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©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Cachez ce nez...

Pourquoi ce que vous voyez sur vos selfies ne correspond pas à ce que les autres voient de vous

Des chirurgiens plasticiens américains alertent sur les hausses des demandes d’actes chirurgicaux enregistrés depuis la démocratisation des selfies. La question n’est pas uniquement une problématique d’optique, elle a de plus en plus un impact sur la psychologie des « selfiés » et sur le chiffre d’affaires de la chirurgie esthétique.

Pierre Nahon

Pierre Nahon

Pierre Nahon est chirurgien qualifié, spécialiste qualifié de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique.

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Des chirurgiens plasticiens américains alertent sur les hausses des demandes d’actes chirurgicaux enregistrés depuis la démocratisation des selfies, les optiques des téléphones et la manière de prendre des photos près du visage accentuant les petits défauts.  Avez-vous noté cette augmentation des demandes dans votre  vie professionnelle ?

D’abord le phénomène de la personne venant consulter un chirurgien plasticien car elle ne se trouve « pas belle » sur une photo ne date pas du selfie. Avant même la démocratisation des téléphones portables il y avait des gens qui venaient consulter après avoir été pris en photo dans des événements comme des mariages en étant catastrophés du résultat. Déjà à l’époque on avait des demandes de chirurgie correctrice de ce type. Maintenant il n’est certainement pas faux de penser que le phénomène a pris de l’ampleur depuis l’apparition du « selfie » car les photographies sont devenues quotidiennes, même multi-quotidiennes et il suffit de prendre une photo de près pour accentuer les défauts esthétiques d’un visage. Cela peut avoir de vraies conséquences psychologiques et pousser des gens à franchir plus qu’avant la porte des cabinets.

Cependant il est difficile de noter une évolution à la hausse du phénomène pour la simple et bonne raison que ce motif est difficilement avouable à un professionnel. Annoncer que l’on souhaite se faire opérer car on ne se trouve pas beau sur nos selfies est une pratique certainement plus répandue aux Etats-Unis qu’ici en France. La parole, peut-être au contraire des Etats-Unis, n’est peut-être pas assez libérée de ce point de vue.

 

En tant que professionnel spécialisé de la rhinoplastie (qui est l’opération de plus en plus demandée selon les chirurgiens qui ont conduit cette étude) je n’ai en tout cas pas, à titre personnel, noté la cette progression des demandes depuis la démocratisation des selfies. Mais le culte voué à l’image et à l’apparence qui s’est installé ne rendrait pas surprenant le phénomène.

 

Comment réagissez-vous face à des patients qui peuvent venir vous consulter après la « découverte » d’un défaut physique sur une photographie ?

Le premier problème qui va se poser lorsqu’une personne vient consulter après la découverte d’un défaut physique (qu’il aura découvert d’une manière ou d’une autre) c’est de savoir si ce « défaut » est « réel », s’il y a un véritable défaut anatomique. Après avoir refait des photos de la personne il sera possible de voir avec la personne si le défaut en question mérite bien l’importance que lui apporte le patient. C’est là qu’il peut y avoir de la pédagogie à faire si le défaut n’est pas évident ou alors le confirmer les doutes de la personne si le défaut mérite de s’y attarder.
Il faut donc confirmer ou infirmer le défaut anatomique et si le défaut n’est pas avéré il faut discuter avec le patient de la perception irréelle qu’il a de son propre corps. Dans ces cas là il ne faut pas opérer et fair comprendre que cette mauvaise perception ne relève pas de la chirurgie mais de la psychologie.  Si le praticien cède à la volonté du patient, le risque est que ce dernier finira tôt ou tard par « développer » un nouveau défaut et c’est un cycle sans fin. Un bon chirurgien ne doit pas accéder à ce type de demande et mettre en garde sur les risques que prendrait la personne à courir chez un autre chirurgien qui serait moins scrupuleux, opèrerait mal et aggraverait le problème in fine car les défauts de chirurgie se voient encore plus sur les selfies que les « petits défauts ».
 

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