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Etudes supérieures

Les masters sur le genre et le patriarcat font un carton et voilà pourquoi ça n’est pas une bonne nouvelle

La question du genre prend de plus en plus d'importance dans l'enseignement supérieur. L'université Lumière-Lyon II propose notamment différents masters consacrés aux études de genre.

Esther Pivet

Esther Pivet

Esther Pivet, polytechnicienne, mariée et mère de quatre enfants, est la coordinatrice du collectif VigiGender, qui assure un travail d'information auprès des parents et des enseignants sur la diffusion de la théorie du genre à l'école.

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Atlantico.fr : Depuis 2019, l'université Lumière-Lyon-II propose sept masters consacrés aux études de genre. Depuis, les candidatures abondent : près de 600 demandes pour 129 places disponibles. Pourquoi la question du genre prend de plus en plus d'importance dans l'enseignement supérieur ? Reflète-t-elle la réalité ? 

Esther Pivet : Tout laisse à penser que la question du genre prend de plus en plus de place dans l'enseignement supérieur pour formater les futurs diplômés et ainsi accélérer la diffusion des idées du genre dans la société.

Au-delà de l’analyse des différences entre les hommes et les femmes dans la société, les études de genre reposent largement sur le postulat que ces différences sont construites par la culture, sans rôle ni influence jouée par le corps sexué, lequel ne dirait rien de ce que nous sommes. Ce postulat est tout simplement un mensonge. Au-delà du bon sens qui permet de l’affirmer, un historien canadien qui a fait des études de genre l’a reconnu récemment[1]. De plus, les neurosciences le prouvent, en montrant par exemple des différences innées entre les cerveaux masculins et féminins, ainsi que l’influence des hormones sur les différences de comportements et d'aspirations entre les hommes et les femmes en général.

Les études de genre affirment par exemple, sur la base de ce postulat, que le congé parental serait choisi quasi exclusivement par les femmes parce qu’elles gagneraient moins que les hommes et qu’elles auraient reçu des poupées dans leur enfance, et que les hommes auraient davantage le goût du combat au sens large que les femmes parce que les rayons de jouets indiqués pour les garçons regorgeraient de pistolets et d’épées.

Selon l'idéologie du genre, qui se déploie dans ces études, les attitudes féminines et les activités choisies majoritairement par les femmes auraient une moindre valeur sociale et seraient imposées par les hommes au moyen de la culture, pour opprimer les femmes. Il n’y aurait même rien de naturel dans l’attirance mutuelle de l’homme et de la femme (ce que le monde moderne appelle hétérosexualité), qui ne serait que le produit des contes de Perrault tels Cendrillon ou la Belle au bois dormant.

Les idéologues du genre vont donc s’attacher à déconstruire cette différence sexuelle qu’ils affirment uniquement construite, pour arriver à une indifférenciation des sexes dans tous les champs de la société, y compris la famille.

Certes, la différence des sexes a été de tout temps le lieu d’incompréhensions, de domination mutuelle, chaque sexe à sa manière. Il est donc souhaitable de travailler à comprendre l’autre sexe pour apprendre à l’accueillir et à le servir, et en être ainsi enrichi. Au lieu de cela, les pro-genre veulent anéantir la différence sexuelle, en la considérant comme simple différence biologique et anatomique sans influence ni signification. Certains espèrent se débarrasser ainsi des difficultés inhérentes à la coexistence des sexes, sans doute de bonne foi.

Pour le genre, chacun pourrait donc se définir comme il veut, à partir d’une page blanche, être enfin libéré de ce corps sexué qui nous impose des limites. Chacun pourrait choisir son identité, qui est appelée identité de genre : se dire homme, femme ou autre en fonction de son ressenti ou de son désir du moment. 

En réalité, le but ultime de l’idéologie du genre n’est pas tant de choisir son identité, signe de l’orgueil de l’homme qui refuse de se recevoir, que de supprimer la différence sexuelle, de faire advenir une société où nous ne serions plus que des individus interchangeables, dont le corps sexué sert juste à vivre et surtout à jouir. Pour faire un enfant, la technique est enfin au point, le marché est prometteur. La femme n’a plus besoin de l’homme, juste de son sperme. L’homme a juste besoin d’un ovocyte et du ventre d’une femme. Le genre se révèle comme une arme de destruction massive de la famille.

La différence de l’autre sexe est vue comme un stéréotype à abattre et non une différence qui peut m’enrichir. Cette traque des stéréotypes aura donc comme seule conséquence une augmentation de la lutte des sexes, celle-là même que les idéologues du genre prétendent vouloir combattre. L’idéologie du genre, en étouffant notre nature profonde, est complètement déconnectée du réel et ne fait qu’attiser les difficultés qui peuvent exister entre l’homme et la femme. En voulant effacer la différence sexuelle, elle mène l'homme à la désespérance de ne pas savoir qui il est et de ne pouvoir s'accomplir dans la réciprocité homme-femme pour laquelle il est fait, car l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre et se révèlent l’un par l’autre. 

Les élèves de ces masters sont notamment formés pour développer des stratégies permettant de négocier avec les entreprises pour lesquelles l'égalité homme-femme n'est pas une priorité. Si les stéréotypes sexués finissent par disparaître et que Hommes et Femmes sont traités de la même manière, ne risque-t-on pas de privilégier le genre à la qualité du travail ? 

Qu'hommes et femmes soient traités de la même manière à situation égale est normal. Ce qui n'est pas normal est de ne pas tenir compte des spécificités féminines pour adapter le monde du travail à l'un et à l'autre sexe et pas seulement aux hommes, au motif que la femme est un "homme comme les autres" et est priée d'étouffer son aspiration à concilier vie professionnelle et familiale, voire à devenir mère.

En fin de compte, le fonctionnement des entreprises et du marché ramènera le critère d’efficacité au centre. Les critères de recrutement ou de promotion recherchant l’égalité numérique entre les hommes et les femmes seront contournés d’une manière ou d’une autre. On notera d'ailleurs que le comptage des hommes et des femmes sera toujours basé sur le sexe biologique, qui restera toujours le seul critère pour identifier les hommes et les femmes. C'est un des paradoxes du genre : plus on veut effacer les différences sexuelles (stéréotypes sexués), plus on revient au sexe pour distinguer hommes et femmes, celui-là même qui devait être nié.

Avec la multiplication de ces formations, assistons-nous à la déconstruction des modèles intrafamiliaux? Jugés de la même manière, ne deviendrions-nous pas identiques ?

L’homme et la femme ne deviendront jamais identiques car leurs corps sont différents. Et le corps révèle la personne, homme ou femme, deux manières d’être humain. L’être humain seul n’est pas achevé ; il ressent une incomplétude. Il a besoin de l’altérité sexuelle afin d’« être pour » quelqu’un, ce qui lui permettra de se révéler. La négation du sens du corps véhiculée par l’idéologie du genre aura comme seule conséquence un accroissement du mal-être voire du désespoir chez les hommes et les femmes, puisque leur être sera nié et empêché de s’accomplir.

[1] https://www.lepoint.fr/debats/theorie-du-genre-confessions-d-un-homme-dangereux-03-11-2019-2344979_2.php

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