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Pourquoi les comptes publics risquent de déraper en France cette année
©Fabrice COFFRINI / AFP

Edito

Pourquoi les comptes publics risquent de déraper en France cette année

Si Emmanuel Macron ne sera pas à Davos cette année, la France est tout de même représentée par Bruno Le Maire accompagné de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Economie Agnès Pannier-Runacher et Muriel Pénicaud, ministre du Travail.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Etrange contraste : le ministre de l’économie Bruno Lemaire vient de réaffirmer lors du séminaire de Davos que la France connaitrait une croissance de 1,7% cette année. L’optimiste du grand argentier est pourtant contredit par la plupart des observateurs ainsi que des organismes mesurant la conjoncture. Au demeurant ce comportement s’inscrit dans une tradition bien française, où l’on gonfle les prévisions de manière à faire apparaître des recettes supplémentaires fictives qui donnent à penser que l’on déploie des efforts pour réduire les déficits.  Ainsi le ministre ne tient pas compte des nouvelles données de la banque centrale européenne ou des instituts qui s’inquiètent du ralentissement d’envergure qui se manifeste en Europe. Car le mini plan de relance annoncé sous l’effet de la pression des gilets jaunes ne devrait pas entraîner un bonus de plus d’un demi-point du produit intérieur brut, alors que les spécialistes créditent notre pays d’un taux de croissance plutôt compris entre 1,3 été 1,5% cette année, c’est à dire nettement au dessous des espoirs du gouvernement. 

L’horizon s’est brutalement obscurci sur le vieux continent. L’Allemagne connait un atterrissage brutal de la demande qui s’est accéléré en janvier alors que la confiance des entrepreneurs est retombée à son niveau le plus bas depuis 2014. La situation n’est guère plus brillante en Italie où la récession est aux portes, tandis que pour l’ensemble européen le moral des patrons est revenu cinq ans et demi en arrière. L’impact va se faire sentir très rapidement sur les exportations, d’abord en Allemagne mais aussi sur les pays voisins. De nombreuses entreprises commencent à réduire la voilure et les perspectives d’investissement s’assombrissent. En France, le mouvement s’effectue comme souvent avec un peu de retard : les carnets de commande sont encore bien garnis, parce que la production est bridée par le manque de bras disponibles, alors que nous avons le taux record du chômage en Europe, mais une main d’œuvre souvent inadaptée qui ne répond pas aux qualifications réclamées par l’industrie.

Comment peut-on dès lors répondre à une relance de la demande, alors que les marges de manœuvre paraissent très limitées ?. Les dix milliards qui vont être injectés dans les circuits vont d’abord alimenter les importations pour l‘essentiel et creuser les déficits commerciaux, tandis qu’une partie ira gonfler l’épargne de précaution de ceux qui s’inquiètent pour l’avenir. Alors qu’il conviendrait de stimuler la production de l’industrie victime d’au moins vingt années de désindustrialisation, on continue de vouloir améliorer une redistribution qui est pourtant déjà une des plus fortes du monde, puisqu’elle a déjà réduit fortement  les inégalités, au lieu de chercher à mieux produire. Et notre pays connait ce résultat affligeant d’avoir un niveau de redistribution inégalé avec pourtant un niveau d’insatisfaction inconnu ailleurs. La banque centrale européenne pointe du doigt l’ampleur excessive des dépenses sociales qui contribue à plomber la productivité et à aggraver la compétitivité de nos produits. La valeur ajoutée en France est inférieure d’un tiers à celle de l’Allemagne. Le niveau du Smic est trop élevé pour une main d’œuvre qui manque de qualification et dont la formation ne peut être améliorée que sur le long terme et en recourant à des subterfuges comme la prime d’activité qui ne pourra avoir un caractère durable. Pour aboutir à une vraie réforme du système social, il faudrait accepter de s’affranchir des trente-cinq heures de travail hebdomadaire, ou encore de reculer l’âge de la retraite, deux tabous insurmontables dans le climat présent. De sorte que l’on constatera au fil des mois une lente dégradation des comptes publics, aggravée par le manque de soutien d’une conjoncture internationale déprimée.

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