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L'immigration est-elle toujours une "chance pour la France" ?
©JEFF PACHOUD / AFP

Bonnes feuilles

L'immigration est-elle toujours une "chance pour la France" ?

Comment donner de la consistance à ce « vivre ensemble » si ces valeurs sont un mythe qui fonctionne comme un totalitarisme, prêt à exclure du champ de la normalité tous ceux, vivants ou morts qui n’y adhéraient ou n’y adhèrent pas.Tel est le paradoxe général que fait apparaître ce livre, unique en son genre. Extrait de "L'imposture du vivre ensemble de A à Z" de Paul-François Paoli publié aux éditions du Toucan. (1/2)

Paul-François Paoli

Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016). En 2018, il publie "Confessions d'un enfant du demi-siècle" aux éditions du Cerf et "L'imposture du vivre ensemble: Quelques points de repères" aux éditions de L'Artilleur. 

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Chance pour la France : De Jacques Attali à Madame Parisot en passant par Emmanuel Macron, il est bien entendu que l’immigration est «une chance pour la France». Ce stéréotype montre à quel point les mots ne sont jamais aussi innocents qu’ils paraissent. Bien sûr que l’immigration est une «chance pour la France» si elle est régulée et ne bouleverse pas les équilibres culturels et anthropologiques du pays. Qui se plaindrait de pouvoir rencontrer en France des Kabyles et des Africains, des Chinois et des Japonais? Personne à priori. Sauf qu’ «immigré» ne veut rien dire en soi. Il n’y a que des immigrés. Et on mesure la perversité des sondages médiatiques à l’adresse des Français quand on leur demande s’il y a «trop d’immigrés» ou d’étrangers en France, lesquels Français, y compris quand ils sont d’immigration récente, répondent invariablement oui. Mais trop de qui exactement? Chacun entrevoit le piège. Car prononcer ou écrire certains mots signifie que l’on risque de tomber dans la nasse des antiracistes officiels ou semi-officiels, qui sont à l’affût du moindre «dérapage» (voir dérapage). Essayons tout de même de nous confronter à une réalité complexe et polymorphe. Nous faisons partie de ces Français qui, s’ils étaient interrogés, répondraient, qu’en effet, il y aujourd’hui trop d’immigrés en France.

Mais nous aimerions préciser ce que nous entendons par «immigrés». Non, il n’y a pas trop de serbes, de japonais ou de cubains en France. Oui il y a trop de ressortissants provenant de nos anciennes colonies qui entretiennent une relation parfois ambivalente avec la France, relation faite de susceptibilité victimaire et de besoin de reconnaissance. Question taboue : pourquoi, depuis des décennies, sont-ce souvent des jeunes d’origine algérienne, marocaine ou malienne qui défraient la chronique des délits ordinaires ? Est-il honteux de considérer que l’inadaptation paradoxale dont témoignent ces jeunes, alors même qu’ils devraient être avantagés par rapport aux autres jeunes d’origine étrangère, n’est pas réductible à des problèmes sociaux? Est-il saugrenu de penser que certains jeunes gens, originaires de Chine ou du Vietnam, sont tout simplement plus motivés que d’autres pour les études ? Pourquoi ne nous parle-t-on jamais des performances scolaires des jeunes chinois ou des jeunes vietnamiens ? Pourquoi ceux-là ne font ils jamais flamber les voitures et ne peuplent-ils pas les cellules de Fleury Mérogis ?

A-t-on le droit de penser qu’une certaine immigration, non seulement n’enrichit pas culturellement la France, mais l’appauvrit ? Qui peut prétendre que nous sommes enrichis par les rythmes tonitruants de certains groupes de rap? On répondra que le hard rock d’ACDC ne vaut guère mieux. Nous ne sommes pas experts en la matière, mais il faut bien, par égard pour la vérité, reconnaître qu’il existe des sous ou des para-cultures et que le rap en est une. Mick Jagger avait l’honnêteté de reconnaître que le rock était, techniquement parlant, une musique pauvre, aussi excitante fût-elle à écouter, en comparaison de la musique classique. Mais le rock est universel, tout au moins en Occident et, à un certain âge tout le monde l’apprécie, tandis que le rap reste une musique communautarisée. 

(…)

Multiculturalisme : Les communautés de cultures distinctes et parfois antagonistes sont-elles vouées à cohabiter harmonieusement ? C’est ce que pensent les adeptes du multiculturalisme, idéologie parfaitement définie par l’intellectuel canadien Mathieu Bock-Côté : «La société multiculturelle conteste le primat légitime de la culture nationale, elle ne nous laisse en commun que le patriotisme des droits ». Tout est dit. Être multiculturel est généralement un gage de modernité. Le «multikulti» est positif en soi! Il rime avec tolérance et ouverture à l’autre. Sauf que si la diversité culturelle est un fait, le multiculturalisme est une idéologie qui consiste à induire une parité de principe entre les référents civilisationnels dans un même espace. Or cette parité est un cheval de Troie pour ceux qui veulent nous faire admettre que, puisqu’il y a désormais entre cinq à six millions de musulmans en France, la France est tout aussi musulmane que catholique. C’est ce que pense, par exemple, Jacques Attali. Si l’on pousse ce raisonnement à son terme on peut admettre que la France sera aussi confucianiste, animiste et hindouiste, si les immigrations en provenance d’Afrique et de la Chine se développent. Ce relativisme civilisationnel met en danger le principe même de toute unité culturelle. En l’occurrence la France ne doit rien à l’islam sur le plan civilisationnel et encore moins au confucianisme ou au bouddhisme. Mais elle doit beaucoup au catholicisme – religion dans laquelle furent baptisés Clovis et tous les rois qui lui succédèrent.

Extrait de "L'imposture du vivre ensemble de A à Z" de Paul-François Paoli publié aux éditions du Toucan

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