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Seniors précaires

Pourquoi le président des jeunes socialistes ferait mieux de se préoccuper des nombreux seniors payés au Smic que des jeunes qui commencent leur carrière

Alors que Benjamin Lucas a affirmé par erreur ce mercredi que les jeunes représentaient un tiers des salariés au Smic en France aujourd'hui, ce sont bien les plus de 40 ans qui fournissent le plus gros contingent parmi ces bas salaires.

Yannick L’Horty

Yannick L’Horty

Yannick L’Horty est Professeur à l’Université Paris-Est, directeur de la fédération de recherche « Travail, Emploi et Politiques Publiques » du CNRS.

Il est spécialiste du marché du travail et de l’évaluation des politiques publiques dans le domaine de l’insertion et de l’emploi.

Dernier ouvrage paru : Les nouvelles politiques de l’emploi, Collection Repères, la découverte.

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Atlantico : Ce mercredi, Benjamin Lucas, président des Jeunes socialistes, a affirmé que les jeunes représentaient un tiers des salariés au Smic en France. Si les moins de 25 ans n’en représenteraient que 19% d’après les derniers chiffres officiels, la précarité des jeunes salariés reçoit généralement un fort écho médiatique. Qu’en est-il des travailleurs seniors ? Quelle est la part de seniors touchant le Smic et quelle est l'évolution de cette statistique au cours des dernières années ?

Yannick L'Horty : Il y a eu une confusion de pourcentages. On dénombre près de 30% de salariés au Smic parmi l’ensemble des salariés de moins de 25 ans, selon les chiffres du ministère du Travail. Mais les jeunes sont souvent en formation et ils ne représentent effectivement que 19% de l’ensemble des salariés au Smic. C’est tout de même beaucoup plus que leur part dans la population en âge de travailler qui est de 6,7%. Chez les plus de 40 ans, on dénombre 8,6% de salariés au Smic mais ils représentent 42,1% de l’ensemble des salariés au Smic et 53% de la population en âge de travailler. On l’ignore trop souvent, mais des seniors sont très concernés par le salaire minimum et ils représentent d’ailleurs la majorité des salariés au Smic les mieux payés. Cette proportion est d’ailleurs plutôt en hausse sur les dernières années sous le double effet du vieillissement de la population active et de la modération salariale.

Comment expliquer que des personnes, en fin de carrière, restent ancrées au niveau du Smic ? En quoi est-ce inquiétant pour l'économie française ?

Le Smic est une rémunération horaire brute, fixée à 9,67 euros depuis le premier janvier dernier. Cela correspond à 1466,62 euros mensuels. Mais un salarié au Smic ne touche pas nécessairement ce montant de rémunération chaque mois. Il peut toucher moins s’il est à temps partiel, ce qui concerne 40% des salariés au Smic, ou s’il a des avantages en nature. Il peut toucher plus s’il est à temps complet et qu’il bénéficie de primes, notamment d’ancienneté, s’il effectue des heures supplémentaires ou s’il dispose d’autres composantes de rémunération qui ne rentrent pas dans l’assiette de vérification du salaire minimum. Les salariés qui ont plus de dix ans d’ancienneté dans leur entreprise représentent plus de 16% des salariés au Smic. Ces personnes ne restent donc pas ancrées à 9,67 euros de l’heure, elles peuvent être rémunérées à plus de 1,3 Smic, comme c’est le cas de près d’un salarié au Smic sur huit. Quoi qu’il en soit, le fait qu’une proportion élevée des salariés soit rémunérée au salaire minimum n’est une bonne nouvelle pour personne. Cette proportion est particulièrement élevée en France où elle fluctue autour de 12 %, soit l’un des plus hauts niveaux derrière le Luxembourg où le salaire minimum est le plus élevé d’Europe. Un objectif consensuel de politique publique devrait être de réduire la proportion de salariés rémunérés au salaire minimum.

Avec le vieillissement de la population, doit-on s’attendre à voir le nombre de salariés âgés touchant le Smic augmenter dans les années à venir ?

C’est le vieillissement de la population active qui importe et il va se poursuivre tant que les classes d’âge nombreuses nées entre 1945 et 1965 composeront encore la majorité de la population en âge de travailler. Or, depuis le milieu des années 2000, ces générations ont commencé leur départ en retraite. Elles sont progressivement remplacées sur le marché du travail par des cohortes moins nombreuses nées après 1965. La part de salariés âgés au Smic dans l’ensemble des salariés au Smic peut donc mécaniquement augmenter à moyen terme, même si elle est destinée à se réduire à long terme.

Au-delà de la variable de l’âge, quel état des lieux peut-on faire des salariés au Smic en France (secteurs d’activité, emplacement géographique, sexe, niveau d’études, etc.) ?

Les statistiques publiées tous les ans par le ministère du Travail montrent que les caractéristiques des salariés au Smic sont toujours les mêmes. On peut en dresser le profil-type. Il s’agit d’une femme sans diplôme d’une trentaine d’années qui a été récemment embauchée en tant qu’employée dans une petite entreprise des services à la personne, du commerce, dans l’hôtellerie-café-restauration ou d’un secteur traditionnel de l’industrie (cuir, textile, habillement, ..). Elle habite une région où ces différents secteurs d’activité sont bien représentés, comme le Nord-Pas-de-Calais-Picardie ou le sud-ouest. Certains changements dans ce profil type méritent d’être soulignés. Ainsi, on peut noter qu’un tiers des salariés au Smic n’occupe ni un CDD ni un CDI, mais un autre type de contrat de travail, tel le contrat aidé ou un emploi temporaire. Or, ces formes de contrats se sont développées depuis l’entrée en crise du marché du travail français, à la mi-2008.

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean

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