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Un nombre croissant de jeunes pensent que le système hiérarchique est mort et enterré.

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Pourquoi la hiérarchie reste la plus efficace des organisations du travail

La hiérarchie en entreprise semble souvent un repoussoir, notamment pour les jeunes générations. Même si le modèle a ses limites – notamment en termes de réactivité – il continue d'afficher les meilleures performances, gages de sa durabilité.

François Dupuy

François Dupuy

François Dupuy est Directeur Académique du Centre Européen d'Education Permanente (CEDEP) et consultant indépendant.

Il est l'auteur de La fatigue des élites : Le capitalisme et ses cadres (Seuil, avril 2005)  Lost in management : La vie quotidienne des entreprises au XXIe siècle (Seuil, février 2011) et Sociologie du changement - Pourquoi et comment changer les organisations (Dunod, janvier 2004).

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Atlantico : Les communications instantanées ont de plus en plus tendance à brouiller les frontières et les usages. Tant et si bien qu'un nombre croissant de jeunes pensent que le système hiérarchique est mort et enterré. Qu'en est-il vraiment ? Quelle est la place, aujourd'hui, de la hiérarchie en entreprise ?

François Dupuy : Les évolutions des modes d'organisation de entreprises sont très lentes. Ainsi, quoiqu'on en pense, le mode taylorien est encore dominant avec ses deux caractéristiques: le découpage en "territoires" et le fonctionnement hiérarchique. On a pu montrer que même les entreprises de la "nouvelle économie", dès lors qu'elles grandissent, ont tendance à se structurer comme toutes les autres. On peut donc produire les technologies nécessaires à un fonctionnement plus "ouvert", ce n'est pas pour cela qu'on l'adopte.

Jeffrey Pfeffer, dans une étude relative à la place de la hiérarchie en entreprise, estime qu'il s'agit du modèle le plus efficace. Dans quelle mesure est-ce vrai ? De quels avantages jouit le système hiérarchique qu'on connait aujourd'hui (et qu'on a connu hier) ?

C'était aussi l'argument de Max Weber. Il y a donc longtemps que les vertus du système hiérarchique ont été mises en avant. L'idée est celle de la clarté et de la lisibilité des organisations ainsi que celle d'une définition connue des responsabilités. Mais la réalité est bien sur plus complexe car il n'y a pas qu'un type de fonctionnement hiérarchique. Les organisations dites "plates" c'est à dire à niveaux hiérarchiques réduits sont en effet efficaces. Mais à l'inverse, plus on multiplie les niveaux et plus l'organisation se "brouille" et offre aux acteurs du multiple opportunités de jeu.

Pour autant, celui-ci peut poser problème dès lors qu'il doit faire face à de l'instantané. Mais, au fond, n'est-ce pas la multiplication des échelons qui constitue une dérive ? Dans le cadre d'une petite entreprise où le pouvoir reste concentré dans les mains d'un ou deux chefs, rencontre-t-on ce problème ?

De nombreuses études ont démontré que plus une organisation réduit le nombre de ses niveaux hiérarchiques et plus les salariés trouvent cette hiérarchie pesante et inversement. Ce que l'on appelle "le poids de la hiérarchie" est donc inversement proportionnel au nombre de niveaux. L'administration publique est une admirable illustration de ce paradoxe et c'est pour cela qu'on a pu la décrire comme une organisation en "miettes". Le poids apparent des niveaux intermédiaires, comme dans les entreprises, accroit en réalité la liberté de la base et donc dilue les possibilités de contrôle.

 

Quels sont les exemples d'entreprises collaboratives qui ont connu la réussite ? Qu'en penser ? Ce modèle pourrait-il s'exporter ?

Des auteurs comme Oliver Williamson ont posé depuis un certain temps la question de la supériorité du fonctionnement de type "marché" par rapport à celui de type "hiérarchie"; Ils ont en particulier fait observer que les coûts de transaction (circulation de l'information par exemple) sont inférieurs dans le type "marché". Les décisions peuvent donc être plus rapides et plus efficaces, ce qui est capital dans les univers très concurrentiels. C'est bien ce qu'a compris une entreprise comme CISCO qui a substitué à la notion de hiérarchie celle de "communauté virtuelle", qui se constitue, hors territoires et hors hiérarchies, dès lors qu'il s'agit de répondre à la demande d'un client.

La contrepartie d'un tel système souple et réactif est la présence de modes d'évaluation très fréquents et très précis. Mais ceci est loin, très loin, d'être le modèle dominant qui reste encore très traditionnel. Robert Reich, ancien ministre de Bill Clinton, a expliqué cette permanence par la présence massive de militaires dans les entreprises après la guerre. Mais la disparition progressive de cette génération n'a pas changé grand chose dans les modes de gouvernement des entreprises.

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