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©Tolga AKMEN / AFP

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Le Covid touche les plus vieux mais les jeunes vont en payer les factures

La crise sanitaire a tendance à creuser le fossé des inégalités intergénérationnelles. Si le Covid épargne un peu plus les jeunes que les anciens, la crise va dégrader plus fortement leur situation économique.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ce ne sont pas les jeunes qui meurent du Covid, mais ce sont eux qui vont en souffrir le plus. A court et moyen terme, ils vont subir les conséquences économiques et sociales de la pandémie, principalement à cause du ralentissement de l’activité. La crise sanitaire touche les plus âgés mais provoque une crise de l’emploi pour les plus jeunes et une crise sociale à l’ampleur qu’on ne mesure pas encore. A plus long terme, cette génération risque aussi d’avoir à payer la facture de l’endettement colossal si on ne trouve pas de solutions pour alléger le fardeau.

L’état de santé économique de la jeunesse d’aujourd’hui est catastrophique. Les chiffres qui viennent d’être publiés par l’Observatoire des inégalités datent de l’automne 2019, ils ne prennent donc pas en compte le deuxième confinement, ce qui ne ferait que noircir la situation. Chômage, pauvreté, inégalités, potentiel de production, tous les indicateurs se dégradent. 

Le chômage d’abord. 21,8 % des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage, un taux qui n’a jamais été aussi fort depuis les années 70. Les jeunes sont souvent une variable d’ajustement de l’activité économique et donc la classe d’âge où le taux de chômage est le plus sensible à la conjoncture économique. 

12,5 % des 18-29 ans vivent sous le seuil de pauvreté, mais surtout, plus d’un pauvre sur deux aujourd’hui en France, est un jeune de moins de 30 ans, selon ce même rapport.

Dans cette crise, les jeunes accumulent toutes les difficultés: 

L’interruption de leurs études et une arrivée sur un marché de l’emploi dégradé, ce qui diminue leurs possibilités d’embauche, entraine un risque de déclassement, qui survient quand des jeunes qualifiés acceptent des petits boulots pour vivre, laissant les moins qualifiés sur le carreau. 

Ensuite, ils sont généralement dans une situation plus précaire. Les jeunes occupent les postes les plus fragiles et les plus précaires, des postes qui seront supprimés dès les premières baisses d’activité ou non renouvelés en cas de mutations structurelles.

Le  statut professionnel des plus jeunes ne leur permet pas l’accès aux aides dont bénéficient les autres catégories de travailleurs. Cette crise n’est pas comme les autres car elle préserve le pouvoir d’achat des salariés qui sont en situation d’activité partielle, ainsi que celui des indépendants aussi et des bénéficiaires du RSA et des aides aux logements. Les jeunes sont en grande majorité exclus de tous ces dispositifs.

 

Enfin, la machine à créer des jobs est en panne, et le sera tant qu’il n’y aura pas d’horizon certain pour les entreprises. Le gouvernement a mis en place le plan « 1 jeune, 1 solution », avec prime à l’embauche pour un jeune de moins de 26 ans ou un apprenti, mais si l’entreprise fait face à une baisse d’activité, avec  un carnet de commandes vide et des clients qui se sont enfuis, elle n’embauchera pas.  Un salarié en plus, c’est une charge qu’on ne peut plus assumer.

En comparaison, la situation des plus âgés, et notamment des retraités, est plus favorable, donc les inégalités entre les deux générations se creusent.

Inégalités de revenus, puisque les jeunes subissent la crise et les retraités en sont protégés, par leur pension qu’ils touchent quoiqu’il arrive.

S’ajoute l’inégalité de patrimoine. Grâce à une politique de taux d’intérêt bas qui favorise ceux qui possèdent déjà des actifs et qui vont voir le niveau de ces actifs dopés par cette politique monétaire (par exemple, sur les marchés financiers qui n’ont pas connu une année 2020 dramatique), tandis que la constitution d’un patrimoine est impossible pour les jeunes générations à cause d’actifs chers.

Dernier élément structurel, le coût du travail qui pénalise les jeunes et sur lequel sont assises toutes les cotisations, dont les cotisations retraites financent les pensions.

 

Dans un système qui a été construit sur la solidarité entre générations, on ne met pas les jeunes dans une situation idéale. C’est le principe même de la répartition, base du modèle social français  qui est en cause. A long terme, c’est tout le potentiel productif de toute une classe d’âge qui peut être touché, et la relance de l’économie compromise. 

 

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