolution. C’est ce que va donc faire l’Union européenne dès le début de l’année prochaine pour financer les plans de relance.

D’aucuns, à gauche notamment rêvaient d’eurobonds, et d’autres de déficit accrus. Angela Merkel accepte les deux entorses au traité de Maastricht qu‘elle défendait bec et ongles.

Pourquoi Angela Merkel a-t-elle trahi ses premières convictions ? Tout simplement parce que l’Allemagne a besoin des marchés européens pour sa propre croissance et que l’Europe était en panne. Sauver l'Europe pour se sauver elle-même.

Ce qui est assez révolutionnaire dans cette décision, est qu’en acceptant les emprunts européens, la Chancelière ouvre la porte à une gestion plus fédérale de l’Europe. Elle prépare l'émergence en Europe d’un budget avec ses dépenses et ses recettes propres parce qu’au bout du bout, il faudra bien donner aux marchés des garanties fiscales européennes. Les politologues ne manqueront pas de souligner que, contre toute attente, Angela Merkel terminera son parcours politique adoubée comme jamais par son opinion publique. Angela Merkel n’a jamais été aussi populaire et aimée que maintenant, alors qu‘elle avait débuté son dernier mandat sans aucun crédit.

Ursula Gertrude Von der Leyen est devenue présidente de la Commission européenne à la surprise générale. Cette Allemande issue de la bonne bourgeoisie de Hanovre aux connexions aristocratiques a fait sa carrière au sein de la CDU, les chrétiens démocrates. Elle a été plusieurs fois ministre du gouvernement fédéral, et elle a failli être élue leader du parti avec la ferme ambition de postuler à la succession d’Angela Merkel à la tête de la coalition au pouvoir. Et puis elle a raté ce train, ce qui n’était pas pour déplaire à la Chancelière qui ne l’aimait pas. Mais en Allemagne comme ailleurs, on évite les guerres à l’intérieur de la famille. Ursula Von der Leyen sera proposée par Berlin pour occuper la présidence de la Commission, là où on attendait plutôt un homme comme Michel Barnier, le négociateur du Brexit.

Arrivée à Bruxelles quelques mois avant Angela Merkel, Ursula Van der Leyen comprend très vite que sa fonction lui permet de changer les choses en Europe. Elle comprend très vite que l'Europe est en risque de paralysie et d’effondrement pour des raisons économiques et migratoires.

Il faut donc renforcer la puissance des groupes industriels européens pour créer une sorte de patriotisme européen capable d’affronter la concurrence chinoise et américaine. D’où engagement de réformer le droit de la concurrence. Pour elle, ce droit de la concurrence ne doit pas seulement protéger le consommateur, mais ce faisant, ne pas affaiblir les producteurs industriels par des normes et des contraintes qui viendraient freiner leur croissance.

Mais Ursula Van der Leyen s’est surtout mise en tête de reformer les politiques migratoires. L’Europe ne peut pas continuer d’accueillir des milliers de réfugiés sans savoir pourquoi et pourquoi faire. Toute la misère du monde ne peut pas se réfugier en Europe... comme disait déjà Michel Rocard.  L'Europe a un besoin urgent de mettre un peu de rationalité dans cette politique de solidarité qui paraît édictée principalement par l’émotion ou la compassion

Sur ces deux points, elle répond à l’opinion publique avec beaucoup de courage que les dirigeants politiques n’ont pas osé faire preuve de peur de froisser leur électorat.

La troisième femme qui fut envoyée au chevet de cette Europe malade, c’est évidemment Christine Lagarde, ancienne ministre française, ancienne présidente du FMI. Christine Lagarde n’était pas destinée à la présidence de la BCE. La France la défendait pour aller à Bruxelles, mais Nicolas Sarkozy ne voulait pas s’opposer à Angela Merkel.  Christine Lagarde a hérité de la politique non conventionnelle de Mario Draghi. Et face à la crise sanitaire qui annonçait la crise économique, elle a non seulement relancé le logiciel de Mario Draghi, mais elle en a rajoute en ouvrant de façon quasi illimitée les lignes de crédit aux banques pour éviter les ruptures de liquidités. Quoi qu’il en coute !

La Banque centrale européenne, dirigée par Christine Lagarde a sans doute permis à l’Europe d’éviter de s’effondrer dans des proportions catastrophiques.

Là encore, la méthode utilisée était complètement à l'opposé du dogme monétaire qu‘elle était censée faire respecter. Mais elle a su s’adapter.

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