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Le bon vieux temps

Pourquoi il faudra beaucoup plus qu'un Brexit pour que la France retrouve son influence perdue en Europe

La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne offre l'occasion à la France de regagner une influence politique et institutionnelle au sein de l'ensemble européen. Pour cela, elle doit notamment être un leader en termes d’innovations politiques mais aussi renvoyer une image d’harmonie sociale qui inspire confiance.

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat est professeur à l'Université de Cergy-Pontoise, titulaire de la chaire Jean Monnet ad personam.

Il est l'auteur de Histoire de l'Union européenne : Fondations, élargissements, avenir (Belin, 2009) et co-auteur du Dictionnaire historique de l'Europe unie (André Versaille, 2009).

 

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Atlantico : La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne appelle selon les mots de François Hollande à un "sursaut européen". Dans quelle mesure la France pourrait-elle influencer ce sursaut européen et les orientations futures de l'Union ? Au travers de quels postes clés dans les institutions européennes la France pourrait-elle faire valoir ses positions ?

Gérard Bossuat : On connaît les réponses des partis politiques et des groupes d’intérêts. Ce qu’on connaît moins ce sont les désirs ou l’état d’esprit des citoyens français. Mais là aussi les partis sont partagés et de plus en plus se manifeste une opposition simpliste entre pro-communautaires et anti communautaires européens. Le terme de "sursaut européen" me paraît bien vague, mais au moment où nous écrivons les grandes réunions de l’après Brexit n’ont pas encore fourni une feuille de route sérieuse pour les 27 pays qui sont encore membres de l’Union. Quant à l’influence de la France dans le sursaut européen et les orientations futures de l’Union il faut veiller à ne pas faire de l’impérialisme. La France doit avoir un avis mais elle doit aussi négocier avec ses partenaires pour arriver à des compromis satisfaisants pour les gouvernements et suffisamment riches d’avenir pour les peuples. Mettons à part les anti-communautaires qui désirent la fin des actuelles institutions européennes sous prétexte qu’elles empiètent sur la souveraineté nationale (présidence de la Commission, présidence de l’Union par exemple), les citoyens pro-européens et les partisans d’une Union renforcée attachent de l’importance au Parlement européen et à la présidence de la Commission européenne qui est la gardienne des traités et peut prendre des initiatives dans les limites des compétences que les traités lui ont accordé. Tous savent bien aussi le rôle majeur que joue le Conseil des chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union, grand-messe qui oriente les projets de renforcement de l’Union.

Pour influencer les partenaires de l’Union, il faut avoir des idées qui répondent aux nécessités du moment : la France a proposé le plan Schuman de mai 1950, la supranationalité et l’entente avec l’Allemagne ; la France a soutenu le marché commun en 1957 et inventer l’Euratom, De Gaulle l’indépendance de l’Europe, Pompidou l’achèvement, l’approfondissement et l’élargissement de la Communauté européenne, Giscard, avec Schmidt une politique monétaire commune, Mitterrand et Kohl l’Union européenne, la monnaie commune et l’adhésion des pays d’Europe orientale et centrale, anciens satellites de l’URSS à l’Union. Tout ce qui vient d’être listé a fonctionné. Mais il est de plus en plus rare qu’un seul membre de l’Union puisse imposer une idée forte sans le relai de certains autres. L’influence est donc aussi une affaire de diplomatie, de prudence, d’écoute et de compromis acceptables entre partenaires qui débouchent parfois par des clauses d’exception en faveur de l’un ou l’autre (clauses d’opting out en faveur du Danemark ou de la Grande-Bretagne par exemple). Il n’y a pas de postes clefs, tous le sont : commissaires européens, président de la Commission (Juncker), président du Parlement (Schultz), président du Conseil de l’Union (Tusk). Les institutions européennes sont faites pour être partagées entre les pays membres. Aucun ne doit dominer les autres. Néanmoins l’influence s’exerce aussi par les moyens classiques de la puissance : population, prospérité économique et financière, tranquillité sociale, inventivité, réputation. 

Comment la France pourrait-elle peser à nouveau politiquement au sein de l'ensemble européen ? La volonté politique est-elle aujourd'hui suffisante ? Quelles sont les perspectives pour l'après 2017 ?

La France par ses gouvernants doit répondre aux attentes des peuples et de ses propres citoyens. Les thématiques populaires sont celles de la sécurité économique, -du travail-, de la santé (sécurité sociale), des transports permettant un développement plus égalitaire des pays membres et des régions, de la formation en réponse aux défis d’un monde nouveau, de la sécurité intérieure, de la paix juste dans les relations internationales, d’un moyen d’action extérieure – une force armée-. Autour de ces thématiques qui correspondent à de vraies insuffisances, l’Union en appoint des Etats ou en tant qu’acteur principal pourra satisfaire concrètement les populations, les protéger. On est donc ici dans le domaine de l’invention des politiques communes qui relèvent de tous les citoyens et des acteurs politiques. Mais se pose une autre question, celle de la prise de décision. Les anti-communautaires parlent de coopérations laissant libres d’agir ou non les Etats membres. L’intergouvernementalité a montré ses limites. Il faut dans certains secteurs créer un pouvoir européen sous forme d’un(e) ministre européen(ne) pour l’économie et les finances, par exemple, pour les droits sociaux, pour l’innovation. Sans aller jusqu’à un gouvernement fédéral européen, la gestion par un seul responsable européen doté d’un pouvoir réel mais limité dans certains secteurs à définir, contrôlé évidemment par le Parlement européen éviterait les déconvenues actuelles (réponse à la crise migratoire, protection de l’environnement, formation des jeunes de haut niveau, taxe carbone).

Quelles sont les zones d'influence de la France ? Dans quelle mesure pourrait-elle utiliser ce potentiel d'influence pour réformer l'Europe et exercer notamment une pression sur l'Allemagne ?

Traditionnellement l’influence politique française est plus forte sur les pays du sud de l’Europe. La relation franco-allemande est toujours aussi essentielle parce que les deux pays représentent, unis, la première force économique et donc politique de l’Union, encore plus dans une Europe à 27 sans la Grande-Bretagne. Mais la relation franco-allemande est marquée par des désaccords sur le type d’économie et de société. Les Allemands sont très soucieux d’équilibre des comptes publics au détriment d’investissements publics de modernisation dont la France et l’Allemagne ont besoin. Ce désaccord résulte du différentiel de croissance économique entre les deux pays. Toutefois il serait inimaginable que l’Allemagne impose sa façon de gérer les travailleurs et l’économie. Il faut trouver un compromis qui aboutisse au succès dans les deux pays. D’autres points de tension sont remarquables à propos des opérations extérieures de maintien de la paix ou de lutte contre les terrorismes. Les Français évoquent, l'héritage gaulliste partagé, l’indépendance de l’Europe unie par des intérêts communs à l’extérieur, ou aux frontières de l’Union. Il me semble que l’influence de la France en Europe dépend de son intelligence des situations et de sa capacité à s’adapter aux nouvelles conditions de la vie internationales et européenne, d’être un leader en termes d’innovations politiques mais aussi de renvoyer une image d’harmonie sociale qui inspire confiance. On en est loin.

 

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