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©Thomas SAMSON / AFP

Chimère du ni-droite ni-gauche

Mais quand Emmanuel Macron acceptera-t-il que sa seule chance de gagner la présidentielle est d’être le candidat de la gauche ?

Le PS demeure à la traîne dans les sondages, généralement à la cinquième position. Ainsi, mécaniquement, la pression pourrait devenir de plus en plus forte pour que le parti se range derrière Emmanuel Macron.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

Voir la bio »Benjamin Griveaux

Benjamin Griveaux

Benjamin Griveaux est le porte-parole du mouvement d'Emmanuel Macron "En Marche !"

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Est-ce qu'Emmanuel Macron a intérêt a sortir de sa position de candidat en dehors du système partisan pour assumer une position de candidat de "gauche de gouvernement"? Quels seraient les risques d'une telle démarche ? 

Bruno Cautrès : Pour répondre totalement à la question il faudrait que l’on connaisse  deux paramètres essentiels, qui peuvent avoir une influence sur la stratégie d’Emmanuel Macron : le candidat de gauche issu de la primaire et la décision de François Bayrou sur sa candidature ou pas. Si la primaire désigne un candidat plus à gauche que Manuel Valls, par exemple Benoit Hamon ou Arnaud Montebourg, et que François Bayrou n’est pas candidat, cela ouvre un boulevard à Emmanuel Macron pour attirer les votes des électeurs de centre gauche et de centre-droit. Dans ce cas, il n’aurait aucun intérêt à se déclarer trop ouvertement à gauche ou de gauche. Mais même dans le cas où Manuel Valls gagnerait la primaire, on ne voit pas bien son intérêt à se ranger comme candidat de gauche du gouvernement. Emmanuel Macron s’est positionné comme "et de gauche et de droite" ; l’émergence et la stabilité de sa popularité sont un symptôme que si la gauche et la droite continuent d’être des notions qui rendent compte de la réalité de la société française, une aspiration à passer à autre chose existe de plus en plus fortement. Les recherches empiriques conduites par les chercheurs du Cevipof montrent depuis une quinzaine d’années que la politique française est en deux dimensions : le clivage entre la gauche et la droite et simultanément le clivage sur la mondialisation, l’ouverture ou la fermeture. Issu de la gauche, Emmanuel Macron n’appartient pas ou n’appartient plus à la politique en une dimension ; le risque serait grand pour lui d’y revenir, il perdrait ce qui fait son originalité. 

Benjamin Griveaux : Le projet que porte Emmanuel Macron depuis le lancement d’En Marche ! le 6 avril 2016 à Amiens, c’est de sortir des postures éculées entre la droite et la gauche qui ont paralysé notre pays depuis trente ans et livré la France aux appareils politiques. Le résultat des dernières décennies est sans appel : une France bloquée par les corporatismes et des Français qui nous disent que leurs vies sont empêchées. Il est temps de remettre de la mobilité dans la société française : de la mobilité économique, sociale et politique. C’est ce qu’Emmanuel Macron s’emploie à faire depuis des mois en dessinant une nouvelle frontière entre, d’un côté, les conservateurs – de droite comme de gauche – défenseurs acharnés d’un glorieux passé souvent fantasmé et, de l’autre côté, les tenants du progrès. C’est cette révolution démocratique dont nos 130 000 adhérents se sont emparés. Il est donc tout simplement impensable d’abandonner un engagement sincère, qui fonde notre démarche, pour trahir celles et ceux qui nous ont fait confiance depuis des mois et qui ont pris tous les risques pour porter une espérance.

Est-ce qu'au contraire la vraie chance du candidat Macron n'est pas d'arriver à mobiliser les abstentionnistes ou les votes blancs exprimés par des citoyens lassés du système partisan à la française ?

Bruno Cautrès : Son positionnement original peut sans doute intéresser des électeurs qui seraient tentés par l’abstention. Mais dans le même temps, on voit qu’en général les catégories qui soutiennent Emmanuel Macron sont plutôt des catégories sociales aisées, bien intégrés socialement et politiquement. N’oublions pas non plus que l’élection présidentielle mobilise : lors des deux dernières élections, 2007 et 2012, les taux de participation ont été importants aux deux tours (de l’ordre de 80%). Emmanuel Macron intéresse beaucoup une fraction de l’électorat qui participe mais est très déçue, lassée, des habituelles batailles politiques et qui aspire à un changement dans le style et le contenu de l’offre politique. 

Benjamin Griveaux : Le meeting qui s’est tenu Porte de Versailles le 10 décembre dernier a réuni 15 000 personnes autour d’Emmanuel Macron. Pour plus de la moitié des personnes présentes, il s’agissait de leur première participation à un meeting de leur vie. C’est l’une des forces de notre mouvement : faire venir à la politique des Français qui s’en sont tenus éloignés et fédérer des personnes de bonne volonté dont la principale envie est de faire bouger les lignes.

