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Obésité infantile : les Danois découvrent qu'il faut manger moins et jouer dehors.

Shake it Off

Incroyable : les Danois découvrent que pour vaincre l’obésité infantile, il faut manger moins et jouer dehors

Au Danemark, une nouvelle méthode visant à rééduquer les comportements alimentaires des adolescents afin qu'ils perdent du poids a déjà porté ses fruits. Sur 1 900 patients, 70% d'entre eux ont réussi une perte de poids conséquente, en gardant un poids normal durant les quatre années suivant le programme.

Arnaud Cocaul

Arnaud Cocaul

Arnaud Cocaul est médecin nutritionniste. Il est membre du Think Tank ObésitéSIl a dernièrement écrit Le S.A.V. des régimes aux éditions Marabout.

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Atlantico : La méthode du pédiatre Jens Christian Holm (lire ici en anglais) consiste à changer le style de vie alimentaire des adolescents plutôt que de leur imposer des régimes. Quelle est la différence ? Quels peuvent être les risques encourus par un programme de régime ?

Arnaud Cocaul : Sa méthode a le mérite d'être rationnelle. Changer le comportement alimentaire ne peut être que bénéfique pour un enfant mais à condition de le faire dans le cadre d'une prise en charge globale de la famille. Il n'est pas question de prendre en charge un enfant de façon isolée tant que la famille n'a pas été vue, comprise et intégrée dans le processus thérapeutique. Car bien souvent ils sont les causes de l'obésité de l'enfant.

Faire de la rééducation alimentaire, c'est l'exact opposé d'un régime. Il y a dans le régime une connotation négative et néfaste puisqu'il s'agit bien souvent de restreindre des aliments. Quand on parle de régime à un enfant, cela ne signifie pas forcément (hormis cas de pathologie particulière) l'interdiction de ses aliments préférés. La rééducation va permettre au contraire d'intégrer les aliments préférés de l'enfant dans le cadre d'une alimentation globale plus vertueuse. Par ce biais, on va signifier à l'enfant, non pas qu'il faut lui interdire certains aliments, mais qu'il apprenne à mieux manger.

Par ailleurs, un enfant qui suit un régime, avec un programme de restriction alimentaire, peut développer des troubles du comportement alimentaire qui peuvent dériver vers des problèmes de poids plus importants. Chez les jeunes filles à l'âge de la puberté, les régimes peuvent marquer l'entrée dans des troubles tels que l'anorexie. Généralement, la genèse des grosses pathologies alimentaires de l'adulte prennent corps dans l'enfance, avec ces notions d'interdits qui ont été prodiguées étant jeune.

Pour perdre du poids tout en maintenant un état de santé stable, Jens Christian Holm propose de réajuster 15 à 20 habitudes alimentaires des adolescents.  Quelles sont ces habitudes qui peuvent provoquer un surpoids voire une obésité ?

Les deux principales habitudes qui provoquent l'obésité sont le manque d'activité physique (que peu d'enfants pratiquent en dehors de l'EPS à l'école), et le temps passé devant les écrans (téléphone, télévision, tablettes etc.). Bon nombre d'adolescents ne se rendent pas compte du nombre d'heures passées dessus, sans aucune activité annexe.  

Connectés pendant des heures, ils finissent par manquer de sommeil, un facteur qui peut générer de la prise de poids. Ils vont également grignoter devant leur écran et peu à peu ils vont se désociabiliser. Ils vont sortir du cadre du schéma familial pour aller vers une alimentation solitaire, les parents vont les laisser manger dans leur coin. Et c'est alors le début d'un trouble du comportement alimentaire.

Enfin, à l'adolescence, les jeunes font l'apprentissage de la "junk food". Ils sortent avec leurs amis et n'ont pour la plupart qu'un petit budget, donc ils vont se rabattre sur les restaurants peu chers qui permettent en même temps de créer une communauté, une tribu. Ils vont aller dans des lieux comme McDonalds ou Burger King, où les adultes viennent moins.  

Pour lutter contre l'obésité, les parents sont intégrés pleinement dans le programme de perte de poids des adolescents. Dans quelle mesure l'environnement parental peut-il être prédéterminant dans l'obésité de leurs enfants ?

On estime que si un parent sur deux est obèse, il y a 40% de risque que l'enfant le devienne aussi. Et si les deux parents sont obèses, ce risque passe à 80%. Il y a donc un déterminisme génétique qui intervient : les parents prédisposent leurs enfants à l'obésité à cause de leurs propres habitudes alimentaires. Bien souvent, ils démissionnent de leur rôle de parent en se disant que l'obésité est une fatalité familiale, que leurs enfants seront forcément obèses s'ils le sont. L'éducation des parents est donc primordiale.

La meilleure manière de lutter contre l'obésité infantile, c'est de leur montrer l'exemple. Les enfants s'éduquent avec un mimétisme important. Or nombre de parents disent à leurs enfants de manger des légumes ou d'avaler lentement, alors qu'eux-mêmes ne le font pas. Les enfants ne comprennent donc pas les messages qui leur sont délivrés. Il faut donc que les parents soient cohérents avec ce qu'ils préconisent et ce qu'ils font. Un enfant aura tendance à suivre une activité physique si ses parents en ont déjà une.

L'obésité est une maladie sociétale, elle est très peu génétique. Historiquement, l'obésité n'existe pas dans la nature et lorsque vous aviez des cas d'obésité, ils étaient dus à une maladie génétique. Aujourd'hui, c'est notre environnement qui créé l'obésité par des mauvais choix alimentaires ou une inadéquation de l'effort physique. L'obésité explose dans les pays qui connaissent une rapide transition économique tels que la Russie, l'Inde, la Chine, qui poussent à la consommation. Le rythme de ces sociétés génère du stress, donc les gens ne prennent plus le temps de manger, comme si le simple fait de s'arrêter pour manger était du temps perdu. Certains mangent dans leur voiture, d'autres déjeunent à peine, quand les enfants sautent le petit-déjeuner car ils se sont couchés trop tard la veille.

Existe-t-il une résistance naturelle du corps à perdre sa masse graisseuse ? Quels sont les liens entre obésité et patrimoine génétique ?

Arnaud Cocaul : "La génétique prédispose, l'environnement dispose et le psychisme impose". Si la génétique peut prédisposer une personne à être obèse, l'obésité reste avant tout une question d'environnement. Certains enfants seront entourés de parents ayant de mauvaises habitudes alimentaires quand d'autres auront l'habitude de manger des plats équilibrés. Certains auront des difficultés à résister à de la nourriture quand d'autres pourront facilement refuser un dessert après le plat.

La réserve d'énergie que l'on garde dans le corps, c'est le gras. Le gras est quelque chose qui permet de lutter contre d'hypothétiques famines, comme les famines des temps modernes que sont les régimes.

Face au régime, le corps va se rebeller en favorisant le stockage des graisses. Par ailleurs, le cerveau va donner des ordres pour reconstituer la réserve de gras dès lors qu'on commence à y toucher de façon brutale, comme lors des régimes. Ainsi, bon nombre de gens ne savent plus comment manger car ils sont perdus par les régimes, ils ne connaissent même plus leurs poids d'équilibre.

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