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Dans son dernier ouvrage Confessions of a sociopath, M.E. Thomas, lui-même atteint de cette pathologie, évoque l'idée que chacun d'entre nous a plus ou des moins des tendances à la sociopathie.
Dans son dernier ouvrage Confessions of a sociopath, M.E. Thomas, lui-même atteint de cette pathologie, évoque l'idée que chacun d'entre nous a plus ou des moins des tendances à la sociopathie.
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Comment reconnaître un sociopathe (et comment savoir si vous en êtes un) ?

Dans un ouvrage récemment publié aux Etats-Unis, M.E Thomas, lui-même sociopathe, évoque l'idée que chacun d'entre nous a plus ou des moins des tendances à la sociopathie. Reste à savoir où se situe la limite avec la pathologie...

Michel Bénézech

Michel Bénézech

Michel Bénézech est psychiatre, légiste et criminologue. Il est chargé du service médico-psychologique régional des prisons, à Bordeaux.

Il a co-écrit avec Christiane de Beaurepaire et Christian Kottler, en 2007, Les dangerosités : De la criminologie à la psychopathologie, entre justice et psychiatrie (John Libbey Eurotext).

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Atlantico : Dans son dernier ouvrage Confessions of a sociopath, M.E. Thomas, lui-même atteint de cette pathologie, évoque l'idée que chacun d'entre nous a plus ou des moins des tendances à la sociopathie. Que faut-il en penser ? Peut-on avoir sporadiquement un comportement sociopathe sans être un réel sociopathe ?  

Michel Bénézech : Effectivement, tout le monde est potentiellement sociopathe. Ou du moins peut avoir des tendances à la sociopathie. C'est avant tout un problème de définition que l'on donne à cette pathologie. Les maladies mentales sont répertoriées dans des classements différents, selon les époques et les pays. Tout dépend donc de quelle classification on parle. Ce qui est certain, c'est que tout le monde peut, à un moment donné, avoir un comportement antisocial typique du sociopathe sans pour autant être un psychopathe au sens psychiatrique du terme. 

Il peut y avoir des circonstances dans lesquelles on agit sans tenir compte de la morale ou de la loi, ce qui ne fait pas de nous des malades pour autant. Si le mode de fonctionnement habituel, en dehors de tout événement ponctuel dramatique, est un mode de mépris de la société et de ses règles, alors dans ce cas-là on peut parler de personnalité sociopathique. Si le comportement est à tendance sociopathique -  s'il se répète et devient un mode de vie et non plus une réponse comportementale ponctuelle en réaction à un évènement dramatique de la vie - c'est une pathologie. 

Quelle est la définition médicale de la sociopathie ? 

Le sociopathe, d'après le DSM américain (livre répertoriant et classant les pathologies psychiatriques, ndlr), est un mode général de mépris et de transgression des droits d'autrui qui commence dans l'enfance et qui continue à l'âge adulte. Il y a des notions de précocité, de sévérité et de durée. 

Quels sont les symptômes de la sociopathie ? Comment reconnaître un sociopathe ?

Dans la personnalité antisociale, il y a un état qui est à la frontière de la normalité et des troubles mentaux : ils sont souvent des "grandes gueules", instables, qui vivent au-dessus de leurs moyens, impulsifs, avec une tendance à toujours faire retomber la faute sur autrui, qui ont du mal à avoir des activités professionnelles et des relations personnelles durables et saines. Ces comportements, à un degré mineur, ne conduisent pas tous à la criminalité : ce n'est que le premier stade de la maladie, ce que l'on ne considère pas réellement comme une pathologie nécessitant de soins particuliers. Toutes ces caractéristiques peuvent s'exprimer à un degré mineur et, dans ce cas, ne pas relever de la pathologie. Comme toutes les maladies, il y a des stades à la sociopathie. 

La vraie personnalité antisociale est ce que l'on appelait autrefois la psychopathie. Elle désigne des individus qui sont intolérants à la frustration, immoraux, méprisants à l'égard de toute morale, toxicomanes (beaucoup de psychopathes sont dépendants à certaines substances comme l'alcool ou les drogues dures). La personnalité antisociale est d'ailleurs souvent liée à d'autres maladies mentales : l'anxiété, les états borderlines, la schizophrénie, l'alcool, le sadisme. La sociopathie n'est pas un état pur, mais souvent lié à d'autres troubles. 

Quelle réponse apporter à ce type de pathologie ? Comment la prendre en charge efficacement ? 

Les réponses à apporter à cette pathologie doivent être déterminées d'après la personnalité de chaque malade. Tous les psychopathes ne sont pas des délinquants, certains sont même bien intégrés à la société. Tous les délinquants ne sont également pas des psychopathes - selon les études, il y en a de 3 % à 30 % environ dans les prisons. Classiquement, les psychopathes sont incurables. D'autant plus que très souvent, les psychopathes ne sont pas demandeurs de soins, puisqu'ils ne peuvent pas éprouver de remords par rapport aux crimes qu'ils ont commis. 

Il y a cependant des traitements qui existent et qui sont efficaces, non pour guérir, mais pour accompagner le malade : les psychothérapies individuelles et collectives, les thérapies de famille ou bien encore certains médicaments. Il y a également dans la psychopathie des phénomènes neuro-physiologiques qui sont des anomalies de la structure du  cerveau, à prendre en compte lors de la décision de soins.

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