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Les parents sont de plus en plus exigeants envers leurs enfants.
Les parents sont de plus en plus exigeants envers leurs enfants.
©Reuters

Premier de la classe, tu seras

Pourquoi trop de parents tombent dans le piège de "l’hyper-éducation"

De plus en plus de parents surinvestissent dans la réussite scolaire de leurs enfants, notamment à cause de la peur du chômage. Mais cette éducation présente certains risques.

Alain Sotto

Alain Sotto

Alain Sotto est psychopédagogue. II s'est spécialisé dans les stratégies d'apprentissage pour enfants et adultes. Il a co-écrit, avec Varinia Oberto, "Le beau métier de parent" aux éditions Hugo Doc.

 

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Atlantico : Il est communément admis que l'exigence et l'investissement soutenu des parents assurent une meilleure réussite (scolaire puis professionnelle) aux enfants. Pourtant une récente étude révèle que de trop hautes attentes des parents peuvent s'avérer contre-productives. Où se trouve la limite entre une exigence saine et une exigence excessive dans l'éducation des enfants ?

Alain Sotto : Il est vrai que l'investissement parental dans le suivi scolaire de l'enfant a un effet bénéfique sur sa réussite. Il n'est pas étonnant de constater que les enfants d'enseignants obtiennent les meilleurs résultats : même langage parlé à l'école qu'à la maison, présence plus importante des parents/enseignants pour l'aide aux devoirs, connaissance des attentes de l'école, et une moyenne de 15 minutes de plus journalières qui leur sont consacrées. 

De même, les parents qui montrent l'intérêt qu'ils portent à ce que l'enfant apprend, à ce qu'il réussit dans ses études, mais aussi à ses autres activités (sportives, musicales, créatrices), aux passions qu'il a par ailleurs, l'accompagnent avec justesse dans son développement personnel, dans sa construction intellectuelle.

Malheureusement, quand ils se font trop pressants, quand ils demandent à l'enfant d'être toujours performant, qu'ils placent trop haut la barre à atteindre, leur attente est déraisonnable et contre-productive, parce que soit il s'épuise pour tenter de leur faire plaisir, pour devenir l'enfant idéal auquel ils rêvent, soit n'y parvenant pas, il perd toute confiance en lui, et il peut traîner cela pendant toute sa scolarité et même devenir un adulte doutant de ses capacités. 

Entre exigence excessive et laisser-faire, il s'agit d'arriver à trouver un juste équilibre, différent pour chaque enfant.

Comment expliquer cette tendance à l'hyper-éducation des enfants ?

On parle d'hyper-éducation quand les parents sur-investissent la relation scolaire et finissent par élever des élèves et non plus des enfants. Depuis une trentaine d'années, l'enfant a été placé au centre de la famille, et sur lui se fondent toutes les attentes. Auparavant, l'avenir était moins incertain (moins de chômage), et on donnait à l'enfant le temps de se construire, et souvent il n'avait qu'à suivre naturellement la voie tracée par des parents plus tranquilles. Maintenant il se trouve mis dès son plus jeune âge, au sein de l'école, dans un univers de compétition (notes, contrôles). Aussi, certains, croyant bien faire, lui demandent toujours plus, de se dépasser afin d'exploiter tout son potentiel, de travailler pendant les vacances scolaires pour ne pas perdre ses acquis, d'être bon au piano, au tennis, non seulement bon, mais doué. Le rêve de nombreux parents serait d'avoir un enfant "surdoué", il n'y a qu'à voir l'importance croissante donnée au Q.I. Ils ne lui demandent pas d'être un enfant épanoui, mais un enfant qu'ils veulent performant en pensant à son avenir.

Quelles conséquences cette hyper-éducation peut-elle avoir sur les enfants ?

Les conséquences sont souvent dommageables. On note la fatigue de l'enfant débordé par les heures consacrées au scolaire et aux multiples autres activités qui ne lui laissent pas le temps de respirer, une inquiétude, grandissante au fil des années, de celui qui n'arrive pas à satisfaire les attentes de la famille. On note également la peur aux contrôles et aux examens le privant d'une partie - voire de tous- ses moyens.

Une conséquence plus grave est l'envahissement de la relation scolaire au détriment des autres centres d'intérêt de l'enfant, et plus grave de la relation affective. L'enfant à la maison perd son identité d'enfant pour celle d'élève.

J'ai remarqué, au cours de mes consultations, des situations sur lesquelles les parents n'avaient aucun recul et auxquelles il ne comprenaient rien : des adolescents, certes en réussite, mais que le stress avait fini par plonger dans la dépression ;  des enfants en échec en classe :  comment les parents pourraient-ils comprendre que pour eux, c'est la seule possibilité qu'ils trouvent pour résister à une attente irréaliste et exister par eux-mêmes.

Quand on élève ses enfants, comment trouver l'équilibre entre le fait d'être trop exigeant et le fait de pas l'être assez ?

Faire en sorte que son enfant, son adolescent, soit parfait, soit le meilleur est une demande déraisonnable. Il faut parvenir à ce qu'il ait une vie équilibrée au sein d'une famille équilibrée. L'important est que la parole circule au sein de la famille, entre chacun de ses membres, que les parents écoutent vraiment l'enfant. Que chaque jour, ils privilégient quelques minutes "partagées", un vrai présent d'où sont exclus le passé, le futur, un moment où l'on est tout simplement bien ensemble. Les parents doivent être certes exigeants mais aussi accueillants, et ne surtout pas essayer de le faire calquer à l'image de l'enfant idéal qu'ils ont en tête, un fantasme d'enfant.

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