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Qatar : la Coupe du monde 2022 menacée
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Bonnes feuilles

Qatar : la Coupe du monde 2022 menacée

Après avoir travaillé pendant trois ans pour la télévision qatari, le reporter décrypte les conditions sociales, politiques et économiques du pays. En proie à une lutte fratricide qui oppose deux tendances politico-religieuses, la région fait également face à des difficultés économiques sans précédent et à une crise sociale, notamment autour du lobby de la Coupe du monde de football 2022. Extrait de "Qatar, vérités interdites : Un émirat au bord de l'implosion" d'Emmanuel Razavi, publié aux Editions L'Artilleur. 2/2

Emmanuel  Razavi

Emmanuel Razavi

Diplômé de Sciences politiques, Emmanuel Razavi est grand reporter. Spécialiste du golfe persique, il a notamment collaboré avec Planète, Arte, M6, France 24, Valeurs Actuelles, le Figaro Magazine, le Spectacle du Monde et Paris Match. Il est auteur de plusieurs essais et  documentaires sur le Proche et le Moyen-Orient.

Il dirige le média FILD.

Son dernier ouvrage, coécrit avec Alexandre del Valle, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Toutefois, malgré la confirmation de l’événement à Doha du 28 novembre au 18 décembre 2022 et bien que l’émirat communique abondement sur l’avancée de ses chantiers, celui-ci risque bien de ne pas se tenir pas là-bas.

Pour plusieurs raisons.

D’abord les conservateurs n’en veulent pas. Ils consi­dèrent que l’événement va attirer des milliers de hooligans et de prostituées, et générer une importante consom­mation d’alcool. Ils sont tellement remontés contre ce projet qu’en privé, un membre du comité d’organisation m’a affirmé, en présence d’un autre confrère français, qu’ils étaient probablement « à l’origine des informa­tions diffusées à la presse occidentale sur la pratique de l’esclavage sur les chantiers de la coupe ».

Le budget pharaonique lié à l’organisation de l’évè­nement, initialement estimé à plus de 20 milliards de dollars (sur près de 200 milliards liés aux infrastructures connexes), a accumulé les dépassements en raison de nombreux retards. Des douze stades initialement prévus par le comité d’organisation, il n’en reste plus que huit.

Une mauvaise surprise qui intervient alors que le pays connaît pour la première fois de son histoire récente une période de déficit budgétaire de l’ordre de 8 % et sa croissance, un net ralentissement dû à la chute du prix des hydrocarbures qui impacte les exportations de gaz.

A Doha, la nouvelle fait des ravages. Dans les bureaux du comité d’organisation, on s’inquiète, on crie sa rage et on invective les consultants étrangers en les accusant d’incompétence, avant de mettre fin à leurs contrats.

Il se passe en fait la même chose que dans les grandes entreprises publiques de l’émirat. Les responsables, qui passent plus de temps en mondanités dans les salons feutrés de l’hôtel Four Seasons de Doha qu’à leurs tables de travail, se montrent pour la plupart incapables de gérer un projet d’une telle envergure.

Au moindre problème ils se braquent, font porter le chapeau à des subalternes qu’ils finissent par remercier. Alors les équipes changent, la ligne de conduite et la stratégie aussi.

Autant dire que la chute du prix du brut a bon dos…

Si parmi les architectes des stades il y a de formidables professionnels, leurs équipes s’arrachent les cheveux dès qu’elles ont à travailler avec des Qataris souvent dépassés par l’ampleur de la tâche, qui donnent le change en leur souriant béatement lors des réunions sur la sécurité ou en fronçant les sourcils lorsqu’ils n’adhèrent pas à une idée.

Je l’ai évoqué à plusieurs reprises, il y aussi le problème récurrent de la maltraitance des ouvriers travaillant sur les chantiers, ainsi que leurs mauvaises conditions de vie et d’hygiène. Les Qataris ont beau dire qu’ils vont abolir un système s’apparentant à une forme évidente d’esclavage, rien n’est fait.

Cela pose un problème éthique à la FIFA ainsi qu’aux grandes organisations humanitaires internationales qui dénoncent à juste titre ce fléau. Bien sûr, les Qataris balaient d’un revers de la main ces accusations, arguant du fait que les travailleurs sont suivis médicalement et que l’on se préoccupe aussi de leur conseiller des programmes nutritionnels pour mieux affronter leur charge de travail et la chaleur extrême.

Enfin, si les températures sont relativement clémentes à la période choisie pour la Coupe du monde, reste le problème de la pollution et des risques de tempêtes de sable. Comment les joueurs vont-ils supporter cet environnement hostile, le Qatar étant l’un des trois pays les plus pollués au monde ? Comment vont-ils faire face aux fines particules de sable qui provoquent chaque année des dizaines d’étouffements ?

Il y a tant de questions auxquelles l’émirat n’a pas répondu de façon convaincante. Tant de questions, surtout, qui n’ont pas été posées.

Que la Coupe du monde n’ait pas lieu en 2022 à Doha serait terrible pour le monde arabe. Il faut pourtant se rendre à l’évidence. Rien ne sera prêt à temps, cela sans compter les problématiques évoquées au fil des pages précédentes et dans ce chapitre, qui font que les structures mêmes de l’émirat risquent de s’écrouler avant.

Extrait de "Qatar, vérités interdites : Un émirat au bord de l'implosion" d'Emmanuel Razavi, publié aux Editions L'Artilleur

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