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Boycott

Étiquetage des produits israéliens : comment le mouvement BDS s’implante peu à peu en Europe (et en France)

Pour affaiblir l'économie israélienne un mouvement encourageant le boycott a été mis en place, ils s'agit du BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). Son objectif n'est pas seulement d'affaiblir Israël sur le plan économique mais également de l'isoler sur la scène internationale.

Gil  Mihaely

Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

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Atlantico : Mercredi 11 novembre, la Commission européenne demandait officiellement aux Etats membres de l'Union européenne de faire appliquer un étiquetage spécifique signalant les produits fabriqués dans des colonies israéliennes en Cisjordanie. Controversée, cette mesure suit les incitations du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions). Qu'est-ce que ce mouvement ? Quels sont ses objectifs ?

Gil Mihaely : A l’origine de ce mouvement se trouvent des personnes engagées dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du sud. Pendant les années 1990 et jusqu’à la conférence de Durban en 2001, deux idées se sont diffusées : Israël est la nouvelle Afrique du Sud (et le sionisme est une forme d’apartheid) et en conséquence il faut appliquer la même stratégie qui a si bien marché avec le régime sud-africain, c’est-à-dire le boycott et la mise au ban des nations. Ces idées et initiatives portées par les anciens militants anti-apartheid notamment au Royaume Uni, ont été récupérées par des organisations palestiniennes et pro palestiniennes pendant les années 2000, pour devenir vers 2005 une véritable campagne organisée. L’impasse dans laquelle se trouve le processus entamé à Oslo en 1993, les guerres à répétition à Gaza et la montée au pouvoir de la droite dure israélienne ont servi d’arrière-plan pour l’évolution du mouvement. Il faut dire aussi que cette stratégie est dans l’air du temps car « citoyenne » : chacun doit trier ses déchets pour sauver la planète et utiliser son caddie pour sauver les damnés de la terre.

Comment ce mouvement prend-t-il de l'ampleur? Quelles sont ses actions pour rallier un maximum de personnes et d'Etats à sa cause ?

Comme je viens d’expliquer, cette stratégie « citoyenne » est à la mode aujourd’hui et c’est très efficace de pouvoir dire aux gens « vous pouvez changer le monde avec vos actions quotidiennes les plus banales ».  Ensuite le volet culturel – empêcher des artistes de se produire en Israël – et la mobilisation des célébrités permettent d’assurer des relations publiques mais aussi de sensibiliser des personnes, surtout jeunes, pour lesquelles la politique n’est pas un sujet d’intérêt majeur.  Finalement, cette cause et cette stratégie permettent de mobiliser des militants des associations et dans les campus universitaires.

Jusque là, quels ont été les résultats de leurs incitations au boycott d'Israël ? A-t-il été suivi en France, en Europe ou aux Etats Unis ? De façon plus générale d'autres actions à l'encontre d'Israël ont-elles été prises suite à la création de ce mouvement ?

Les conséquences négatives pour Israël sont réelles même s’il est difficile de les quantifier ne serait-ce que du fait de ses résultats indirects : on ne connait pas le volume d’échanges non effectués, les marchés non conclus, les tournées d’artistes non effectuées sans que le mot de boycott soit prononcé ou la « situation » soit évoquée.

Pour les conséquences directes, le boycott des produits cosmétiques de la mer morte est un bon exemple. Quoique l’usine se trouve à l’intérieur de la ligne verte (et donc il ne s’agit pas d’une colonie) ses produits, ses boutiques franchisées et ses importateurs ont été ciblés par des manifestations et autres formes de pressions parce qu'une partie de matières premières utilisées a été extraite de l’autre côté de la ligne verte. Cette campagne, efficace du point de vu de la communication, n’a eu pour autant qu’un impact faible sur l’entreprise dont l’actionnaire principal aujourd’hui est chinois.

Cependant, ce défi est pris au sérieux en Israël dont l’intégration avancée à l’économie mondialisée et le niveau de vie élevé de ses habitants le rend vulnérable à une rupture avec le monde occidental. Mais l’impact principal du mouvement est sa contribution au grignotage de la légitimité même de l’Etat d’Israël.

Pourquoi l'action du BDS est-elle contestée? Quels pourraient être les effets de ses actions pour les Palestiniens travaillant dans des colonies ?

L’objectif majeur est de remplacer l’Afrique du Sud des années 1980 par Israël et dans ce sens le mouvement gagne des points. Sa force réside dans sa capacité de dissimuler cet objectif pour pouvoir mobiliser ceux qui souhaitent uniquement mettre la pression sur le gouvernement israélien  afin de le faire changer de politique. Et puis il y a la question de la véritable motivation de ceux qui se focalisent sur Israël au point d’en faire la source du Mal sur terre. Quand il s’agit de la politique marocaine en Sahara occidentale ou de la politique kurde de la Turquie, il est très difficile de mobiliser des centaines de milliers d’étudiants, de lancer de campagnes ou d’attirer l’attention des médias. Tout le monde s’en fout éperdument.

Quant à la question de l’emploi des palestiniens, il est difficile d’y répondre car pour le moment il est impossible d’évaluer l’impact direct sur les acteurs économiques concernés. Cependant, il est évident que si cette mesure mettait en difficulté des exploitations agricoles ou des entreprises israéliennes, leurs employés palestiniens paieraient eux aussi le prix, le boycott n’est pas une arme de précision et ses dégâts collatéraux sont considérables.  

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