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Grand entretien

Edouard Philippe : "Non, Alain Juppé n'est pas en train de monter une structure parallèle aux Républicains"

Dans le cadre de la primaire à droite, les deux poids lourds sont connus : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy font office de grands favoris. Des rumeurs sur une potentielle participation inattendue, en cas de défaite à la primaire, existent d'ores et déjà. Pour autant, malgré un maillage étendu sur l'ensemble du territoire et de nombreux soutiens, Alain Juppé n'a pas dans l'intention de fonder une formation parallèle aux Républicains.

Édouard Philippe

Édouard Philippe

Édouard Philippe est un homme politique membre du parti Les Républicains. Il est député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime, maire du Havre, président de la communauté de l'agglomération havraise et porte-parole d'Alain Juppé.

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Atlantico : Les débats sur la révision constitutionnelle ont commencé ce vendredi 5 février matin à l'Assemblée, quelle sera votre position ?

Édouard Philippe : Je voudrais d'abord faire deux remarques préalables. La première c'est que depuis le mois de décembre, nous débattons tous d'un sujet qui n'a aucun intérêt. La question de la révision constitutionnelle sur la déchéance de nationalité n'a pour moi aucun intérêt car elle n'a aucune portée opérationnelle. Cela ne permet pas de mieux lutter contre le terrorisme ni d'assurer une meilleure sécurité des Français. Par ailleurs, la déchéance de nationalité existe déjà dans l'article 25 du Code civil. Je regrette vivement que le débat public soit obnubilé par ce sujet. 

La deuxième remarque, c'est que je constate un niveau de désordre intellectuel proprement sidérant dans la majorité et le gouvernement autour de cette question. Entre les improvisations, les divisions, les changements d'avis et  les incohérences, le cafouillage est total et leur impréparation pathétique.

Une fois ces deux remarques faites, vous comprendrez que je n'ai pas l'intention de voter ce texte, aussi bien en ce qui concerne la constitutionnalisation de l'état d'urgence que la déchéance de nationalité. Ce texte est inutile. La loi sur l'état d'urgence a été votée en 1955 et modifiée en 2015,  j’avais d’ailleurs voté cette modification ; elle fonctionne de manière efficace. Il suffit de la mettre en œuvre. Dans une situation d'urgence comme la nôtre, faire quelque chose d'inutile est une faute.

On ne règle pas la question des Français terroristes en faisant en sorte qu’ils ne soient plus Français mais en faisant en sorte qu’ils ne soient plus dangereux !

Pensez-vous que François Hollande réunira une majorité pour la faire voter en Congrès ? 

Sans doute à l'Assemblée nationale car il dispose d'une majorité. Il me semble en revanche incertain que le texte soit voté de la même manière au Sénat. Dès lors que le texte n'est pas adopté dans les mêmes conditions au Sénat et à l'Assemblée nationale, il est encore plus incertain que François Hollande réunisse le Congrès. Je ne sais pas ce qu'il va faire, mais le plus inquiétant c'est qu'on dirait que lui-même ne le sait pas !

Ce sera un échec majeur pour lui ? 

Ne tombons pas dans le piège. Savoir si François Hollande remporte une victoire ou essuie une défaite à l'issue des débats autour de ce texte n'a aucune importance. Ce texte n'a aucun intérêt, ce qui compte c'est ce qu'on fait effectivement pour lutter contre le terrorisme. Le reste est accessoire, c'est un écran de fumée, une hypocrisie supplémentaire dans la longue liste des hypocrisies du président de la République. Les vrais sujets sont ailleurs : faut-il réformer les services de renseignement mis à mal par les attentats ? Faut-il installer des brouilleurs dans les prisons ? Faut-il revoir le budget de la Défense, de la Justice, de l'Intérieur ? Faut-il construire des prisons ? Mettre en place une politique de prévention ? Voilà des vraies questions. 

Votre parti va bientôt réunir son Conseil national. Allez-vous y participer ? 

J'en suis membre de droit en tant que parlementaire. Je ne sais pas encore si je vais y participer et l'on ne m'a pas demandé de m'exprimer. On verra si j'ai des choses à dire et si l'occasion se présente.

L’une des propositions portera sur l’assimilation. Hier dans l'émission Des paroles et des actes, Nicolas Sarkozy a dit qu'elle était préférable à l’intégration. Est-ce aussi votre point de vue ? 

Je crois que c'est typiquement le genre de débats qui n'a aucun sens. Que veut dire l'assimilation en pratique ? Va-t-on leur dire "voici le modèle français, voilà comment vous devez vous habiller, etc." ? Je suis épuisé et consterné que le débat public puisse aussi souvent se réduire à des discussions générales sans être étayé par des propositions concrètes. 

