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L'île Tristan da Cunha est l'un des endroits les plus inaccessibles du monde.
©Wikimédia

Seul au monde

MH 370, recherche en zone inaccessible : quels sont les autres coins de la planète qui demeurent si difficiles d'accès ?

Qu'ils soient en mer ou sur terre, en haute montagne, en plein désert ou sur les pôles, il existe des endroits isolés de tout où l'homme ne s'est pas encore installé durablement. Pour quelles raisons ? Explications.

Plus de deux semaines. Il a fallu plus de deux semaines pour conclure au crash du vol MH370 de la Malaysia Airlines. Une attente aussi longue qui s'explique, entre autres, par la complexité des recherches. Car en plus de connaître les raisons de la disparition de ce Boeing 777  (de multiples hypothèses ont été émises : détournement, crash, …), les enquêteurs ont aussi dû faire avec les difficultés géographiques. 

En effet, les recherches ont été (et le sont toujours) largement freinées par les distances à parcourir depuis et jusqu'à Perth, la grande ville du sud-ouest de l'Australie. La zone à patrouiller se situe en effet à plus de 2500 km des côtes. Dès lors, les avions ne peuvent la survoler que seulement pendant deux heures à chacune de leur sortie. Le reste du temps est consacré à se rendre sur place puis à rentrer. "C'est l'un des endroits les plus inaccessibles que l'on puisse imaginer à la surface de la Terre, mais s'il y a quelque chose, nous le trouverons", avait notamment indiqué au cours des recherches Tony Abbott, le Premier ministre australien.

Une inaccessibilité confirmée par Philippe Bachimon, géographe spécialiste du tourisme et professeur à l'Université d'Avignon. Ce scientifique répond tout d'abord avec humour : "C'est inaccessible surtout parce qu'il n'y a pas de terres aux alentours". Puis plus sérieusement, il explique : "Il s'agit d'une des zones les plus reculées de la planète. On n'est au milieu de nulle part. C'est vraiment complètement perdu et le climat y est absolument ahurissant. Ce sont les 40e rugissants, à savoir un endroit où les vents sont très violents. La mer est totalement démontée, la houle est impressionnante. Ce sont des endroits où on ne met pas trop les pieds même en bateau".

Philippe Bachimon poursuit : "C'est le seul endroit sur Terre où les courants océaniques peuvent faire le tour de la planète. Ils ne font face à aucun continent. Ils tournent autour de l'Antarctique, de l'Australie, du sud de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Une particularité qui pose problème car plus les recherches durent; moins les enquêteurs auront de chance de retrouver de débris à l'endroit initial du crash". 

On l'a bien vu la zone de recherches des débris au large de Perth est l'une des plus inaccessibles du monde. Mais ce n'est pas la seule. En effet, à l'heure actuelle, malgré des moyens de transports de plus en plus développés, certains lieux du globe demeurent totalement isolés des hommes. Entre îles totalement perdues en mer ou dans les océans, zones de haute montagne ou encore déserts arides, quelques territoires  demeurent impénétrables.

C'est par exemple le cas des îles Kerguelen. Cet archipel français situé au cœur de l'océan Indien et presque aussi grand que la Corse est éloigné de tout. Il faut compter presque six jours de bateau depuis l'île de La Réunion pour se rendre sur place. Et une fois sur place d'ailleurs, la géographie est tout sauf agréable. Ce sont en effet des îles d'origine volcaniques dont le littoral est très découpé avec de nombreux fjords. L'intérieur des terres présente de forts reliefs et les îles sont balayées par un vent violent toute l'année.  

Les îles Kerguelen (Crédit photo : Wikimedia)

D'une manière plus générale, Philippe Bachimon indique que "le Pacifique Sud est l'un des lieux les plus inaccessibles du globe". La raison ? "Il n'y a que peu de terres. Le Pacifique à lui seul représente près d'un tiers de la superficie de la planète. Les terres y sont donc très rares.  Un peu comme pour les îles Kerguelen, les distances deviennent considérables pour se rendre sur place. L'île de Pâques, Clipperton ou Pitcairn sont d'autres exemples de ces lieux presque inaccessibles." Et le géographe de poursuivre : "Pitcairn est très difficile d'accès : les mers sont assez dures, il n'y a pas de récifs, l'île est composée d'une trentaine d'habitants au maximum. Même si on y a accès, que va-t-on y faire ?".

Pitcairn (Crédit photo : Wikimedia)

Un autre exemple existe en plein milieu de l'Atlantique : il s'agit de Tristan Da Cunha. Certainement le coin le plus reculé du globe, cet archipel volcanique ne possède pas d'aéroport et n'est accessible que depuis la mer. Un inconvénient lorsque l'on sait qu'il se trouve à près de 2800 kms de l'Afrique du Sud et à 3300 kms des côtes de l'Amérique du Sud. Perdu au milieu de nulle part.

Mais il n'y a pas que des îles dans ces cas-là. En effet, encore une fois pour des raisons géographiques des territoires situés en haute montagne sont aussi très difficiles d'accès. C'est le cas par exemple du Bhoutan ou du Tibet. "Au Tibet, l'altitude moyenne est de 5000 mètres et certains sommes s'élèvent à plus de 8 000 mètres. Un véritable défi géographique à qui voudra se rendre sur place !" assure Philippe Bachimon. D'autant plus que les conditions de vie et de voyages sont extrêmement difficiles. Pour accéder à l'un des lieux les plus éloignés du Tibet, il faut compter près de trois semaines de marche.

Autre exemple, le Tadjikistan dont 93% du territoire est composé de haute montagne. L'une des régions les plus attractives du pays est bizarrement la plus inaccessible. Il s'agit du Pamir, zone composée de trois sommets de plus de 7000 mètres et parfois surnommée "toit du monde". Enneigées toute l'année, les routes (autrefois celles des Routes de la Soie) sont impraticables d'octobre à mai. Compliqué. 



Mais la principale raison, selon Philippe Bachimon, de l'isolement  de ces territoires "c'est qu'il n'y a rien à y faire". Et de s'expliquer : "Il y a des problèmes d'adaptation, de climat extrême en conséquence à quoi bon vouloir s'y rendre ? Que ce soit sur les plateaux du Tibet ou sur une petite île du Pacifique, une fois sur place vous vous ennuyez. De même les côtes sud-ouest de la Nouvelle-Zélande ne sont composées que de fjords. Il n'y a plus de routes, il pleut sans arrêt. Essayer de le rendre accessible ne servirait à rien car les gens n'y restent pas".  

L'inaccessibilité ne serait donc pas seulement géographique mais aussi économique. Jusqu'à ce que les hommes en fassent des zones touristiques…
 

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