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Décontracté, ouvert...mais au fond lui seul décide : le jour où Emmanuel Macron a choisi son gouvernement pour être "Jupiter"
©AFP

Bonnes feuilles

Décontracté, ouvert...mais au fond lui seul décide : le jour où Emmanuel Macron a choisi son gouvernement pour être "Jupiter"

Macron ? On le croit Chérubin. C'est un bulldozer. Sans état d'âme. Doit-il craindre une rentrée sociale "chaude" comme le lui promet Jean-Luc Mélenchon ? Rédigé au jour le jour, ce journal de bord invite le lecteur à une promenade surprenante dans les méandres de la "Macronie". Extrait de "Les 100 jours de Macron" de Gilles Gaetner chez Fauves Editions (1/2).

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Enfin, à 15 heures passées, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, vague ressemblance avec un de ses prédécesseurs, Jean-Louis Bianco, d’une voix monocorde, un peu tristounette, égrène la liste des 18 nouveaux ministres et des 4 secrétaires d’État. Jamais gouvernement n’a été si resserré. Quant à la parité, tant promise, elle est presque respectée: 52 % d’hommes et 48 % de femmes. La grande nouveauté se trouve dans la volonté du président de la République de nommer des experts, sans tenir compte de l’étiquette politique. Ils sont neuf, soit presque la moitié du gouvernement. C’est ainsi que le Travail échoit à une ancienne directrice générale des ressources humaines de Danone, Muriel Pénicaud, la Santé à un professeur de médecine, Agnès Buzyn, l’Éducation nationale à un agrégé de droit, l’ancien recteur Jean-Michel Blanquer, – ami intime de François Baroin – les Transports à la présidente de la RATP, Élisabeth Borne, l’Enseignement supérieur à la présidente de l’Université de Nice, Frédérique Vidal, les Sports à Laura Flessel, championne olympique d’escrime, le secrétariat d’État aux Handicapés à Sophie Cluzel, présidente d’une association d’handicapés… Sans oublier la star des stars, qui après plusieurs refus opposés des années durant, tant à la gauche qu’à la droite, accepte un poste de ministre, Nicolas Hulot. En charge de la Transition énergétique, il a rang de ministre d’État, numéro deux du gouvernement. Quant aux autres ministres, ils sont choisis de manière à préserver l’équilibre politique du nouveau pouvoir en place.

Trois anciens PS, compagnons de route de Macron, présents dès le début de l’aventure En Marche! sont récompensés. Il s’agit de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, et Christophe Castaner, secrétaire d’État, chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement. Les étiquetés MoDem ne sont pas oubliés: François Bayrou, absent depuis vingt ans d’un gouvernement, se voit offrir la Justice; son alter ego de longue date, Marielle de Sarnez se voit confier les Affaires européennes, tandis que Sylvie Goulard remplace Jean-Yves Le Drian à la Défense – avec le titre de ministre des Armées – qui ui est promu ministre de l’Europe et des Affaires européennes. Le Drian est le seul survivant de l’équipe Hollande. Rien de surprenant: considéré comme compétent, très apprécié de ses troupes, toujours zen, il fait la quasi-unanimité même à droite. Ultime trouvaille d’Emmanuel Macron: la nomination à Bercy de deux personnalités des LR, Bruno Le Maire à l’Économie et Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing, à l’Action et aux Comptes publics, nouvelle dénomination du Budget. Un choix astucieux non dénué d’arrière-pensées: si d’aventure, ces deuxlà échouent ou ne réussissent qu’à moitié, on pourra toujours dire que la droite a bien du mal à gérer les finances de l’État… En nommant Darmanin, Macron montre l’intérêt qu’il porte à mettre au premier plan un pur produit de la méritocratie républicaine. Voilà pour la façade. Plutôt séduisante. Mais si on regarde derrière, c’est peut-être différent. D’abord, un constat: une majorité de ministres n’a jamais détenu le moindre mandat électif, ce qui risque d’être un handicap, au moins dans un premier temps, les ministres étant tentés de privilégier les relations avec l’administration plutôt qu’avec les élus. Ensuite, la question de l’expertise ou de l’expérience professionnelle.

