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©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Transplantation fécale

Médecins recherchent super donneurs... d’excréments

La transplantation fécale permet aujourd'hui de lutter contre certaines infections. D'autres maladies pourraient un jour en bénéficier.

Harry Sokol

Harry Sokol

Le Pr Harry Sokol est gastroentérologue à l'hôpital Saint-Antoine (Assistance publique - Hôpitaux de Paris). Il est le spécialiste français de la greffe fécale.

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tlantico : Donner ses matières fécales peut être utile pour certains patients. Dans quelle mesure la greffe de matières fécales peut-elle sauver des vies ?

Harry Sokol : Aujourd'hui il n'y a qu'une seule indication à la transplantation fécale, ce sont les infections récidivantes à une bactérie qui s'appelle "Clostridium difficile", c'est l'unique cas où l'on fait couramment appel à la greffe de selles dans le cadre de soins. Cette bactérie se développe quand un patient est sous traitement antibiotique, les médicaments altérant la flore intestinale (ou microbiote), qui se retrouve plus fragile et donc peut voir le Clostridium se développer. Malheureusement, cette infection a tendance à revenir, d'où l'utilisation du microbiote d’un donneur sain  pour empêcher le retour du Clostridium difficile et stabiliser l'état du patient.   

Certains scientifiques avancent qu'avec le don de selles, on pourrait mieux traiter des maladies comme l'Alzheimer ou la Sclérose en Plaque. Qu'en est-il ?

En dehors des infection à Clostridium difficile, nous avons des premières données sur l'efficacité de la transplantation fécale dans quelques maladies, pas beaucoup, mais c'est sur les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) que le plus d’études a été réalisé. La "rectocolite hémorragique" par exemple, est habituellement traitée avec des immunosuppresseurs (la Cortisone en est un) qui vont calmer le système immunitaire trop activé dans l’intestin. Mais on sait depuis longtemps que ces maladies inflammatoires de l'intestin sont liées à un problème de dialogue entre le microbiote, et le système immunitaire. On sait aussi que le microbiote est anormal chez ces patients, et la transplantation fécale est donc une stratégie attractive pour reconstituer une flore saine chez ces patients. Aujourd'hui, il y a quatre études sérieuses qui montrent un signal positif de la greffe de selles chez les patients en poussée. Les patients ont les symptômes de la rectocolite (diarrhée, maux de ventre…) on leur fait donc une ou plusieurs transplantations fécales pour les mettre en rémission. Cependant, cela marche seulement dans 20 à 30 % des cas, ce n'est pas magique, et comme ce sont des maladies chroniques le traitement ne "guérit" pas. Si cette méthode passait dans le traitement courant, on pourrait imaginer que l'on devrait répéter les transplantations au cours du temps. En dehors de la rectocolite, on a quelques données dans le syndrome de "l'intestin irritable" , maladie au cours de laquelle les patients se plaignent de symptômes digestifs (mal au ventre, problème de transit…) sans que les médecins détectent des anomalies au cours des examens. Nous avons deux études sérieuses ; une qui montre une amélioration des symptômes après les greffes de selles, et l'autre qui au contraire montre une détérioration, suggérant que même si le microbiote est possiblement une bonne cible thérapeutique, sa manipulation dans l’intestin irritable n’est pas si simple. Concernant les maladies neuropsychiatriques (comme l'Alzheimer), il y a encore très peu de données. Certains cas ont été rapportés sur l'autisme avec des transplantations, il y a eu des améliorations, mais ces cas sont trop parcellaires et des études de plus grande ampleur sont nécessaires pour déterminer s'il s’agit de des pistes sérieuses. Des études sont en cours pour répondre à cette question, mais aujourd'hui, il n'y a aucune donnée disponible. 

Comment les médecins différencient-ils les "bonnes" selles des "mauvaises" ? Est-ce comme le don de sang où le donneur et le receveur doivent être compatibles ? 

Actuellement, il n'y a pas d'éléments faisant penser à une "compatibilité" existante, notamment dans le cas du Clostridium difficile. Toutefois, ce n'est peut-être pas vrai pour d'autres situations. Quand on cherche un donneur on s'assure que son microbiote ne contient pas de pathogènes (agents infectieux : bactéries, virus, parasites…) et qu’il n’a pas été perturbé par une prise d'antibiotiques dans les derniers mois par exemple. On s'assure également qu'il ne souffre pas de maladies chroniques. Il est tout-à-fait probable que certains donneurs soient "meilleurs" que d'autres pour une pathologie donnée, voir que tel donneur soit mieux pour un receveur spécifique. Toute ces questions font l’objets de nombreuses recherches actuellement.

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