Imaginez le cas d'une famille qui est française depuis toujours. Si une jeune fille de cette famille décide un jour de se coiffer d'une crête de punk ou de porter un voile, est-ce que cela veut dire qu'elle ne se comporte pas comme une Française ? Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire se comporter comme un Français. 

Donc je ne dis pas que je suis pour ou que je suis contre l'assimilation ou l'intégration, je dis que je ne comprends pas ce débat. Pour moi il s'agit d'un débat de posture, de symbole, qui ne correspond pas à des choses qu'on veut faire ou qu'on peut faire. Ma position est de défendre une application stricte de la loi. Il n'est pas permis à un individu de masquer son visage dans l’espace public : que ceux qui se masquent le visage soient punis. En revanche, les hommes et les femmes qui, au nom de leurs croyances religieuses, souhaitent porter une kippa ou un voile, ils peuvent le faire, la loi les y autorise, c’est une liberté et elle est aussi respectable que d’autres.

Avec la publication de son livre, les différentes émissions auxquelles il a participé, le Conseil national qui approche, Nicolas Sarkozy semble sur tous les fronts. Par effet de contraste, Alain Juppé en paraît un peu éclipsé. Qu'en pensez-vous ? Quelles doivent être les prochaines étapes de sa campagne ? 

Je ne crois pas qu'on puisse dire que l'un est éclipsé par l'autre. Nicolas Sarkozy déploie en effet son énergie quasi légendaire. Mais ce qui me frappe chez ces deux personnalités qui sont en campagne pour les primaires – même si Nicolas Sarkozy, lui, ne l’a toujours pas dit – c'est qu'on les retrouve comme ils sont : Nicolas Sarkozy n'a pas changé, Alain Juppé non plus. Alain Juppé a expliqué qu'il allait faire une campagne à son rythme, en allant voir les gens, sur le terrain, en écrivant. Il souhaite présenter un programme construit, argumenté et réalisable. Et il le fait.

Chacun à leur manière ils s'efforcent de parler et d’expliquer leur projet aux Français. Ce qui compte c'est la manière dont ces derniers les reçoivent, et nous serons fixés très bientôt ! 

Quand on compare les ventes de livre en librairie 70 000 pour Sarkozy en une semaine, c'est bien plus que Juppé. Est-ce un mauvais signe ? 

Nicolas Sarkozy a toujours été un grand vendeur de livres, je me réjouis qu'il ait déjà vendu beaucoup d'exemplaires de son dernier ouvrage et je lui souhaite que cela se poursuive dans la même dynamique.

Mais je ne commente pas plus les chiffres de vente de livres que ceux des sondages, même si je note que ces derniers ne vont pas dans le même sens les premiers. 

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont déjeuné ensemble ce jeudi 4 février. Comment cela s’est-il passé ? Que se sont-ils dit ? 

J’ai cru comprendre que le déjeuner s'était très bien passé et d’une façon très détendue. 

On dit qu'Alain Juppé s'éloigne des Républicains pour monter une structure bien à lui. Il a déjà de nombreux relais en province, imagine-t-il toujours se présenter en dehors des primaires ? 

Non, et il n'a jamais parlé de cela. Il n'est pas non plus en train de monter une structure parallèle aux Républicains. Il a toujours dit qu'il était candidat aux primaires. Alain Juppé a fondé l'UMP en 2002 et est très attaché à son parti même si le nom et le logo ont changé. 

Il a créé un très grand nombre de comités de soutien partout en France pour le soutenir dans sa campagne pour la primaire, mais il a toujours dit que si la primaire était organisée dans de bonnes conditions, il y participerait. Il a d'ailleurs été un des premiers et plus ardents défenseurs de l'idée d'organiser une primaire ouverte. Or pour l'instant tout indique qu'elle se passera dans de bonnes conditions grâce à l'excellent travail du comité d'organisation. Nous sommes en train de mettre en place une mécanique, sous le contrôle de la Haute autorité, qui nous permettra de proposer à plusieurs millions de Français de choisir eux-mêmes le meilleur candidat pour incarner l'alternance et le redressement du pays. 

Il n'y aura aucune tentation pour Alain Juppé de se présenter malgré tout en cas d'échec à la primaire ? 

On change peu dans le cours d’une vie. Et je ne connais pas de cas où Alain Juppé n'ait pas été loyal dans sa vie. Quelle que soit l'issue de la primaire, il faudra que le perdant accepte de soutenir le candidat désigné afin que la famille de la droite et du centre aborde l'élection présidentielle unie, et  d'un seul bloc.

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