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Des Français patientent dans un centre ouvert à la vaccination contre la Covid-19.
Des Français patientent dans un centre ouvert à la vaccination contre la Covid-19.
©JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Stratégie face à la pandémie

Politiques sanitaires anti Covid : et dans le match « mesures strictes mais limitées dans le temps » contre « mesures plus souples mais étalées », le pire impact pour la santé mentale résulte de…

Selon une nouvelle étude scientifique, les mesures strictes et limitées dans le temps seraient plus efficaces et auraient un impact moins lourd sur la santé mentale que les mesures plus souples mais étalées sur une longue période de temps dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19.

Xavier Briffault

Xavier Briffault

Chargé de recherche au CNRS (INSHSSection 35).
Habilité à diriger des recherches (HDR).

Membre du conseil de laboratoire du CERMES3.
Membre du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), Commission Spécialisée Prévention, Education et Promotion de la Santé.
Expert auprès de la HAS, de l’Agence de la Biomédecine, de la MILDT, de l’ANR, d’Universcience.

Chargé de cours à l’Université Paris V Paris Descartes, à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint Denis. 

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Atlantico.fr : Une étude intitulée "Adherence and sustainability of interventions informing optimal control against COVID-19 pandemic" compare les restrictions modérées de longue durée aux mesures drastiques de courte durée. Il s’avérerait que la deuxième option serait la plus efficace contre le virus, sans augmenter pour autant la « détresse » de la population. Etes-vous d’accord avec cela ?

Xavier Briffault : Selon moi l’étude ne se penche pas assez sur la question. Seize mois après le début de cette catastrophe pandémique nous en sommes encore réduits à n’examiner que le confinement comme outil principal voire unique de gestion de l’épidémie. L’étude utilise un « index de souffrance » calculé en intégrant seulement les limiations de déplacement. C’est assez lunaire de ne prendre qu’un seul indicateur car l’impact du confinement n’est pas basé uniquement sur la mobilité. Nous devons prendre en compte également la dégradation des relations humaines, la perte de contact, l’affaissement de l’économie, la fragilité de la formation des étudiants et leur possibilité de se construire un avenir auquel ils pouvaient prétendre, etc. Pour autant, leur recommandation est de dire que dès que l’incidence virale dépasse un certain seuil, il faudrait enfermer tout le monde pendant quinze jours. La fréquence n’est pas mentionnée dans l’article mais si cette alternance de confinement/déconfinement venait à être mise en place sur le long terme se serait un désastre. Pourtant, il existe bien d’autres solutions qui sont aussi efficaces voire même probablement beaucoup plus, et qui n’ont pas d’impact délétère sur le fonctionnement de la société et la santé mentale de la population.

Lesquelles par exemple ?

Nous avons toujours réfléchi vers l’avant, autrement dit nous avons des personnes contaminées et nous ne voulons pas qu’elles en contaminent d’autres. En réalité, la meilleure manière de ne contaminer personne est de ne pas se contaminer soi-même. Or comme toutes les maladies infectieuses, il est possible de se protéger de la Covid. La revue scientifique The Lancet a démontré en juillet dernier que les masques sont très efficaces dans la protection individuelle, en particulier les masques filtrants FFP2/FFP3. Le chirurgical, qui est recommandé, diminue seulement par trois la probabilité d’être contaminé, tandis que le filtrant le diminue par vingt-cinq. Si on ajoute à cela des lunettes de protection dans un contexte de foule pour éviter la contamination occulaire et le gel hydroalcoolique, nous n’avons plus de contaminations. Tout cela permet donc de ne contaminer personne, sans enfermement et à un très faible coup.

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N’aurait-il pas fallu « éduquer » la population afin qu’elle comprenne davantage ces enjeux pour mieux vivre cette période de pandémie ?

Exactement. Le sujet n’est pas de confiner la population mais de l’éduquer en la faisant monter en compétence pour qu’elle soit capable de se protéger elle-même. L’étude montre, selon moi, que nous avons raté la prévention auprès de la population. Je dirais même que ça n’a même pas été tenté. Le premier confinement a sans doute été nécessaire car nous n’avions pas de masques, les quelques stocks étant réservés aux soignants. Mais nous aurions pu profiter de ces deux mois où, pour le coup tout le monde était enfermé, pour former concrètement la population à l’utilisation des masques, qu’est-ce qu’un aérosol, une goutelette, etc.

Malheureusement le peuple n’est pas au niveau de compétences à l’heure actuelle. Si tel avait été le cas nous aurions été en mesure de ne fermer quasiment aucune de nos activités. Enfin, il faut souligner que nous avons un raisonnement qui consiste à calculer le nombre de dépressions contre le nombre de morts. Est-ce qu’on va tolérer mille dépressions pour éviter un mort ? Selon moi, cette réflexion se justifie d’un point de vue éthique mais elle n’est pas pragmatique. Nous n’avons pas besoin de décider de laisser mourir les gens sous prétexte qu’on ne va pas confiner. Comme je vous l’ai dis, nous avons des solutions efficaces, avec des effets beaucoup moins graves que ceux du confinement.

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