Le PS continue à être en 5e position des intentions de vote dans les sondages. Est-ce que le parti pourrait accepter de se ranger derrière un candidat comme Emmanuel Macron ou va-t-il préférer "laisser filer" l'élection présidentielle pour régler des comptes et continuer sa purge après l'élection ? 

Bruno Cautrès : Pour le moment, la situation du PS semble désespérée : il est à contre-temps par rapport au timing des autres candidats qui sont déjà dans leur dynamique alors que le PS est toujours dans sa primaire avec des candidats qui sortent des propositions dans un temps court. On voit néanmoins certaines questions qui commencent à marquer l’opinion comme par exemple l’idée d’un revenu universel, portée notamment par Benoit Hamon. Il faut donc être prudent quant aux intentons de vote dans un tel contexte. Si une fois passé le choix d’un candidat les intentions de vote ne décollent toujours pas, le plus probable est que le PS et la gauche attendront le soir du premier tour pour appeler à voter pour Emmanuel Macron s’il se qualifiait pour le second tour. La reconstruction du PS et son positionnement vis-à-vis d’Emmanuel Macron évoluerait alors notablement. Dans le cas où ni le candidat du PS, ni Emmanuel Macron ne se qualifient pour le second tour, l’après-présidentielle sera un grand moment de vérité pour la gauche et le PS notamment. Les partis politiques sont résilients et s’adaptent mais jusqu’à un certain point. 

Benjamin Griveaux : Les sondages sont un instantané, une photographie à un instant T. Or, une campagne présidentielle, c’est une dynamique. Et cette dynamique s’incarne aujourd’hui dans la candidature d’Emmanuel Macron. Deux tendances se dessinent depuis de nombreux mois : d’abord, celle de l’élimination, dans toutes les configurations possibles, du candidat socialiste du premier tour de l’élection, quel que soit ce candidat. Ensuite, et cela de manière systématique, ces enquêtes placent Emmanuel Macron en 3ème position. Ma conviction, c’est que le Parti socialiste n’est en rien propriétaire des voix des électeurs de gauche. Il ne faut pas oublier que le Parti socialiste, ce sont d’abord et avant tout des militants et des sympathisants sincères, pas les hiérarques de la rue de Solférino qui ont pour seul projet politique de préserver les intérêts de l’appareil.

Est-ce qu'il n'y aurait pas une bulle spéculative qui se serait créée autour du candidat lorsque l'on dit qu'il va "mobiliser les déçus" alors que le report des voix en sa faveur n'a rien de certain et ne pourra être confirmé -ou pas- qu'après dépouillement ? 

Bruno Cautrès : Bien sûr, il faut être également prudent avec les reports et transferts de voix mesurés à partir d’intentions de vote. Mais il semble bien établi que selon qui sera choisi par la primaire socialiste, les "déçus" du hollandisme ou du "vallsisme" pourraient être amenés à choisir Emmanuel Macron comme leur candidat. La gauche est assez divisée sur des questions comme les déficits publics et la contrainte européenne des 3%, la baisse des charges, le marché du travail ou la fiscalisation des heures supplémentaires ou même les 35 heures. La fraction la plus favorable aux évolutions mises en place par F.rançois Hollande et Manuel Valls, à l’idée d’une gauche gestionnaire et qui accepte les contraintes européennes, se retrouvera davantage dans le message réformateur/réformiste d’Emmanuel Macron que dans le message volontariste/protectionniste d’Arnaud Montebourg par exemple. La question de la fin (au sens de la disparation mais aussi au sens de la finalité) du travail et du contrat de travail tel que nous l’avons connu dans les décennies précédentes, diagnostic posé par Benoit Hamon, a introduit un débat tout à fait intéressant quant aux conclusions qu’il faut en tirer : protéger/redistribuer indépendamment du travail ou flexibiliser/recomposer les droits qui vont avec le travail. Toutes ces questions vont faire apparaître de fortes différences entre les candidats à la primaire du PS et selon celui qui sera choisi, Emmanuel Macron pourra attirer vers lui ou pas des électeurs intéressés par ce que le "macronisme" dit sur ces questions. 

Benjamin Griveaux : La fameuse "bulle spéculative" pèse désormais 130 00 adhérents, 3 500 comités locaux et organise 400 événements partout en France chaque semaine. Aucun autre mouvement politique n’est en mesure de susciter une telle mobilisation aujourd’hui. Nous sommes donc sereins et confiants. La sincérité de notre démarche et la cohérence de notre offre politique feront la différence aux mois d’avril et de mai prochains.

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