Dans ce domaine, Emmanuel Macron reprend, en l’amplifiant, la démarche suivie par Rocard, Chirac, Sarkozy qui ont promu, avec des fortunes diverses, « des professionnels » à la tête d’un département ministériel. Ainsi, Michel Rocard nommera Garde des Sceaux, un haut magistrat de grande qualité, Pierre Arapillange; Nicolas Sarkozy fera de même avec Rachida Dati… Dans les deux cas, le résultat ne fut pas mirobolant. En revanche, des néophytes en matière de justice, mais vrais politiques, comme Pierre Mehaignerie ou Dominique Perben nommés sous la droite, réussiront plutôt bien. À l’Éducation nationale ou à l’Enseignement supérieur, l’arrivée de personnalités de la Maison ne sera pas forcément gage de succès. Un universitaire comme Luc Ferry, spécialiste de Kant, pourtant brillantissime, ne réussira pas très bien à l’Éducation… Or, maintenant qu’il n’est plus dans la course, chacune de ses interventions, tant dans ses tribunes qu’à la télévision, s’avère souvent remarquable. À la Jeunesse et Sport, tradition immuable, c’est souvent un ancien sportif de haut niveau qui se voit confier la tâche de diriger le ministère. Tant sous la gauche que sous la droite. À la fin des années 80, sous la gauche, Roger Bambuck, ancien champion d’Europe du 100 mètres, et Alain Calmat, ex-champion du monde de patinage artistique prendront les rênes du Ministère. Plus tard, sous la droite, Guy Drut, ancien champion olympique du 110 mètres haies en 1976 à Montréal et Jean-François Lamour, double champion olympique d’escrime, auront droit aux mêmes honneurs. Ont-ils pour autant réussi dans leur mission? Pas sûr, malgré leur bonne volonté. Et l’on pourrait citer le cas du ministère « casse-gueule » par excellence, celui de la Santé. Beaucoup se souviennent de l’épisode de la canicule de l’été 2003, où l’on vit apparaître sur TF1, au journal de 20 heures, le ministre de la Santé, Jean-François Mattei, en tenue décontractée dans sa villa du Midi, au milieu des pins, répondre aux questions du journaliste, sans avoir l’air un seul instant de prendre la dimension du drame qui se jouait dans le pays. Un drame qui coûtera la vie à 15 000 personnes. Cette désinvolture était d’autant plus grave que Mattei était un éminent professeur de médecine. La canicule entraînera la fin de sa carrière politique.

L’appartenance à la société civile dont on nous rabat les oreilles n’est pas forcément gage d’une bonne approche des problèmes. On peut être d’une grande compétence dans son activité professionnelle, mais être insuffisant lorsqu’il s’agit d’affronter l’arène politique. Sur le sujet, Emmanuel Macron est ouvert.

On verra très vite si l’expérience de DRH, même dans une multinationale, peut aider à discuter et obtenir des résultats avec les syndicats, y compris la CGT. On verra si une éditrice unanimement plébiscitée par ses pairs peut instiller une grande politique culturelle populaire, façon Malraux ou Jack Lang.

On verra si l’ex-présidente d’une association de handicapés – un secteur où l’on promet beaucoup en période électorale – est capable d’obtenir des crédits pour créer des établissements adaptés et former des éducateurs de qualité.

Mesdames et Messieurs les ministres, motus et bouche cousue

Jeudi 18 mai

Il y pense officiellement depuis avril 2016, date à laquelle il lance son mouvement En Marche! Treize mois plus tard, le rêve est devenu réalité: Emmanuel Macron, en ce jour de l’Ascension, préside son premier conseil des ministres dans le salon Murat. À en croire les témoignages, l’atmosphère est détendue et conviviale. N’est-il pas significatif de voir Nicolas Hulot, le ministre d’État en charge de la Transition énergétique, revêtu d’une chemise blanche, très mode et sans cravate? Jamais dans le passé, un membre du gouvernement ne se serait permis cette familiarité.

Légèreté, diront certains, inconvenance, penseront d’autres. C’est ainsi, les temps changent. Il y a bien longtemps, le ministre de la Culture, Jack Lang était apparu dans l’hémicycle de l’Assemblée en col Mao, ce qui avait fait grincer des dents. Sous le Front Populaire, un député s’était présenté – déjà – sans cravate à l’entrée de l’hémicycle. L’interdiction d’y pénétrer fut immédiate. Qu’à cela ne tienne, ledit député prit un billet de 100 francs et le transforma illico en nœud papillon dont il entoura son col de chemise. Il put passer et rejoindre ses collègues. L’élu en question? Le célèbre avocat et futur candidat de l’extrême droite à l’élection présidentielle de décembre 1965, Jean-Louis Tixier-Vignancour.

 

Si le chef de l’État apparait détendu, heureux d’être avec ses ministres qu’il ne connait pas tous très bien, cela ne signifie nullement que l’on va se faire des blagounettes façon Hollande ou que les ministres auront droit à quelques confidences personnelles du nouveau président. Désormais, répétons-le, ce n’est plus le copain, le camarade qui dirige la France, mais Jupiter. Lui seul trace la feuille de route des ministres: « confidentialité, discipline, solidarité. » Pas question d’éparpiller au grand jour ses états d’âme ou distiller des informations confidentielles. Emmanuel Macron sait qu’une erreur de communication peut être dramatique. Il s’en souvient fort bien: lors des législatives de juin 2007, qui suivirent l’élection présidentielle, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie de Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président, en annonçant imprudemment une hausse de la TVA sociale fera perdre plusieurs dizaines de députés à l’UMP. À l’époque, Renaud Dutreil, député de la Marne estimera cette perte comprise entre 50 et 100 élus. Sous des allures bon enfant, toujours prêt à discuter, débattre, Emmanuel Macron se comporte comme un maître d’école. C’est vrai qu’il y a un temps pour la récréation, mais une fois terminée, un seul parle. Un seul décide. Ce 18 mai, la France retrouve un roi républicain… Unique commandant du paquebot France. Lequel rappelle à ses troupes les impératifs auxquels elles doivent se conformer: 1 - Soutenir les candidats En Marche! aux lé- gislatives de juin. 2 - Voter la loi sur la moralisation de la vie politique et celle sur la réforme du Code du Travail. 3 - Jouer collectif. 4 - Débattre certes, mais après, s’en tenir aux arbitrages du Premier ministre Edouard Philippe.

Extrait de "Les 100 jours de Macron" de Gilles Gaetner chez Fauves Editions

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