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La chancelière allemande, Angela Merkel.
La chancelière allemande, Angela Merkel.
©Reuters

Migrants, 2ème effet kiss kool

Inquiétudes en Allemagne : Angela Merkel pourrait-elle perdre le pouvoir avant la fin de la législature en cours ?

Suite aux agressions de Cologne et à la crise des migrants, Angela Merkel est affaiblie plus que jamais. Elle doit faire face à une fronde politique venant de toute part - y compris de son propre parti, la CDU - et à la chute de sa cote de popularité.

Lothar  Ruhl

Lothar Ruhl

Lothar Ruhl est un journaliste et politlogue allemand.

Il est notamment l'auteur de "l'Empire du Bien" (Klett-Cotta, Stuttgart 2005)

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Atlantico : Selon un dernier sondage, environ 40 % des Allemands souhaitent que la chancelière démissionne. Une quarantaine de députés de la CDU ont signé pour la première fois noir sur blanc un appel « urgent à revenir sur l'actuelle politique d'immigration » D'un point de vue institutionnel, la Chancelière est-elle menacée ?

Lothar Ruhl : Les prochaines semaines seront décisives pour Angela Merkel et son gouvernement. Mais en ce qui concerne les derniers sondages d’opinion, il ne faut pas dramatiser la situation outre mesure. Il y a encore une majorité dans l’électorat qui soutient la chancelière allemande. L'opinion n'a pas encore basculé, elle est à «cinquante-cinquante». Ce soutien dans l’opinion, même s’il a été affaibli avec les derniers évènements à Cologne, est toujours présent et explique qu’il n’y ait pas de candidat officiel à sa succession. Certes, notre constitution prévoit  la possibilité d’avoir recours à un vote de défiance constructif en cas de trop grande défiance vis-à-vis du chancelier. Il faut qu’au sein du gouvernement fédéral un candidat se présente et s’oppose au chancelier ou à la chancelière et obtienne une majorité absolue. Mais la situation actuelle n’offre pas encore cette occasion.

 

Angela Merkel n’est pas menacée pour le moment. Le parti chrétien démocrate va se rassembler autour d’elle pour affronter les élections régionales dans le sud-ouest et le centre de l’Allemagne. Mais à plus long terme, tout est possible. Si l’afflux des migrants continue au-delà du printemps prochain, sa situation pourrait être critique et le gouvernement pourrait affronter une crise politique. Pour Angela Merkel, le parti chrétien démocrate doit absolument résister à des pressions extérieures, notamment celle du parti social chrétien de Bavière. Si la CSU devait sortir du gouvernement, Angela serait très exposée et son autorité encore plus diminuée.  

Qui sont les personnalités susceptibles représenter une réelle menace pour Angela Merkel, aussi bien dans son propre parti que dans l'opposition ? Wolfgang Schäuble, emblématique figure de la droite allemande, représente-il une alternative aux yeux de la population ?

Wolfgang Schauble, le ministre des Finances, est un homme politique du centre qui a été longtemps ministre sous Helmut Kohl, président du groupe parlementaire CDU-CSU - il est resté très influent et  très apprécié par la population. Il a toujours défendu une position frontale contre les nombreuses concessions faites en matière de politique migratoire. Sa contestation est d’ailleurs partagée par Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur, d’autres ministres de l’union chrétienne démocrate et les chrétiens sociaux de Bavière.  Mais personne ne veut s’opposer à la Chancelière autrement que par des critiques constructives. Pour l’instant, je ne pense pas qu’il pourrait y avoir un candidat au sein de la coalition gouvernementale qui se présenterait pour prendre la succession d'Angela Merkel. Ni Horst Seehofer, le chef de la CSU bavaroise, ni les hommes politiques influents de la CDU ne sont prêts pour le moment à s’exposer en posant leur candidature à la succession de Angela Merkel.

Quels sont les moyens dont dispose Angela Merkel pour asseoir son pouvoir jusqu’au prochaines élections ?

Angela Merkel ne peut pas faire machine arrière. Si elle devait admettre ses erreurs et revenir sur ses prévisions et ses mesures, elle serait sans doute obligée de démissionner. Elle n’a aucun intérêt à jouer cette carte-là, qui serait un aveu d’échec et une concession à l’opposition au sein de son propre parti, la CDU, ou à la CSU bavaroise. Elle n’obtiendrait aucun soutien si elle revenait sur ses positions prises en public.

Pour rester au pouvoir, elle n’a pas d’autre choix que de continuer cette fuite en avant. Et c’est ce qu’elle fait, comme le montrent ses promesses peu réalisables, comme celle de réduire le nombre des demandeurs d’asile, celle d’obtenir de la part des partenaires européens qu’ils acceptent un quota plus important de migrants ou encore celle de renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne et de l'espace Schengen pour dissuader les migrants de venir en Allemagne.

Mme Merkel joue avec ces promesses qui sont illusoires. Mais elle n’a pas le choix : il faut qu’elle tienne sur sa position et gagne du temps. Elle espère limiter les dégâts aux prochaines élections régionales qui auront lieu le 13 mars dans trois länder (en Bade-Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat et en Saxe-Anhalt) où les deux partenaires de sa coalition gouvernementale, l'Union démocrate chrétienne (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) sont en difficulté, le parti xénophobe Alternative pour l’Allemagne (AfD) étant crédité d’au moins 10% des voix.

Angela Merkel  va s’engager pleinement dans la campagne des régionales. Ce sera l’occasion pour elle de défendre ses postions, de renouveler ses promesses, d’expliquer que le peuple allemand doit être patient, que la situation va s’améliorer. La chancelière allemande parie sur la coopération turque avec le plan négocié fin novembre 2015 entre Ankara et Bruxelles qui prévoit que la Turquie bloque le flux de réfugiés en provenance de Syrie. Elle compte également sur les pressions exercées par l’Europe sur la Grèce, sur la possible dissuasion que provoqueraient des contrôles plus effectifs à la frontière allemande. Elle ne peut qu’espérer car elle ne peut pas fermer les frontières pour des raisons économiques. Tout ne joue pas contre Angela Merkel. Mais les scrutins des élections régionales seront décisifs pour elle et son partenaire social-démocrate avant les élections fédérales de septembre 2017. 

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