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Imam, c'est pas un métier... Et c'est bien pour ça qu'ils sont si rares
©CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Allah, des sous !

Imam, c'est pas un métier... Et c'est bien pour ça qu'ils sont si rares

Grande est la détresse de l'Islam en France. Des centaines de milliers de fidèles sont privés de guides spirituels.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le Figaro vient de publier un article fouillé et documenté sur la crise des vocations qui affecte la religion musulmane dans notre pays. Le texte commence en relayant un message désespéré. « Salam alaykoum. La mosquée de Frontignan cherche un imam permanent et bilingue. Pour plus d'informations, veuillez contacter le numéro suivant (...) ».

Et ça fait quatre mois que ça dure : aucune réponse ! Les journalistes du Figaro ont interrogé des imams et des responsables d'associations musulmanes. Tous abondent dans le même sens. Imam est un métier précaire, mal payé et mal considéré... Nous sommes donc obligés, disent-ils, de faire venir des imams de l'étranger qui maîtrisent mal le français... Et il nous faut parfois accepter des imams salafistes « car souvent, on n'a pas le choix »...

Seuls s'en sortent, d'après Le Figaro, trois cents imams directement payés par la Turquie, le Maroc et l'Algérie. De surcroît, c'est un métier à risques. Des imams fondamentalistes sont expulsés de France (quand ils sont étrangers). Des mosquées salafistes sont fermées et des malheureux prêcheurs se retrouvent sans toit sur la tête.

Voilà une carrière qui ne me tente guerre et pourtant je suis trilingue, ce qui est un plus. Voyons voir maintenant si du côté des curés c'est mieux. Là aussi, il y a une crise des vocations. Certes, c'est mal payé comme chez les imams. Mais la raison principale de cette pénurie tient à l'obligation du célibat.

Il y a pourtant des curés heureux. J'en ai rencontré un dans un petit village du Var où j'étais en vacances. Assis à la terrasse d'un grand café PMU, je prenais un verre en face de l'église. C'était un dimanche, à l'heure de la messe.

Quand l'office fut terminé, trois dames d'un âge certain sortirent de l'église. Trois, pas une de plus ! Quelques instants plus tard, je vis apparaître de l'église un homme jeune, habillé de façon sportive, jean et polo. C'était le curé. Il traversa la place et rentra dans le café. Là-bas, des hommes étaient au bar en train de vider des pastis. Le voyant arriver, ils s'écrièrent en lui donnant des tapes sur l'épaule : « Salut Gérard, comment ça va ? ». Le curé pris plusieurs verres avec eux et je les entendais rigoler. Peut-être se racontaient-ils des histoires lestes.

En sortant de l'établissement, il passa devant ma table. Je l'interpellai : « Monsieur le curé, auriez-vous quelques instants pour me parler ? ». Il était bienveillant et s’assit à côté de moi. Je lui demandai s'il n'était pas triste de voir son église désespérément vide. « Non, me répondit-il, car dans cette église j'ai un copain : c'est Jésus. Lui et moi, nous nous parlons souvent et nous avons beaucoup de choses à nous dire ».

Je lui demandai : « Vous êtes d'ici ? ». « Non, me répondit-il, je suis de Paris ». « Alors, que faites-vous dans ce village ? ». Il m'expliqua qu'en sortant du séminaire, il avait été nommé à Saint-Augustin où il officiait avec d'autres curés. « Là-bas, tout était anonyme, je ne connaissais personne alors que j'avais besoin de parler aux gens. C'était une usine. J'ai donc demandé à l’archevêché de me trouver un poste qui me rapprocherait des gens. Et ils m'en ont trouvé un ici ».

Il poursuivit en m'expliquant qu'il était heureux dans ce village. Ici, tout le monde le connaissait, tout le monde lui disait bonjour. Ne pouvant être imam, je veux bien devenir curé dans un petit village du Var.

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