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Comment le froid extrême s'est imposé pour améliorer les performances sportives, lutter contre la douleur et doper votre santé physique et mentale
©Reuters

"Winter is coming"

Comment le froid extrême s'est imposé pour améliorer les performances sportives, lutter contre la douleur et doper votre santé physique et mentale

La cryothérapie corps entier consiste à s'exposer à des températures extrêmes comprises entre –110°C et –180°C pour une période de temps variant de 1 à 3 minutes, dans une espèce de grand frigo que l'on remplit d'air froid. Elle permet d'améliorer les performances des sportifs de haut niveau et aurait aussi des bénéfices médicaux.

François  Bieuzen

François Bieuzen

François Bieuzen est "Sport Scientist" à l'Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance (INSEP) depuis 2007, dans lequel il travaille pour les équipes nationales. François Bieuzen est un expert leader sur la récupération et l'entraînement des athlètes élites au niveau international. Ces recherches sont tournées vers l'études des techniques de récupération pour l'athlète de haut-niveau sur lesquelles il a publié de nombreux articles et ouvrages scientifiques. En tant que physiologiste du sport, il est également consultant auprès d'équipes professionnelles de football, cyclisme ainsi que des équipes et comités olympiques préparant les championnats du monde et jeux olympiques.

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Atlantico : Quel peut être l'effet du froid sur le corps humain ?

François Bieuzen : Tout d'abord, se tremper dans l'eau froide peut vous permettre d'éviter ce qu'on appelle "un coup de chaud", en faisant baisser la température d'un corps soumis à un environnement chaud.

Pour les sportifs de haut niveau, le froid permet aussi de récupérer plus rapidement afin d'enchaîner les entrainements de qualité. Entre deux séances d'entrainement, celle du matin et celle du soir, certains plongent dans une baignoire remplie de glaçons, d’autres utilisent la cryothérapie corps entier (CCE).

La CCE consiste à s'exposer à des températures extrêmes comprises entre –110°C et –180°C pour une période de temps variant de 1 à 3 minutes, dans une sorte de grand frigo. Cette exposition a notamment pour conséquence de provoquer sur le sujet des effets hormonaux et biochimiques qui peuvent, entre autres, provoquer un effet antalgique ou limiter l'inflammation au niveau musculaire. En d'autres termes, quand on soumet ses muscles à des efforts violents ou inhabituels, on a des courbatures, qui sont des micro-lésions du muscle. L'exposition au froid permet de limiter les douleurs et l'expression de la lésion, ce qui facilite la réparation.

Une séance de cryothérapie corps entier

Une séance de cryothérapie permet ainsi d’éliminer la sensation de fatigue et d’intensifier les mouvements sanguins vers les organes internes. De plus, on constate une diminution des œdèmes liée à une augmentation, dans le corps du sujet, d’hormones à effet anti-inflammatoire et cicatrisant.

Grâce à cette technique, à laquelle il faut se soumettre 30 minutes après la séance du matin par exemple, les sportifs de haut niveau ressentiront les bénéfices sur les séances de l'après-midi ou du jour d'après : moindre effet de la fatigue permettant une bien meilleure qualité de séance. Ce n'est certes pas très agréable, mais on s'habitue au froid et cela améliore tellement la récupération des athlètes qu'ils s'y soumettent très volontiers.

Le froid rend-il vraiment l'homme plus fort ?

Indirectement oui. Pas directement, parce que ce n'est pas l'exposition au froid en tant que telle qui va rendre les athlètes de haut niveau plus forts. Elle va simplement leur permettre de mieux récupérer et donc de s'entraîner plus dur et mieux, ce qui théoriquement devrait augmenter leurs performances. 

La cryothérapie est vraiment devenue, au même titre que d'autres dispositifs, un élément essentiel de la panoplie de récupération du sportif de haut niveau.

Le froid peut-il avoir des effets négatifs sur le corps ?

Pour les athlètes de haut niveau, l'utilisation du froid est aujourd'hui devenue plus complexe. Il est nécessaire de distinguer les phases d'entraînement où l'on recherche le développement de qualités physiques des phases compétitives où l'objectif est d'être à son meilleur niveau sur plusieurs jours parfois.

Globalement, utiliser le froid est très positif, notamment dans les périodes compétitive où l'objectif n'est pas la recherche du développement des capacités physiques. En revanche, il existe un réel effet négatif lors de certaines phases de l'entraînement telles que celles qui visent à développer le muscle.

L'exposition au froid extrême juste après une séance d'entrainement en musculation est ainsi déconseillée, car elle provoque dans ce cas l'effet inverse de ce qui est recherché. En effet, elle bloquerait toutes les réactions du muscle qui lui permettent de s'adapter aux nouvelles contraintes et stopperait donc son développement.

Le froid intéresse-t-il le domaine de la recherche en général ?

Dans le domaine du sport, cela fait une petite dizaine d'années que l'on fait des recherches et des études (1) en lien avec l'effet du froid extrême sur le corps mais aussi sur les aspects cognitifs.

Par exemple, on a observé une moindre fatigue des nageuses de l'équipe de France féminine de natation synchronisée lorsque celle-ci se soumettait à une séance de CCE après chaque journée d'entraînement en période de forte charge. Ces séances ont permis aux nageuses d'avoir un sommeil de meilleure qualité, un comportement alimentaire plus en adéquation avec la demande et une moindre dégradation de la performance par rapport à des situations où ce type de récupération n'avait pas été utilisée.

Le froid intéresse aussi le domaine de la médecine, car s'il n'y a pas encore d'études qui le prouvent scientifiquement, on observe que la CCE a des effets bénéfiques sur la santé. (source : cryocare.info)

En rhumatologie, où sont traitées des pathologies inflammatoires et rhumatismales comme la spondylarthrite ankylosante (SPA), la CCE est un outil qui aide au diagnostic et au contrôle du traitement : la réalisation d’un thermo-gramme après une séance de CCE permet ainsi de localiser la zone inflammatoire.

En neurologie, la CCE permet une réduction significative de la spasticité, à l’origine des rétractions dans les atteintes neurologiques. L’exposition au froid diminue la sensibilité des fuseaux neuromusculaires. En Allemagne, la CCE est ainsi préconisée pour les patients atteints de sclérose en plaques. 

Enfin, en dermatologie, Klimenko et Al ont travaillé sur les effets de la CCE sur la dermatite atopique (inflammation chronique de la peau accompagnée de démangeaisons et d’eczéma). La CCE augmente la capacité anti oxydative du corps, diminue la vitesse de la conduction nerveuse périphérique ainsi que la capacité de synthèse de l’acétylcholine et donc entraîne une diminution significative de la démangeaison et ce jusqu’à neuf semaines après la fin de la CCE qui a été effectuée pendant trois semaines.

(1) Costello, J. T., Baker, P. R. A., Minett, G. M., Bieuzen, F., Stewart, I. B. & Bleakley, C.. 2015. Whole-body cryotherapy (extreme cold air exposure) for preventing and treating muscle soreness after exercise in adults. (http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD010789.pub2/abstract)

Bieuzen, F., Louis, J. & Hausswirth, C.. 2015. Cryothérapie corps entier et exercice. Science & Sports 30: 113-118. doi: 10.1016/j.scispo.2015.02.002.

Ihsan, M., Watson, G. & Abbiss, C. R.. 2016. What are the Physiological Mechanisms for Post-Exercise Cold Water Immersion in the Recovery from Prolonged Endurance and Intermittent Exercise?. Sports Med doi: 10.1007/s40279-016-0483-3. (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26888646)

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