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Quand Sarkozy et Hollande (et peut-être même Fillon) se préparent au cas où… le macronisme tournerait court

Selon des proches des deux anciens présidents de la République, ils envisageraient sérieusement de se poser en recours en 2022, si le quinquennat d'Emmanuel Macron se termine "en farce".

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et initiateur de l’Observatoire de la démocratie (avec l’institut Viavoice) et, depuis début 2020, président de l’institut Marc Sangnier (think tank sur les enjeux de la démocratie). Son compte Twitter : @JP_Moinet.

 

 

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Atlantico : Tandis que le Parisien révélait les ambitions de François Hollande concernant la présidentielle de 2022, notamment en citant l'un de ses soutiens ("Il est inarrêtable, c’est le François que j’ai connu à la sortie de Solférino quand il était à 3 %. Les autres n’existent plus, il trace sa route !"), Nicolas Sarkozy bénéficie de sondages très favorables auprès des électeurs de droite, et ce, tout en déclarant à propos d'Emmanuel Macron "tout cela se terminera en farce", ce qu'un soutien de l'ancien président appuie en déclarant "clairement, dans le scénario numéro un, celui de la farce, il se tient prêt à revenir si le devoir l'appelle." . Dans quelle mesure les deux anciens présidents pensent-ils effectivement à l'échéance de 2022 ?

Jean-Philippe Moinet : Pour les "ex" (Présidents), c'est toujours très compliqué de "revenir". Sous la Vème République, ils portent un échec électoral comme un boulet, mais cela ne les empêche pas de rester des machines politiques difficiles à réformer, encore plus de mettre définitivement au garage. Mais les cas de François Hollande et de Nicolas Sarkozy diffèrent un peu. 

François Hollande n'a pas, contrairement à Nicolas Sarkozy, été battu à une élection présidentielle. En 2017, il a renoncé, le contexte était particulièrement défavorable pour qu'il se présente, son camp, le PS, se dérobait sous ses pas. Mais, du coup, rétrospectivement, il peut relativement en profiter, il peut toujours dire:" je n'y étais pas, j'ai été trahi, mais la gauche est à reconstruire et je peux être l'homme du rassemblement". 

Nicolas Sarkozy, lui, a subi une défaite électorale à la fin de son mandat présidentiel, en 2012, qui a sonné comme une sanction durable. Certes, il a "pris" deux ans plus tard le parti LR, tiraillé par les grosses divisions Copé-Fillon, certes il a tenté sa chance ensuite aux primaires de la droite et du centre mais comme je l'avais d'ailleurs souligné et écrit dés l'ouverture de la campagne active de ces primaires, début septembre 2016, le bilan et la sanction de 2012 allaient peser trop lourd en défaveur de Nicolas Sarkozy, pour qu'il puisse incarner l'avenir et revenir au premier plan de sa famille politique. Il fallait un changement de leadership. Celui-ci s'est joué alors entre Alain Juppé et François Fillon. 

Alors, aujourd'hui, que ces deux "Ex" pensent à l'échéance de 2022, c'est naturel mais, pour des raisons qui tiennent aussi à l'état de leur parti politique, et vue l'état du PS, François Hollande me paraît un peu plus en situation d'y penser avec plus de crédibilité que Nicolas Sarkozy. Ce dernier peut tenter de miser sur un mandat d'Emmanuel Macron qui tournerait "à la farce". Mais ça ne dit pas en quoi cela lui serait favorable, à lui. Souvenons-nous aussi qu'en 2008, un an après l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, François Léotard sortait un livre, dont le titre était une annonce : "Ca va mal finir" (Grasset). La roue peut évidemment toujours tourner en politique mais les dirigeants LR d'une nouvelle génération ou vierges de défaites, comme Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau, pourront tenter leur chance, avec plus de crédit.

Quelles en sont les conséquences pour leurs partis respectifs, et pour Laurent Wauquiez et Olivier Faure en particulier ? 

Pour Laurent Wauquiez, qui s'est situé dans un pré-carré idéologique réduit et risqué, l'enjeu est d'empêcher Nicolas Sarkozy, et ceux de ses proches qui pensent à un possible retour de "l'ex", de retrouver un espace sur le thème du "rassembleur" qui redonnerait une nouvelle chance à la droite LR en 2022. Laurent Wauquiez doit faire attention car quelques anciens sarkozystes de son entourage font partie de ceux qui ne le critiquent pas (encore) mais n'en pensent pas moins. L'actuel Président de LR doit donc tenir ce pré-carré de "soutiens", qui étaient issus eux-même d'une Sarkozie très droitière - type Brice Hortefeux, Guillaume Larrivé… - soutiens qui n'avait d'ailleurs jamais donné dans le rassemblement avec la droite modérée et humaniste, encore moins avec le centre. L'air sarkozyste du rassemblement sonne donc aujourd'hui assez faux. C'est la chance de Laurent Wauquiez, qui peut même s'en amuser. 

Côté gauche et PS, c'est tout autre chose, me semble-t-il en terme d'espace: la défaite historique de Benoît Hamon en 2017 a plongé le PS dans une crise historique et plus grave que celle qui a frappé LR. Olivier Faure a beau tenter de sortir la tête de son parti de l'eau, le naufrage du PS a failli le faire disparaître totalement de la carte. François Hollande a donc, avec le piédestal que lui procure son statut d'ancien chef de l'Etat, un espace potentiellement plus important. D'autant qu'à l'inverse de Nicolas Sarkozy, qui jouait la stratégie Buisson du clivage dur et permanent, François Hollande, lui, c'est par excès de synthèse qu'il a pêché durant son mandat. Mais aujourd'hui, cet esprit de rassemblement, même si peu de monde à gauche viendra courir pour l'encourager à revenir sur le devant de la scène, peut jouer davantage en sa faveur. Pour le PS, l'enjeu est bien de favoriser un esprit de reconquête et de rassemblement, entre la France Insoumise de Mélenchon et La République En Marche, un peu coincée par les difficultés de l'exercice du pouvoir. 

La question est de savoir, côté François Hollande, si ses paroles, qu'il a jugé bon de libérer sur la place publique ces derniers mois, relève d'une simple volonté de vengeance vis-à-vis de son ancien Ministre, Emmanuel Macron, ou s'il est véritablement entré dans une stratégie de reconquête du pouvoir, qui commencerait par la reprise morale du PS. 

Quelles seraient les conditions politiques nécessaires à un tel scénario ? En quoi le cas de la "farce" décrite par Nicolas Sarkozy, évoquant l'idée de circonstances exceptionnelles, pourrait-il ouvrir une possibilité pour les anciens présidents ? 

Les circonstances exceptionnelles doivent l'être vraiment pour permettre le retour d'ex-Présidents, quelles que soient leur talent, qualité et volonté. Valéry Giscard d'Estaing, après 1981, y a cru pendant des années. En vain. Il avait les qualités, la volonté, et il avait même repris la présidence d'une formation politique, l'UDF. Mais ces circonstances exceptionnelles ne sont pas venues, et les Français l'avaient enfermé dans une image, celle du perdant. Sous la Vème République, l'élection du Président au suffrage universel crée une sacralisation du personnage, quand il est victorieux. Quand il perd, la sacralité tombe. Durablement. Pour Nicolas Sarkozy, et même pour François Hollande qui n'a pas été à proprement parler battu, une page d'histoire a été tournée et, indépendamment de leur volonté ou énergie, il faudrait des circonstances terriblement exceptionnelles pour qu'ils puissent s'imposer comme un recours évident. On en est pas là. 

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