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Emmanuel Macron, génie machiavélien ou borgne chanceux au royaume des aveugles ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Tueur de la droite ?

Emmanuel Macron, génie machiavélien ou borgne chanceux au royaume des aveugles ?

La petite musique est insistante et persistante depuis les élections européennes : Emmanuel Macron serait en pleine « résurrection », car tueur de la droite », après l’avoir été de la gauche.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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La petite musique est insistante et persistante depuis les élections européennes : Emmanuel Macron serait en pleine « résurrection », car tueur de la droite », après l’avoir été de la gauche. Et les commentateurs d’annoncer urbi et orbi, « la phase II du quinquennat », de réforme audacieuse en disruption assumée. Ceux-là mêmes qui prédisaient un désastre pour le Président s’extasient devant ce « génie machiavélien », ce « rétablissement inespéré », « cet arbitre de l’Europe » etc.

L’on ira vite sur le plan européen, car il n’intéresse guère chez nous, sauf à considérer, comme toujours, l’Europe comme une France en grand. La liste LaRem, que l’on veuille ou non , demeure marginale, avec ses 22 députés sur plus de 100 au sein de ce qui n’est après tout que le troisième groupe du Parlement européen. Et dans lequel les élus français sèment déjà le trouble en refusant l’étiquette de « libéral ».

Et pour cause : le macronisme, à y regarder de près, constitue davantage l’adaptation de la social-démocratie que le PS français s’est toujours refusé à faire. Il serait aisé de voir par exemple la proximité idéologiques entre En Marche et « la Troisième voie » de Tony Blair. La France serait-elle finalement entrée dans la réforme de son Etat-providence et l’acceptation de la globalisation ? L’honnêteté requiert d’ailleurs de dire que notre zèle réformiste reste très en retrait par rapport aux autres social-démocraties, comme le montrent la hausse continue des dépenses publiques, de la dette et des prélèvements obligatoires ou encore l’abandon annoncé de la réduction du nombre de fonctionnaires : autant de réalités françaises têtues qui font sourciller les sociaux-démocrates bon teint : Danois, Finlandais, Suédois, Néerlandais et même Portugais…et bien sûr le SPD allemand.

A quoi s’ajoute le fait, peu relevé,  que notre Président est l’un des rares dirigeants européens à avoir perdu les élections. Nous autres Français ne sommes guère bons en arithmétique, comme le démontre le classement PISA : mais tout de même, conclure (« en même temps » !) à la « victoire de Macron » et à « l’affaiblissement de Merkel », arrivée en tête avec 8 points d’avance sur les Grünen et représentant le premier parti au sein du premier groupe du Parlement européen, laisse perplexe. Une Angela Merkel qui dispose de plus d’une majorité alternative PPE/SPD/Verts au cas où Emmanuel Macron deviendrait par trop incommode…

Sur le plan intérieur, notons d’abord que le score de LaRem aux Européennes inclut (avec deux points de moins au final) des alliés qui étaient absents lors du premier tour des présidentielles, comme AGIR et de fortes personnalités de droite et écologistes. Certes Emmanuel Macron, idéalement placé entre la droite la plus bête et la gauche la plus dogmatique du monde, a joué avec talent du contexte comme de sa fonction. Mais affirmer qu’ « il n’y a plus rien entre LaREm et le RN » relève de l’illusion, ou plutôt du wishful thinking.

Emmanuel Macron a évidemment tout intérêt à le faire croire, car là réside le coeur de son calcul politique historique : substituer à l’alternance sans vraie alternative qui a caractérisé les 20 dernières années, l’alternative sans alternance possible entre lui et le Rassemblement national.

Mais deux obstacles majeurs se dressent sur cette voie : le premier tient à la forte culture contestataire française et au profond malaise démocratique, encore relevés dans la récente étude de la Fondapol, « Démocraties sous tension ». Comme on l’a vu avec les Gilets Jaunes, la rue peut très facilement prendre le relais d’une opposition institutionnelle sidérée. Qui peut croire qu’avec moins d’1/4 du corps électoral, Emmanuel Macron pourra aisément, dans un pays comme le nôtre, s’en prendre à des vaches sacrées comme les retraites, le régime du chômage et la fonction publique ? Et quid de sujets majeurs dans l’opinion, comme l’immigration, la laïcité ou l’Islam politique, sur lesquels le gouvernement a été jusqu’ici d’une ambiguïté qui ne pourra pas tenir jusqu’en 2022 ?

Par ailleurs, est-il vraiment exclu qu’un minimum de réflexion idéologique (et rhétorique) pourrait, durant ces trois ans qui nous séparent des présidentielles, ressusciter au moins en partie des oppositions de droite et de gauche, comme il en existe dans toutes les grandes démocraties ? Emmanuel Macron, lucide sur les conditions de sa victoire de 2017, serait-il le seul à en avoir conscience ?

A cet égard,  la démission de Laurent Wauquiez n'est pas, contrairement à ce que l'on entend un peu partout, une bonne nouvelle pour le Président de la République, car elle ouvre la voie à une restructuration de la droite française et à un nouveau concurrent qui peut s'avérer bien plus redoutable.

 

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